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Liberté d'expression

Témoignage : de la dictature comme elle vient

Témoignage : de la dictature comme elle vient

De Jeanne Capel :

Ce dimanche 11 avril 2021 vers 11h15, alors que la messe touche à sa fin, un individu s’introduit dans l’église de Ch…, aux confins de l’Aisne. Portant une veste beige et des rangers, l’homme photographie l’assemblée, se porte à ma hauteur, prend de nouveaux clichés puis se fond dans l’assistance.

La célébration terminée, j’ajuste mon masque pour franchir le porche. Alors que j’avance vers ma voiture, je suis interpelée par le même individu qui arbore désormais un brassard de gendarmerie ! Dans l’échange qui suit, j’apprends qu’on me reproche de n’avoir pas toujours porté le masque pendant l’office et que je serai sanctionnée. Surtout, je comprends que l’opération de gendarmerie, menée par quatre militaires, me visait personnellement, dans le cadre d’un programme de surveillance et d’intimidation qui dure depuis plus d’un an.

En effet, le 25 mars 2020, aux premiers jours du confinement du printemps de cette année-là (qu’on n’osait pas encore qualifier de « premier confinement »), j’avais avec ma famille déployé une large banderole sur la façade de notre maison, située au centre du village, pour dire « Non à la dictature sanitaire ! ». Cet aimable truisme (car qui peut être favorable à une dictature, fût-elle sanitaire ?) nous avait valu plusieurs visites de gendarmes et quelques appels d’édiles locaux : nous « agacions en haut lieu »…

Quelque part dans l’Aisne, le 25 mars 2020

Rappelons qu’à l’époque, en France, le port du masque était généralement déconseillé plutôt qu’obligatoire, sa vente étant même interdite au grand public. C’est donc bien le foisonnement, l’instabilité et l’incohérence des obligations et des interdits de toute nature que nous entendions dénoncer alors, et l’intrusion dans nos vies qu’ils supposent, par un gouvernement manifestement décidé à dicter nos conduites dans leurs moindres détails plutôt qu’à préserver les libertés publiques.

Un an plus tard, il faut confirmer le constat et nous venons de redéployer notre banderole.

Car c’est bien pour punir ma dissidence, et non un acte, qu’on s’en est pris à moi ce matin. Pourquoi en effet, commettre avec préméditation ce double viol ? Celui d’un sanctuaire, contre une jurisprudence centenaire et les usages les mieux établis, mais aussi celui de ma conscience, pourtant protégée formellement par la réglementation sur la pratique des rites religieux en période d’urgence sanitaire ? Le message est pour moi parfaitement clair : dès lors que vous êtes identifié comme « récalcitrant », dixit le gendarme qui m’a interpelée, le pouvoir se donne contre vous tous les droits et ne vous en reconnaît plus aucun, même (ni surtout !) les plus sacrés.

Dans l’Aisne, le 11 avril 2021

Hasard ou prémonition, nous avions revu hier en famille le chef d’œuvre de Jean-Pierre Melville, L’Armée des ombres. Si comparaison n’est pas raison, l’Histoire a ses permanences que la période actuelle fait resurgir en mode mineur. Dans ma dissidence assumée, je n’attends donc rien des forces de l’ordre, qui obéissent aux ordres quels qu’ils soient ; ni de la justice, dont le Conseil d’État a théorisé, dès l’Après-Guerre, son incapacité à garantir les libertés contre un pouvoir autoritaire ; et pas davantage hélas des hommes en général qui, par peur, jalousie parfois, ignorance ou intérêt se font si souvent les supplétifs de toutes les nomenklaturas.

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Mais alors que, depuis une heure à peine, la banderole flottait à nouveau sur notre maison et que je terminais ces quelques lignes, on sonna à ma porte. Ce n’était pas (encore) les gendarmes mais une voisine. Tout sourire, elle nous portait un pain qu’elle venait de cuire, pour nous remercier d’entretenir publiquement une lueur de liberté. Nous nous embrassâmes et devisâmes longuement. Quoi qu’il advienne, l’essentiel sera sauf !

Jeanne CAPEL (un pseudonyme) vit dans l’Aisne. Elle est professeur de Latin et d’Espagnol. En 2020, elle a démissionné de son poste d’enseignante en région parisienne pour ne pas devoir imposer le port du masque à ses élèves.

