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Sciences

Une enluminure du XIIIe siècle montre que la Terre est ronde

Une enluminure du XIIIe siècle montre que la Terre est ronde

Lu dans Valeurs Actuelles :

En janvier dernier Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, a participé sur la chaîne de télévision C8 à l’émission Balance ton post !, animée par Cyril Hanouna, afin d’y faire la promotion du « Grand débat national » initié par le président. À celles-et-ceux qui jugeaient peu digne de la fonction ministérielle de se produire dans une émission aussi merdique (qualificatif peu élégant mais approprié), Madame Schiappa a rétorqué en prenant la pose du génie incompris et persécuté : « Ce n’est pas parce que la majorité des personnes pensent que c’est une mauvaise idée, que ça l’est. Je vous rappelle que Galilée était tout seul face à la majorité pour dire que la Terre était ronde et qu’elle tournait. »

Il est dommage que l’emploi du temps chargé de Madame Schiappa, occupée tous les jours que Dieu fait à égaliser les conditions et à traquer les discriminations, l’ait probablement empêchée de se rendre à la très belle exposition « Le monde en sphères » organisée récemment par la Bibliothèque nationale (du 16 avril au 21 juillet). Elle aurait pu constater, de visu, que Galilée n’était pas dans le cas d’apprendre à une humanité médusée que la terre était ronde, pour la bonne raison que les gens instruits le savaient depuis déjà deux millénaires.

Parmi les plus belles pièces de cette exposition, figurent de nombreux globes terrestres et célestes, des sphères armillaires et de magnifiques enluminures médiévales. Dans le système de Ptolémée – du nom de l’astronome grec qui, au IIe siècle de notre ère, synthétisa les connaissances de l’Antiquité en la matière –, la terre est tout ce qu’il y a de plus ronde, et occupe le centre du cosmos. Au-dessus d’elle s’étagent les sphères de la lune, du soleil, des différentes planètes et des étoiles. À partir du XIXe siècle, un discours s’est répandu selon lequel les oppositions que suscita le système héliocentrique, proposé au XVIe siècle par Copernic, étaient un effet de la vanité des hommes, horriblement vexés à l’idée de ne plus se trouver au centre du monde. Méprise totale : dans l’ancienne distribution cosmique, le centre n’était pas le lieu le plus glorieux, mais le plus vil. Le philosophe Rémi Brague le rappelle fort bien dans « Le géocentrisme comme humiliation de l’homme » (, Flammarion, coll. « Champs essais », 2008). Dès lors, le système de Copernic, loin d’être reçu comme une humiliation pour l’homme, apparut au contraire, à beaucoup, comme le produit d’un orgueil insensé : voilà que l’homme se plaçait au-dessus du soleil, se projetait dans les cieux ! Montaigne, qui ne passe pas pour un esprit obtus et arriéré, considérait le système de Copernic comme une folie :

« La présomption est notre maladie naturelle et originelle. La plus calamiteuse et frêle de toutes les créatures, c’est l’homme, et quant et quant [i.e. en même temps] la plus orgueilleuse. Elle se sent et se voit logée ici, parmi la bourbe et la fiente du monde, attachée et clouée à la pire, plus morte et croupie partie de l’univers, au dernier étage du logis et le plus éloigné de la voûte céleste, avec les animaux de la pire condition des trois [i.e. terrestre, aquatique et aérienne] ; et se va plantant par imagination au-dessus du cercle de la lune et ramenant le ciel sous ses pieds ». [Essais, livre II, chapitre XII, « Apologie de Raimond Sebond »]

Au demeurant, si être au centre du cosmos avait été, pour la terre et les hommes qui la peuplaient, une gloire, cette gloire aurait dû encore augmenter au fur et à mesure qu’on s’approchait du centre de la terre elle-même. Or, sous la terre ne se trouvait pas le paradis, mais l’enfer. À l’extrême centre du monde : Satan. Une enluminure du XIIIe siècle, empruntée à un livre de Gossuin (ou Gautier) de Metz intitulé L’Image du monde, en offre une illustration spectaculaire. Au centre, la gueule du diable avale les damnés. Autour, viennent les quatre éléments qui constituent le monde terrestre – la terre (beige), l’eau (vert), l’air (bleu), le feu (orange) –, les orbes célestes (lune, soleil, planètes, étoiles), le séjour des anges, le tout coiffé par la figure du Christ.

Cette image a exposé les responsables de Chroniques, le magazine de la Bibliothèque nationale, dont le numéro avril-juillet met l’exposition « Le monde en sphères » en vedette, à un dilemme. D’un côté, l’image semblait trop belle pour ne pas être reproduite. D’un autre côté, un monde surmonté par la figure du Christ… il ne fallait pas y songer. Une solution fut trouvée : accorder à l’image une pleine page, en quatrième de couverture, mais la décaler vers le haut, afin de faire disparaître l’élément gênant. Il suffisait d’y penser ! Forclusion du Christ (qui pourtant donnait tout son sens à l’image à l’époque où elle fut réalisée).

Un tel procédé de falsification (il n’est nullement signalé, dans la légende, que l’enluminure présentée n’est pas complète), lamentable en toute circonstance, l’est particulièrement de la part d’une institution comme la Bibliothèque nationale qui, par essence, devrait respecter les sources au lieu de les bricoler pour complaire à l’esprit des temps. Cela étant, il faut reconnaître aux éditeurs du magazine un mérite : en dénaturant de la sorte l’image médiévale, ils ont réussi à donner une image assez fidèle du monde contemporain. L’ange déchu et dévorateur est toujours là, et ce qui permettrait d’échapper à sa voracité est oublié.

