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Une lettre aux Présidents des Conférences épiscopales

Le 16 mars, la congrégation pour la doctrine de la foi, tout en conservant ses documents sur le site officiel du Saint-Siège, a ouvert une nouvelle page web pour faciliter leur consultation. On y découvre une "Lettre aux Présidents des Conférences épiscopales au sujet de certains abus et d’opinions erronées dans l’interprétation de la doctrine du Concile Vatican II" écrite en 1966 par le cardinal Ottaviani. En voici un extrait :

"on doit regretter que, de divers côtés, soient parvenues des nouvelles alarmantes au sujet d’abus grandissants dans l’interprétation de la doctrine du Concile, ainsi que d’opinions étranges et audacieuses apparaissant ici et là et qui troublent grandement l’esprit d’un grand nombre de fidèles. Il faut louer les études et les efforts pour mieux connaître la vérité, en distinguant loyalement entre ce qui est de foi et ce qui est opinion ; mais des documents examinés par cette sacrée Congrégation, il résulte qu’il s’agit de jugements qui, dépassant facilement les limites de la simple opinion ou de l’hypothèse, semblent affecter d’une certaine manière le dogme lui-même et les fondements de la foi. Il est utile de signaler quelques-unes de ces opinions et de ces erreurs, sous forme d’exemple, telles qu’elles sont connues d’après les rapports d’hommes savants et d’écrits publics.

1. Il s’agit en premier lieu de la sacrée Révélation elle-même : il y en a, en effet, qui recourent à l’Écriture sainte, en laissant délibérément de côté la tradition ; mais ils réduisent l’étendue et la force de l’inspiration et de l’inerrance bibliques et ils n’ont pas une juste notion de la valeur des textes historiques.

2. En ce qui concerne la doctrine de la Foi, on dit que les formules dogmatiques sont à ce point soumises à l’évolution historique que leur sens objectif lui-même est sujet à changement.

3. Il arrive que l’on néglige et que l’on minimise à ce point le magistère ordinaire de l’Église, celui surtout du Pontife romain, qu’on le relègue presque dans le domaine des libres opinions.

4. Certains ne reconnaissent presque plus une vérité objective absolue, ferme et immuable ; ils soumettent toutes choses à un certain relativisme, en avançant comme raison que toute vérité suit nécessairement le rythme de l’évolution de la conscience et de l’histoire. […]

Au sujet de la présence réelle du Christ sous les espèces du pain et du vin, il en est qui dissertent en favorisant un symbolisme exagéré, comme si le pain et le vin n’étaient pas changés par la transsubstantiation au corps et au sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais étaient simplement transférés à une certaine signification. Il en est aussi qui, au sujet de la messe, favorisent plus qu’il n’est juste l’idée d’agapes, au détriment de l’idée de sacrifice.

7. Certains aiment expliquer le sacrement de pénitence comme moyen de réconciliation avec l’Église et ne soulignent pas assez la réconciliation avec Dieu offensé. Ils prétendent aussi que pour la célébration de ce sacrement la confession personnelle des péchés n’est pas nécessaire, tandis qu’ils s’appliquent à exprimer uniquement la fonction sociale de réconciliation avec l’Église.

8. Il n’en manque pas qui minimisent la doctrine du Concile de Trente sur le péché originel ou qui la commentent de telle manière que la faute originelle d’Adam et la transmission de son péché sont, pour le moins, obscurcies.

9. Non moindres sont les erreurs qui circulent dans le domaine de la théologie morale. Beaucoup, en effet, osent rejeter la raison objective de la moralité ; d’autres n’acceptent pas la loi naturelle et affirment la légitimité de ce qu’ils appellent la morale de situation. Des opinions pernicieuses sont répandues sur la moralité et la responsabilité en matière sexuelle et de mariage.

