Un homme politique peut-il s’opposer à l’avortement et réussir ?

L’étoile montante du parti conservateur anglais, Jacob Rees-Mogg, est un catholique pratiquant, père de six enfants, et opposé à l’avortement. Interrogé ces jours-ci par la BBC, il a été d’abord félicité d’avoir été « honnête et clair » sur la question de l’avortement, en affirmant sans détours qu’il s’engagera à le combattre et à le limiter dans la mesure de ses moyens. Jeanne Smits a traduit ses réponses :

Capture d’écran 2017-11-16 à 07.01.15"Il y a toutes sortes de sondages, comme vous le savez… Je crois que le point clef, c’est la question de savoir à quel moment on pense que la vie commence. Si vous pensez que la vie commence à la conception, alors il faut la protéger, il y a un devoir de la protéger.

Même si la femme veut avorter à la suite d’un viol ? Vous dites que c’est mal.

Je pense qu’une vie a été créée, et que le fait de prendre cette vie ne répare pas le très grand mal qui a déjà eu lieu."

Si vous avez l’ambition de jouer un rôle, peut-être pas de dirigeant mais au moins un rôle d’influence au sein du parti conservateur, est-il possible d’avoir les opinions qui sont les vôtres sur l’avortement, sur le mariage gay – vous êtes en décalage par rapport à l’opinion majoritaire dans ce pays – est-il possible de jouer un rôle moteur avec vos opinions ?

Je crois qu’en réalité cela n’a pas vraiment d’importance. Mon travail consiste à représenter les habitants du North-East Somerset, et de leur exposer ce que je crois afin qu’ils puissent décider de voter pour moi ou non. Ils peuvent décider qu’ils ont davantage d’intérêt pour mon opinion sur le Brexit que pour celle sur l’avortement, et que mon opinion sur le Brexit aura un effet plus immédiat que mes opinions sur l’avortement et d’autres questions morales : l’avortement, mais aussi l’euthanasie qui sont les plus importantes à mon avis. Mais la vie politique, c’est sûrement le fait de défendre ce que l’on croit, et non pas d’essayer de monter au mât de cocagne. Il s’agit là d’une affaire secondaire et d’une importance significativement moindre.

Il y a tout de même la question de savoir si certaines croyances ne rendent pas très difficile de devenir un dirigeant crédible d’une nation comme le Royaume-Uni. Je pense à Tim Farron, ancien dirigeant des libéraux-démocrates qui a démissionné en disant – parce que lui aussi est un chrétien convaincu qui ne croit pas, par exemple, au mariage gay – qu’il s’était trouvé complètement déchiré entre sa vie de chrétien fidèle et le fait de servir comme chef politique. Il a jugé la chose impossible.

Eh bien, je ne me mets pas en avant en tant que dirigeant politique comme vous le savez. Je crois que la question plus large est celle-ci : nous vivons dans un pays tolérant, où les gens ont le droit d’avoir leurs croyances religieuses, puisque nous disposons de la liberté religieuse dans ce pays, et inévitablement les gens ne vont pas être d’accord avec tout ce que je pense ni même avec tout ce que vous pensez vous, et sans doute tout le monde n’est pas d’accord avec tout ce que pense et croit Mme May. Pour autant un chef doit émerger, qui, sur la plupart des questions, la plupart des questions qui ont un effet quotidien, puisse susciter la confiance quant à son jugement. Je crois que ce serait un pays bien triste si les convictions religieuses excluaient quiconque d’un mandat politique."

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