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France : Politique en France

Libéralisme sociétal, européiste et mondialiste contre souveraineté nationale et identité française ?

Analyse de Laurent Bouvet, professeur de Science politique à l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et auteur de La Gauche zombie, chronique d'une malédiction politique :

"Normalement, le barrage contre le FN s'érige au second tour de l'élection. La «gauche castor» désignant cette gauche qui ne s'intéresse au «danger lepéniste» qu'une fois le premier tour passé et la surprise d'un bon résultat frontiste avérée. Là, nous sommes dans une toute autre configuration: le danger de la «peste blonde» saisit tout le monde dès avant le premier tour puisqu'il y a une très forte probabilité pour que Marine Le Pen soit présente au second tour, et même qu'elle se qualifie pour celui-ci avec un score élevé au premier tour. (…)

Le second tour de la présidentielle se déroule bien entre Macron et Le Pen, on verra s'installer à la fois un nouveau clivage structurant de la vie politique : entre un libéralisme aussi bien économique que culturel et «sociétal» assumé pro-européen et pro-mondialisation d'un côté et un antilibéralisme tout aussi assumé appuyé sur un retour à la souveraineté dans les frontières nationales et une définition culturaliste et organique de l'identité française. Ce nouveau clivage recoupant très largement une division à la fois sociale, territoriale et culturelle du pays.

Dans un tel cas, le FN apparaîtrait en effet comme le pôle d'alternance majeur – dans l'opposition à une vaste coalition regroupée derrière Macron – pour les 5 prochaines années, attirant à lui à la fois des élus (issus de LR en particulier) et des électeurs. Une telle opposition justifierait alors pleinement le discours tenu de longue date par le FN représentant celui-ci comme un parti «anti-système». Une telle perspective posant la question du point d'arrivée en 2022 d'un tel système politique restructuré, au moins en partie, autour de ce clivage.

Les forces classiques de la gauche et de la droite étant désormais sommées de se prononcer dans le cadre de ce clivage, soit pour l'accepter et rallier un des deux pôles (sous des formes qui peuvent être variables), soit pour le refuser et se retrouver en marge des débats politiques qui en résulteraient (…)

«Nouveaux visages, nouveaux usages» dit Emmanuel Macron. Que vous inspirent les ralliements (de gauche ou de droite) des figures politiques chevronnées à En Marche?

Il y a là, à la fois, quelque chose de très classique où l'on voit que certaines personnalités changent de trottoir assez aisément sans jamais changer de métier, cherchant à être du côté du futur pouvoir, et quelque chose d'assez nouveau: la mise en place avec une bonne probabilité de succès (contrairement aux tentatives précédentes) d'une force centrale sinon centriste dans la vie politique française."

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4 commentaires

  1. Mme Arnautu au Cercle Fraternité (voir billet plus haut de Michel Janva) a très bien expliqué ce libéralisme sociétal prôné par l’Union européenne. Curieusement, cette dame du FN ne demande pas le frexit. Il y a là une incohérence majeure.
    Se souvenir de ce que nous disait Marine Le Pen sur sa nièce : “Elle n’aura aucun poste”. Il est vrai que la petite Marion est trop anti-avortement et pas assez mariage gay comme Philippot.
    Au moins si le FN est élu, cela ne changera pas grand chose à la France d’aujourd’hui. On voit mal ce parti faire comme ceux-là :
    https://www.facebook.com/actionfrancaiseclermont/videos/1017207545089388/

  2. Oui, mais si c’est Fillon/Le Pen au 2ème tour, c’est la même chose : libéralo-mondialisme d’un côté, et souverainisme social de l’autre.

  3. “un libéralisme aussi bien économique que culturel et «sociétal» assumé pro-européen et pro-mondialisation d’un côté” : aucun parti politique français n’est un parti économiquement libéral, même si certains politiciens opportunistes (Fillon, Sarkozy, Macron, Lemaire…) tiennent à l’occasion un discours libéral.
    La Hollande est libérale mais de moins en moins pro-européenne, comme la Grande-Bretagne et le banquier N. Farage.
    La France passe son temps à désobéir aux directives de l’UE.
    Obsession chez certains de lier libéral et libertaire.

  4. En mélangeant tout, on n’aide pas à la compréhension du monde. Le libéralisme économique n’a pas grand chose à voir avec ce que vous appelez le libéralisme sociétal ou culturel. Les pays à dominante protestante ont été plutôt libéraux sur le plan économique mais puritains sur le plan “sociétal” ou culturel. Trump qui rejette l’Obamacare (libéralisme économique) et s’oppose au planning familial sur le financement de l’avortement continue cette tradition. L’Union Soviétique lors de son installation était extrêmement libérale sur le plan sociétal (lois sur le divorce, l’avortement etc) et étatiste et complètement opposée au libéralisme économique. On peut en dire autant de la Révolution française (rôle prépondérant de l’Etat centralisateur, laxisme moral avec loi sur le divorce).

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