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France : Société / Valeurs chrétiennes : Culture

Un sursaut intellectuel, est-il possible?

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Quels ressorts nous restent-ils? Voici un possible espoir, celui de ressortir bien à propos de l’oubli les mots d’un des historiens qui marqua le plus la discipline des sciences humaines, Marc Bloch. Il aurait certainement rêvé de disposer de nos outils contemporains, ces blogs qui relient nos pensées et nos réflexions de façon continue et interactive. Ils nous font ressentir la force d’être ensemble ; une force capable de briser l’intimidation de cette solitude préfabriquée pour garantir la mise sous tutelle de nos âmes et de nos vies. Il s’agit encore de capter ce qui nous reste comme biens matériels (patrimoine, épargne, assurance vie même…) et même plus maintenant qu’on nous envisage «à la découpe», convoitant organes, spermes, ovules pour une mise au marché. Dérisoire pulsion diabolique qui rejoue sans cesse sa même partition à toutes les époques, à celle de Marc Bloch comme à la nôtre. Cultivons donc les ressorts de l’espoir.

Le témoignage de Marc Bloch

 



Faire raisonner/résonner ainsi la voix de Marc Bloch, conformément à ces dernières volontés, est plus que légitime c’est un impératif dans le contexte présent. L’Etrange défaite (LED) (1), son récit ultime est un chemin de conscience dans lequel on peut gagner un courage bien nécessaire. Qu’est ce que Marc Bloch nous livre dans ce texte ? Du réel et de l’histoire en même temps.

  • Le constat : Perdre ou gagner une guerre peut dépendre de l’état d’esprit des combattants ou des « renonçants ». Et il en va de toutes les guerres, chaudes, froides, économiques même… Les mises en forme qui aident à faire pencher la balance ont été étudiées, systématisées et théorisées sous le vocables de «PsyOps». En langage anglo-saxon, le terme désigne les méthodes de renseignement et d’influence qui peuvent avoir cours pour asseoir une domination psychologique sur un large groupe de personnes, puis sur un pays. Ces techniques de l’ingénierie sociale que décrit si bien le sociologue Lucien Cerise (2) sont à l’origine des révolutions de couleur (3) et des «printemps» devenus souvent des cauchemars pour les peuples et des mânes pour les marchands d'armes.

 

  • Une défaite intellectuelle : La France en est là, ainsi soumise, lorsqu’en juillet 1940, Marc Bloch se met à sa table d’écrivain dans un coin perdu de la Creuse (Guéret-Fougères). Il s’y cache pour écrire…pour nous écrire. Il se fait un devoir de conscience de tirer les leçons de cette «Etrange défaite». Il sent déjà que cette défaite va meurtrir le pays et ses âmes durablement. Il l’analyse comme une défaite intellectuelle pour les Français et une victoire intellectuelle pour les Allemands. On sait maintenant que cette dichotomie -en dépit du constat final- a la vie dure et s’incrustera dans l’imaginaire européen à coup de propagande réédité régulièrement.

    «Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut -être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave» LED p. 26

    Il faudra de nombreux mois d’occupation et l’engagement de puissantes armées étrangères, des dizaines de millions de morts pour redresser ce dérapage intellectuel de la France. En 1945, la libération du pays a été rendue possible par les patriotes français rassemblés à mesure, avec patience et obstination. Ils furent aidés d’amis de la France, de l’Ouest comme de l’Est. Nous savons, nous, -à la différence de Marc Bloch qui n'a connu ce dénouement qu'en rêve-, cette fin heureuse. Ressentons nous encore parfois le sentiment de respect total pour les millions de vies qui furent sacrifiées pour notre liberté? Ces vies nous ont redonné un pays… un pays libéré. Le garder libre était notre mission. 

