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Europe : politique

UE : l’hégémonie par la langue anglaise

Suite à mon post, un lecteur m'envoie son compte-rendu d'une conférence qui s'est tenue à la Commission Européenne le 17 novembre, organisée par l’association Bruxelles Europe Diversité linguistique : Faut-il parler anglais pour être européen ? Les conférenciers étaient Quentin Dickinson, directeur des affaires européennes de Radio France, Jean Quatremer, correspondant de Libération, Michel Theys, journaliste des questions européennes. Une centaine de personnes ont participé à cette conférence parmi lesquelles l’ambassadeur de France auprès de l’UE (Monsieur Philippe Etienne) et le Consul de France à Bruxelles. Les conférenciers ont présenté :

  • Les règles du régime linguistique au sein de l’union dès son origine (règlement 1/58), à la période de l'élargissement et la pratique actuelle.
  • La grande bascule vers le tout anglais date de la période de la Commission Prodi 1995/2004. En effet, le chargé de la réforme administrative, le vice-président anglais, Neil Kinnock, a œuvré pour la défense des intérêts linguistiques de la Grande Bretagne et du Bristish Council dont il sera le président jusqu’en juin 2009.
  • Le rôle et la place de la langue anglaise en rappelant les entretiens de Churchill en 1943 : «le nouvel empire sera linguistique, il faut donc asseoir la suprématie de la langue anglaise». Par ailleurs, ils ont souligné la mise en garde par l’anglais Robert Phillipson avec son livre « Linguistic imperialism » publié en 1992, par lequel il avertissait que, pour les anglo-saxons, l’anglais doit devenir la langue dominante remplaçant les autres langues et leurs visions du monde. Ainsi face à une politique d’expansion de la langue anglaise, il n’y a eu qu’un processus de renoncement et d’angélisme des autres pays dont la France.
  • L’attitude suicidaire des représentants français à l’Union Européenne comme le choix systématique de s’exprimer en anglais (ressenti comme un mépris des traducteurs) ou celui de travailler et de faire travailler uniquement en anglais ou en faisant de l’anglais la langue unique des commissions dont ils ont la charge.
  • Le renoncement à l’emploi du français par les élites francophones a entraîné par effet de domino l’effacement des autres langues notamment l’allemand et l’italien.

En conclusion des débats avec la salle, il est ressorti que :

  • La langue anglaise est installée durablement en position hégémonique au sein des institutions européennes. Le français – langue de 3 pays fondateurs – a perdu son rang au sein de l’Union Européenne. La langue allemande et italienne sont hors d’état de contre balancer cette hégémonie linguistique.
  • Dans les Etats membres, la langue anglaise est en train de prendre souche dans les jardins d’enfants et elle est déjà la langue de transmission des savoirs dans l’enseignement supérieur. La France n’échappe pas à ce processus d’anglicisation.
  • Le français et l’allemand ne sont plus considérés comme des langues internationales; elles seront reléguées de fait comme langues « régionales » de l‘Union Européennes sans en avoir le statut. La qualité de citoyen européen est conditionnée à la maîtrise de la langue anglaise et par la même le niveau d’anglais dont vous êtes capable détermine votre évolution sociale et hiérarchique. Cela implique qu’en l’absence de cette maîtrise, vous ne pouvez pas vous affirmer comme un citoyen européen à part entière.
  • Plusieurs participants étrangers ont aussi rejeté la responsabilité de ce désastre linguistique sur les élites françaises car se battre pour maintenir l'emploi du français était un combat indissociable de la protection des autres langues.

Merci à Jean Loup Cuisiniez.

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10 commentaires

  1. Merci pour ce complément d’informations.
    Une chose que je ne comprends pas, c’est pourquoi l’UE dépense tant d’argent au sein de la Commission pour la « défense des langues minoritaires » en Europe tout en tentant d’imposer sans aucun état d’âme l’hégémonie de l’anglais.
    Encore un exemple de son absence totale de cohérence, qui la rend si peu crédible…

  2. C’est également vrai dans l’armée où l’on apprend à penser anglosaxon et à s’exprimer dans la langue de Shakespeare, y compris entre Français, ce qui parfois ne manque pas de sel… au delà de nécessités techniques, il y a un vrai renoncement intellectuel alors que le français est une langue reconnue par l’OTAN