10. À tout cela, il faut ajouter une note sur l’œcuménisme. Le Siège apostolique approuve assurément ceux qui, dans l’esprit du décret conciliaire sur l’œcuménisme, prennent des initiatives pour favoriser la charité avec les frères séparés et les attirer à l’unité de l’Église ; mais il regrette qu’il ne manque pas de personnes qui, interprétant à leur manière le décret conciliaire, préconisent une action œcuménique qui offense la vérité sur l’unité de la foi et de l’Église, en favorisant un dangereux irénisme et indifférentisme, ce qui est entièrement étranger à l’esprit du Concile."

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8 commentaires

  1. Génial cette lettre, si elle avait été écouté l’Eglise en France serait plein de dynamisme ! Mais c’est pas trop tard !

  2. Plus que jamais d’actualité! Nos évêques vont bien sûr en recommander la diffusion la plus large dans les paroisses!..
    Ne serait-ce pas aussi un formidable message à la FSSPX?

  3. Bonjour,
    Il serait bon de dire que cette lettre n’aurait jamais du être publié.
    Ci-joint la fin de la lettre :
    “Ces erreurs et ces dangers, répandus les uns ici, les autres là, sont rassemblés sous forme de synthèse sommaire dans cette lettre aux Ordinaires des lieux afin que chacun, selon sa fonction et son office, s’efforce de les enrayer ou de les prévenir.
    Ce Sacré Dicastère prie instamment ces mêmes Ordinaires des lieux, rassemblés en conférences épiscopales, d’en traiter et d’en faire rapport au Saint-Siège d’une manière opportune en faisant connaître leurs avis avant la fête de la Nativité de Notre-Seigneur Jésus-Christ de cette année.
    Que les Ordinaires et ceux à qui ils estimeront devoir les communiquer, gardent sous le strict secret cette lettre qu’une raison évidente de prudence interdit de rendre publique.
    Rome, le 24 juillet 1966.
    A. Cardinal Ottaviani”

  4. @ Bertrand
    Lisez jusqu’au bout. Cette lettre a été publiée dès 1966, pour les raisons suivantes :
    En publiant le texte latin de cette lettre les Acta Apostolicae Sedis (58 [1966], 659) l’accompagnent de cette note : « Nous avons été autorisés à publier la présente lettre afin de faire connaître sa teneur authentique, car, bien que de par sa nature même elle exigeait la plus grande discrétion, certains quotidiens n’ont pas hésité à en publier certaines parties, mais sans respecter le caractère propre du document. De la sorte, des doutes sont apparus sur le contenu de la lettre et sur la fin que, par elle, se proposait le Saint-Siège ».

  5. Tant d’eau est passée sous le pont depuis Juillet 1966 que la publication de cette lettre 45 ans plus tard ne peut que produire des effets positifs aujourd’hui. En effet la comparaison de son contenu avec la réalité de ce que l’on a vu est riche d’enseignements! Puissent nos cher évêques s’en inspirer!

  6. @cathelineau
    @clovis
    Tout à fait d’accord. Mais il est bon de rappeler qu’en 1966 c’était un sujet chaud donc sous couvert du secret.
    Il est agréable de penser que 50 ans plus tard, pour une bonne analyse de V-II, on ait autorisé cette diffusion.
    Il serait “rigolo” que les rapport des ordinaires des lieux soient publiés sur la demande du Sacré Dicastère!

  7. Ne rêvons pas : la plupart de nos évêques sont pieds et poings liés par leurs entourages, conseils épiscopaux, etc….Et peu osent contredire leur clergé qui part lentement vers la maison de retraite ou le cimetière, sans être remplacé à terme, mais qu’ils se sentent tenus de prendre en compte, au vu de la situation catastrophique et sans issue à vue humaine.

  8. @ Bertrand et Clovis
    Mais pourquoi dites-vous que cette lettre est publiée 45 ans plus tard ? Il est pourtant très clairement écrit, comme je l’ai indiqué dans mon commentaire précédent, que cette lettre a été rendue publique l’année même où elle a été écrite, en raison des fuites qui avaient eu lieu. Elle paraît dans les Actes du Saint Siège de 1966. Elle est aussi publiée dans La Documentation Catholique.
    C’est peut être sa première publication sur Internet, mais les Acta Apostolicae Sedis sont librement consultables dans toutes les grandes bibliothèques religieuses.

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