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15 commentaires

  1. Il faut attaquer cette façon de procéder. En effet, le droit à l’image existe dans la loi et ce gendarme (cette crapule plutôt) en civil ne permettait pas qu’on le distingue. A la sortie de notre messe, une personne m’a relaté que quelqu’un filmait ceux qui en sortaient. Comme je suis sorti par un autre côté (privé), je n’ai pas pu poursuivre ce triste individu. a noter que notre bon prêtre a rappelé les c……es sanitaires en indiquant qu’il fallait être prudent vis à vis que “ceux qui nous veulent du bien” . Réflexion après un moment passé devant le tabernacle : arrive-t-on masqué devant la personne que l’on aime? Donc arrive-t-on masqué devant Jésus?

  2. il me semble la contravention de ce pandore obtenue par ruse, ayant caché sa fonction, est nulle et non avenue.

    Courage Madame Capel, mais ce n’est pas une dictature, mais un totalitarisme qui apparait.

  3. Merci Jeanne Capel. On ne peut que saluer cet acte de Résistance. Vous êtes dans la droite ligne de ceux de 40 qui n’ont pas cédé devant l’occupant. Nous vaincrons grâce à vous.

  4. très caractéristique ! surtout, que toutes les personnes confrontées à ce genre de”stigmatisation” (mot à la mode) le fasse savoir : ce n’est qu’ainsi que l’on peut réagir en groupe

  5. Au début je croyais lire un extrait des tontons flingueurs! Veste beige, rangers, cet individu s’est pris pour un instant pour un James Bond qui, parachuter de 10 000 m derrière l’ex rideau de fer, allait sauver l’humanité d’un terrible mal. Quel minable!
    J’aimerais le voir déployer son zèle et son camouflage dans les mosquées salutistes du Nord…

  6. Qui jure suo utitur neminem laedit.

  7. Les Gendarmes doivent intervenir en uniforme. Ils peuvent en être dispensés dans le cas d’enquêtes sensibles présentant des risques pour les enquêteurs (trafic de drogue, terrorisme…).
    Dans la situation décrite ici, quelles sont les menaces pesant sur les enquêteurs ?

    https://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/content/download/67238/487854/file/code-deontologie-police-gendarmerie-06-12-2013.pdf&ved=2ahUKEwj5hJyInfjvAhVhxYUKHZt_AL0QFjADegQIJxAC&usg=AOvVaw28fpzPGH-qu72ODnKOCoA4

  8. A nouveau on est effaré par de tels procédés.
    Est-ce que quelqu’un a pu prendre une photo du violeur de sanctuaire ?
    Pourquoi Jeanne Crapel tenez-vous à utiliser un pseudo et à ne pas dire le nom de la ville où cela s’est passé alors que vous avez besoin d’être soutenue ?
    La rage déployée contre vous, parce que vous dites “dictature sanitaire” indique à plaisir que l’on vous en veut de dire la vérité.

    • Chère Margot,
      Ce n’est pas que j’y tienne… mais la prudence est une vertu, n’est-ce pas ?
      Le journal vous donnera mes coordonnées si vous les demandez.

  9. Il semble ici qu’il y ait un défaut de droit. Est-ce que je me trompe en observant que les forces de l’ordre ne pouvant intervenir dans l’église que sur autorisation du curé (sauf sans doute urgence manifeste), les preuves de “délits” commis en outrepassant cette limite ne sont simplement pas présentables à l’instance judiciaire.
    C’est en tout cas ce qu’on retient des multiples cas de relaxes pour “vice de procédure judiciaire” au bénéfice de vrais délinquants ou criminels.

  10. Il est permis de s’interroger sur le point de savoir si la police s’introduit de la même manière dans les réunions du Grand Orient de France ou de la Grande Loge…
    D’ailleurs, la République considère-t-elle ces loges comme des lieux de culte ?
    Par ailleurs, les agapes qui suivent les réunions sont-elles aussi sous contrôle ?

  11. La faible résistance en France contre la terreur sanitaire, même à l’intérieur d’une église, est due à la lâcheté des évèques et du clergé. Les paroisses Traditionelles, forment une exèption. Vatican 2 a détruit le courage des catholiques contre l’état, qui reste toujours l’ennemi nr. 1 !

  12. Les forces de l’ordre n’ont pas à pénétrer dans une église et encore moins à perturber une messe.
    Il n’est pas permis de photographier pendant une cérémonie sans autorisation.

  13. Si ce témoignage est authentique c’est très grave. On a du mal à y croire !

  14. Tout est authentique, cher ami, jusqu’au merveilleux Pain de Vie !

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