  • Témoigner pour ne plus laisser refaire : Marc Bloch écrit les pages de LED pour que la France et les Français se souviennent, mais aussi pour que cette défaite intellectuelle puisse être évitée une fois prochaine, si d’aventure la tentation de sombrer dans l’apathie des media dominants (quelle ironie des noms ici un article significatif) s’emparait de notre pays à nouveau. Etrange vision, insoutenable prémonition de Marc Bloch, mais admirable lucidité de l’historien et de l’observateur de terrain. La vraie liberté est celle qu’on ne peut confondre avec l’insolence de ces lâches qui fleurit dans les media comme écho d’une soumission réitérée. Ce point, clef de la propagande médiatique rapide à la soumission,  n’avait pas échappé à Marc Bloch.

Alors que les derniers témoins oculaires disparaissent un à un, la France de 2017 est à nouveau dans la détresse et la confusion qui sapent le courage de vouloir vivre. Relire Marc Bloch c’est nous entraîner à refuser cette mort. Les enchaînements de soumission auxquels il a personnellement assisté et qu’il a décrits dans l’Etrange défaite lui imposent le devoir, la responsabilité de dire et de faire comprendre que l’intimidation ne doit pas avoir le dernier mot : ne jamais croire au discours de l’absence d’alternatives. Theresa May, en signant l’acte historique qui va dérouler le Brexit, ce 31 mars 2017, nous montre à nouveau que la bataille d’Angleterre peut être jouée avec  toujours l’espoir de la gagner.

Marc Bloch écrit en cet été 1940, trois mois durant, alors que les Allemands prenaient le contrôle du pays. La France  subissait l’ambiance de haute trahison imposée au sein de ses élites, suite à cette sorte de «printemps franco-allemand» comme nous le trouverions dans nos grands titres de journaux, joliment nommé de nos jours.

  • Le souci de dire à temps…et le regret de ne pas l’avoir fait plutôt!
    Il s’agit aussi de bien comprendre la nature du désespoir de l’historien. Un désespoir de ne pas avoir dit à temps, tel est bien son regret ultime. Comme beaucoup, il a été empêtré dans le quotidien, les exigences matérielles, son statut, sa charge, même si sa lucidité lui faisait voir ou plutôt deviner, il n’avait pas pris plutôt le temps de dire… Et se fut trop tard.
    Résistance ensuite pour lui, une nécessité, pour supporter les plaies ouvertes de l’esprit qui lui feront accepter les plaies physiques de la torture et son terme de paix, l’exécution en héros sous les balles Allemandes en juin 1944. 
Ne pas avoir dit, tout en voyant, tout en dissertant avec son entourage académique, furent à l’origine de la meurtrissure profonde, longuement décrite et analysée ex-post par l’historien. La facilité de vivre qui mine le courage et l’énergie de dire au bon moment…et qui laisse du sang sur les mains et l’esprit. Comment la fuir ? Sinon en lisant son remords. Il nous l’a livré en testament pour que nous menions cette réflexion vitale. 

«J’appartiens à une génération qui a mauvaise conscience 
(…) Et pourtant, paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire. Nous avons craint le heurt de la foule, les sarcasmes de nos amis, l’incompréhensif mépris de nos maîtres. Nous n’avons pas osé être, sur la place publique, la voix qui crie, d’abord dans le désert, mais du moins, quel que soit le succès final, peut toujours se rendre la justice d’avoir crié sa foi. Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. Puissent nos cadets nous pardonner le sang qui est sur nos mains ! 
(…) Tout ce qu’on a lu plus haut sur les faiblesses qui, peu à peu, minaient la robuste santé du pays, sur la léthargie intellectuelle des classes dirigeantes et leurs rancoeurs, sur les illogiques propagandes dont les mixtures frelatées intoxiquaient nos ouvriers, sur notre gérontocratie, sur le malaise de l’armée, dans la nation, tout cela ou presque tout, il y a longtemps que nous nous le murmurions, entre amis choisis. Combien ont eu le cran de parler plus fort ? » LED pp.106-107

La responsabilité est grandement ressentie surtout par un spécialiste des sciences humaines attaché à analyser pour bien connaître le fonctionnement et l’âme d’une société dans le présent et la durée. La cause? Le fatalisme, le doute d’une manifestation à la marge, la faiblesse de l’espoir et de la foi qu’anéantit le confort académique et social? Tels sont les ingrédients du diagnostic de l’historien, les poisons de la conscience qui ne cessent de miner son âme.