  3. La Commission Européenne a finalement tranché : après la monnaie unique, l’Union Européenne va se doter d’une langue unique, à savoir… le français.
    Trois langues étaient en compétition: le français (parlé par le plus grand nombre de pays de l’Union), l’allemand (parlé par le plus grand nombre d’habitants de l’Union) et l’anglais (langue internationale par excellence).
    L’anglais a vite été éliminé, pour deux raisons : l’anglais aurait été le cheval de Troie économique des États-Unis et les britanniques ont vu leur influence limitée au profit du couple franco-allemand en raison de leur légendaire réticence à s’impliquer dans la construction européenne.
    Le choix a fait l’objet d’un compromis, les allemands ayant obtenu que l’orthographe du français, particulièrement délicate à maîtriser, soit réformée, dans le cadre d’un plan à cinq ans, afin d’aboutir à l’euro français.
    1. La première année, tous les accents seront supprimes et les sons actuellement distribues entre « s », « z », « c », « k » et « q » seront répartis entre « z » et « k », ze ki permettra de zupprimer beaukoup de la konfuzion aktuelle.
    2. La deuzieme annee, on remplazera le « ph » par « f », ze ki aura pour effet de rakourzir un mot komme « fotograf » de kelke vingt pour zent.
    3. La troizieme annee, des modifikations plus draztikes zeront pozibles, notamment ne plus redoubler les lettres ki l’etaient: touz ont auzi admis le prinzip de la zuprezion des « e » muets, zourz eternel de konfuzion, en efet, tou kom d’autr letr muet.
    4. La katriem ane, les gens zeront devenus rezeptifs a des changements majeurs, tel ke remplazer « g » zoi par « ch », zoi par « j », zoi par « k », zelon les ka, ze ki zimplifira davantach l’ekritur de touz.
    5. Duran la zinkiem ane, le « b » zera remplaze par le « p » et le « v » zera lui auzi apandone, au profi du « f ». Efidamen, on kagnera ainzi pluzieur touch zu le klafie. Un foi ze plan de zink an achefe, l’ortokraf zera defenu lochik, et le chen pouron ze komprendr et komunike. Le ref de l’Unite kulturel de l’Europ zera defenu realite !

  4. Il convient donc de réapprendre le Latin.

  5. Ici comme ailleurs la France abdique son identité renie son histoire.
    Pourquoi en serait-il différent auprès de l’UE ?

  6. Unio Europeae delenda est.

  7. Delenda est europaea Concordia… C’est bien beau de vouloir apprendre le latin !

  8. l’UE a tout intérêt à défendre les langues minoritaires (reconnaissance des entités à tendances autonomistes au sein de ex-grands pays exemple en Espagne).
    l’émiettement de la puissance des états renforce le pouvoir de l’Europe, ou plutôt affaiblit les capacités de résistances des états à la mondialisation et à la prise de pouvoir de la super classe mondialiste!
    CQFD

  9. « Pour moi, l’ignorance est la mère de toutes les dérives, elle est à la base de toutes les difficultés. Il faut se connaître davantage, s’apprivoiser, voir ce que l’on peut faire ensemble. On ne se rencontre jamais assez. » : c’est également ce que pensait Chamberlain et Daladier…
    De fait, l’anglais est la langue internationale. Dans les pays de l’Est, les gens ont été sensibilisé à la culture et aux valeurs américaines avec « Voice of America » (dont la plupart des programmes étaient pourtant en langue vernaculaire). La France ne pouvait pas faire de même au nom de la politique gaulliste d’équilibre des blocs et de respect des régimes communistes, avec la bénédiction de l’épiscopat français. Dans les pays de l’Est, ce n’est pas la France qui est symbole de liberté, mais les États-Unis.
    L’autre grand vecteur de la culture américaine, ce sont les films populaires où le héros, défendant les valeurs traditionnelles d’honnêteté, de courage, de la justice pour les plus faibles contre les plus forts, triomphe toujours à la fin, quand les films français nous décrivent en boucle les états d’âmes égoïstes autant que nihilistes et immobiles de la bourgeoisie de gauche parisienne.

  10. la citation de mon précédent message était du cardinal Tauran, dans un autre post plus haut…

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