Nous vivons un changement civilisationnel dont le moteur est culturel. La famille dite traditionnelle - qui est simplement la famille naturelle - diminue massivement en nombre et en influence sociale. Le politique est de plus en plus centré sur la promotion de l’individualisme a-culturel, a-religieux et a-national. L’économique accroît des inégalités devenues stratosphériques et accélère et amplifie le cycle des crises. L'Église est pourfendue; clercs et laïcs sont atterrés.

Une culture nouvelle jaillira inévitablement de ces craquements historiques.
Avec le Salon Beige voulez-vous participer à cette émergence ?

Le Salon Beige se bat chaque jour pour la dignité de l’homme et pour une culture de Vie.

S'il vous plaît, faites un don aujourd'hui. Merci

On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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13 commentaires

  1. Faut il rappeler que Christophe Colomb avait pris la mer en 1492 en direction de l’ouest , convaincu que la terre était ronde et qu’il rejoindrai ainsi les Indes par cette route.

    Sa conviction partagée par la majorité des grands navigateurs et son audace lui firent découvrir l’Amérique.

    L’ignorance de madame Schiappa relève de ce qui est aujourd’hui communément enseigné à l’éducation nationale par idéologie républicaine et cathophobe.

  2. Quelle ignorance crasse, le niveau intellectuel et culturel des politiques est affolant tant il est indigent…

    1/ Au XVIème / XVIIème, époque de Galilée, le débat ne portait pas sur le fait de savoir si la terre était ronde ou plate, cela avait été tranché déjà sous l’antiquité grec, mais bien de savoir si notre système solaire était héliocentriste ou géocentriste…

    2/ Galilée n’a rien prouvé du tout, son faible niveau en mathématique ne le lui permettait pas cette prouesse, il n’a fait “que” de réaliser des observations à la lunette qui validaient, dans une certaine mesure (nombreuses erreurs de relevés) les prévisions et calculs de Copernic et surtout Kepler…

    3/ Le système héliocentriste, donc le fait que la terre se mouvait autour du soleil, avait déjà été pressenti par divers scientifiques ecclésiastiques bien avant Galilée. Par exemple Nicolas Oresme (1320-1382), prêtre puis évêque de Lisieux, qui publia plusieurs ouvrages sur le sujet…

    4/ Enfin, et même si ce n’est pas la question ici..; Contrairement aux conneries inventées au XVIIIème par Voltaire, puis au XIXème par les anti-cléricaux, l’Eglise se foutait pas mal de la position des astres dans l’univers, position établie par Aristote qui, jusqu’à preuve du contraire, n’était pas chrétien… Elle a sanctionné (modérément) Galilée pour d’autres raisons tout à fait justifiées.

  3. Schiappa, le cancre assumé de micron, jamais en retard d une connerie à dire ou à écrire, surtout si ça peut mettre en cause le christianisme, avec ce gouvernement, on touche le fond…

  4. Les Grecs de l’antiquité avaient mesuré de périmètre de la Terre il y a bien longtemps, mais la Schiappa devait dormir ou bavarder pendant le cours de physique où on rappelle la méthode utilisée par Erastothène.
    Quant à Galilée, il n’a pas été condamné pour avoir refusé de privilégier de référentiel terrestre, mais pour ses considérations théologiques qu’il mélangeait à ses écrits scientifiques.

  5. Ne garder que l’image de l’enfer… tout un symbole.

  6. Allez à St Gall en Suisse , là où le laïcisme stupide ne sévit pas
    Il y a plusieurs très belles expositions :
    On y explique que les savants du moyen âge savaient parfaitement que la terre était ronde , qu’il y a un un miracle en Occident avec la construction d’une société sur des bases chrétiennes après les invasions barbares , que seuls les moines savaient conserver les manuscrit ancien (À l’opposé du pouvoir politique ) et que le moyen âge n’était pas du tout obscurantiste !!!

  7. C’est pas sûr qu’il y ait un fond …

  8. Pierrot,
    Si vous avez un doc ou un exposé qui décrit les raisons tout-à-fait justifiées en question, je suis preneur.

  9. La boule que tenaient les rois lors de leur sacre, représentait la terre, les trois continents connus et surmontée de la croix de la chrétienté…

  10. Allez dans un grand lac. Regardez au loin avec l’eau à la ceinture. Puis abaissez vous et l’eau au raz des yeux: les objets bas et lointains disparaissent : la terre est ronde.

  11. L’Eglise a sanctionné Galilée non pour ses dires scientifiques mais parce qu’il y mêlait de la théologie pour lequel il n’était pas compétent et qu’il avançait des arguments fallacieux donc hérétiques. son orgueil n’a pas voulu reconnaître ses erreurs, donc condamnation.

  12. Elle n’a de culture que celle de ses fameux romans…
    Galilée seul ? Alors pourquoi le Pape Grégoire XIII lisait-il Copernic, et pourquoi son calendrier s’en inspire-t-il ?
    Galilée était même d’abord soutenu par l’Eglise et combattu par les scientifiques géocentristes de la Sorbonne… Des raisons politiques ont fait basculer les choses, mais dire qu’à l’époque il était seul face à tous est faux.

  13. @Emmanuel,

    je vous conseille :
    “L’affaire Galilée : une supercherie du sot XIXe siècle” écrit en 2010 par Bernard Plouvier, membre de l’Académie des sciences.
    et/ou
    “La Vérité sur l’affaire Galilée “, écris par Aimé Richardt, ayant reçu le Grand Prix d’Histoire de l’Académie Française, pour cet ouvrage.

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