«Nous avions une langue, une plume, un cerveau. Adeptes des sciences de l’homme ou savants de laboratoires, peut-être fûmes-nous aussi détournés de l’action individuelle par une sorte de fatalisme, inhérent à la pratique de nos disciplines. Elles nous ont habitués à considérer, sur toutes choses, dans la société comme dans la nature, le jeu des forces massives. Devant ces lames de fond, d’une irrésistibilité presque cosmique, que pouvaient les pauvres gestes d’un naufragé ? C’était mal interpréter l’histoire. Parmi tous les traits qui caractérisent nos civilisations, elle n’en connaît pas de plus significatif qu’un immense progrès dans la prise de conscience de la collectivité. Là est la clef d’un grand nombre des contrastes qui, aux sociétés du passé, opposent, si crûment, celles du présent.» LED p. 107

La mort comme soulagement d’un sentiment intenable, d’être passé à côté d’une tache déterminante. Alors pour réparer, tout faire… écrire, dire, mais en sachant amèrement qu’il fut trop tard pour son présent, alors il écrivit pour dire pour demain… pour la France de demain, -celle  qui aura pu peut-être être reconstruite-,  pour qu’elle ne tombe plus, sous le joug de la lâcheté intellectuelle, dans cette même soumission.

Il est temps de faire résonner les paroles de Marc Bloch, elles sont une chance, un chemin tracé. Ce chemin sera la rédemption ou le pardon possible des âmes torturées. Celles de Marc Bloch et de ses collègues avec leurs non-dits, celles de nos collègues semblablement muets qui s’engagent dans les affres éprouvés par Marc Bloch, simplement parce que l’intimidation de nos jours aussi est souvent la plus forte.

Porter l'espoir aujourd'hui, est plus facile. La communauté du net et ses réseaux nous offrent facilement les moyens de ne plus subir la douleur mortelle de Marc Bloch et de ses proches morts sans voix.
A l’heure où le trans-humanisme (nouvel eugénisme) rivalise avec DAESH pour avoir le dernier mot et anéantir notre Histoire, voir, comprendre et dire, trois sens de l’humain que nous devons cultiver et partager.
Savoir que nous avons ainsi les moyens de résister! Quelle richesse, quel luxe…

Hildegarde RU

Notes
(1) Texte de référence : Texte intégrale de l’ouvrage de Marc BLOCH
Une édition électronique réalisée par Pierre Palpant, bénévole (Courriel: [email protected] ) à partir de Marc Bloch (1886-1944) L’étrange défaite, Témoignage écrit en 1940
Société des Éditions Franc-Tireur, Paris, 1946, pages 21-194.
L’édition papier contient un avant-propos de Georges Altman.
Édition numérique complétée à Chicoutimi le 15 août 2005 lien ici

(2) Lucien Cerise (2016) Neuro-piratage, réflexions sur l’ingénierie sociale, ed. Kontre Kulture, 450 pp. Lien ici.Voir la video de Mai 2016 ici

(3) Mai 1968, une révolution de couleur ? Je penche moi pour l’affirmative

Photo : Oeuvres de Dragan Bartoula (huile sur toile) 2014 – Exposition Kremlin de Riazan 10 nov.-17 dec. 2015

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2 commentaires

  1. Seule une poignée de gens éclairés feront resurgir la vérité. La masse est malheureusement trop éloignée des grandes et belles théories.

  2. Je ne crois pas. C’est la manipulation et la propagande qui tentent tout contre le peuple. Les eurolâtres haïssent le peuple et veulent un gouvernement des “experts” à gages qui porte l’eugénisme au sommet.
    La confiance, c’est dans le réveil de chaque personne dans son âme et la capacité de rassembler. Telle est aussi notre foi car nous croyons à la force de la Grâce. L’espoir est un devoir et le sens de nos actions

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