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France : Politique en France

S’il veut conquérir le pouvoir, le FN doit réfléchir au « jour d’après » et renoncer à des promesses démagogiques

Jean-Yves Le Gallou décrypte sur Boulevard Voltaire le programme économique du FN :

Jean-Yves-Le-Gallou"[…] Schématiquement, il est possible de distinguer dans le programme de 2012 trois axes programmatiques : la remise en cause du libre-échangisme mondial, la sortie de l’euro, la lutte contre « l’austérité ».

La remise en cause du libre-échangisme mondial est-elle possible ?

Elle est en tout cas souhaitable : le bilan de l’ouverture généralisée des frontières (délocalisations et immigration, c’est-à-dire la délocalisation à domicile) a débouché sur près de 6 millions de chômeurs. Tout simplement en raison d’une concurrence faussée par des règles sociales et environnementales radicalement différentes d’un pays à l’autre.

Le FN a été le premier – dès 1993 – à s’opposer aux négociations du GATT, le premier aussi à dénoncer dès 2013 le projet de traité transatlantique. C’est à mettre à son crédit. 

Pas facile, il est vrai, aujourd’hui, de relocaliser l’économie et de promouvoir le patriotisme économique ; c’est pourtant ce qu’il faut faire. Tout comme il faut donner un contenu concret à la notion de « protectionnisme intelligent ». Et exiger la vraie réciprocité dans les relations commerciales internationales.

Et la sortie de l’euro, souhaitable ? Possible ? Inquiétante ?

Tout cela, sans doute. Là aussi, dès 1992 (Maastricht), le FN avait pris position pour la monnaie commune (bloc de forces vis-à-vis du monde extérieur) contre la monnaie unique (carcan des économies nationales à l’intérieur de l’Europe). Les promoteurs de l’euro savaient d’ailleurs que la zone (surtout avec la Grèce) ne correspondait pas à une zone monétaire optimale. Reste qu’au fond, dans ce monde désarticulé, les économies des métropoles parisiennes, munichoises et athéniennes sont plus proches les unes des autres que Paris d’Hénin-Beaumont, Munich de Rostock et Athènes des montagnes de l’Épire. L’euro n’est qu’un voile monétaire. Mais, alors même que l’euro monnaie unique est moribond, la perspective de changer de monnaie fait peur aux possédants et aux catégories âgées : selon l’IFOP, en mars 2015, 85 % des sympathisants UMP étaient hostiles à la sortie de l’euro, dont 57 % de très hostiles. Voilà pourquoi cette proposition du FN est utilisée comme épouvantail à électeurs UMP.

La lutte contre « l’austérité » est-elle vraisemblable ? 

Selon le même sondage, les électeurs du FN à 84 % – et ceux de l’UMP à 49 % – sont favorables à la retraite à 60 ans. Les électeurs du FN sont sans doute aussi favorables à la hausse du SMIC, ce qui se comprend d’autant mieux qu’ils appartiennent aux catégories populaires. Reste que ces mesures sont largement perçues comme non réalistes, voire carrément folles, dans un pays où tous les agrégats économiques sont au rouge : forte redistribution des classes actives vers les inactifs (quasi-record mondial), déficit de la balance des transactions courantes de 30 milliards, financement par l’emprunt du quart du budget de l’État, 2.000 milliards de dettes, l’équivalent d’un an de PIB.

Ceux qui prennent le général de Gaulle comme référence ne peuvent oublier qu’en 1958, il fit précéder le retour à l’indépendance de la France du redressement de ses comptes.

Le FN est, d’ailleurs, bien placé pour comprendre cela puisque là où il a géré (à partir de 1995) et là où il gère (depuis 2015) des mairies, ses élus ont en tête de leur réalisation politique le redressement financier. Ainsi que la lutte contre la gabegie et les dépenses nuisibles.

Faut-il, dans ces conditions, une mise à jour du programme économique du FN ?

C’est à ses instances d’en décider. En tant qu’observateur bienveillant, je me bornerai aux remarques suivantes :

Dans les médias, il est beaucoup plus confortable de disserter d’économie que de taper dans le dur sur l’immigration au risque d’écorner son image policée ; mais ce que les électeurs attendent, c’est un discours clair et ferme sur l’immigration et la défense d’une vision charnelle et enracinée de la France.

Il est sans nul doute utile, politiquement et électoralement, de critiquer la mondialisation et les dérives du capitalisme financier. Et la prédation des États-Unis d’Amérique, comme on l’a vu dans les affaires Peugeot, BNP Paribas et Alstom, doit être dénoncée sans relâche. Tout comme il faut promouvoir des relations économiques équilibrées et fondées sur la réciprocité (un exemple parmi d’autres : comment tolérer que les guides américains emmènent leurs clients au mont Blanc alors que les guides français sont interdits d’exercice dans les Rocheuses ?).

En revanche, faire de la sortie de l’euro l’alpha et l’oméga de la politique est sans doute un contresens politique et électoral. Le souverainisme pur et dur, c’est 5 % avec Chevènement (pourtant puissamment soutenu par les médias) en 2002, et 0,5 % avec Asselineau et l’UPR en 2014.

De même, il faut choisir avec soin ses modèles étrangers : l’immigrationnisme gauchiste de SYRIZA est un épouvantail à électeurs modérés pour un bénéfice nul. Le nationalisme conservateur et indépendantiste du Premier ministre hongrois Viktor Orbán est un exemple infiniment plus intéressant.

Enfin, s’il veut réellement conquérir le pouvoir, le FN doit réfléchir au « jour d’après », penser stratégiquement ses priorités et renoncer à des promesses démagogiques qu’il ne pourrait tenir et qui déclencheraient une formidable déception."

Certains verront dans cet aimable critique de Le Gallou un appel à voter UMP (ou je ne sais quoi d'autre). Que ces lecteurs passent leur chemin et aillent déverser leur mauvaise foi sur d'autres espaces du net.

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16 commentaires

  1. on n’est pas obligé de tout expliquer avant d’être élu:les précédents élus donnent l’exemple

  2. Excusez ma naïveté d’individu lambda, mais… J’ai trouvé cette critique très intéressante. Le seul problème, c’est que, comme, sur le fond, il ne semble rien rejeter en bloc, pas même la sortie de l’euro, de quelles “promesses démagogiques” parle t-il?
    Tout juste est-il dommage que cette interview s’achève sur cette absence de précision…

  3. Article pas au niveau d’un homme “surdiplômé”.

  4. Monsieur Jean-Yves Le Gallou a raison.
    Le FN n’est pas mûr pour prendre le pouvoir national.
    Il lui manque des réseaux, des équipes et des cadres compétents pour élaborer un projet politique cohérent dans tous les domaines : institutions, économie, éducation, diplomatie, Europe, euro, Justice, sécurité intérieure et extérieure etc…
    Tant qu’il n’aura pas fait ce travail titanesque et élaboré une synthèse crédible, il restera un réceptacle de votes contestataires et sera voué à jouer des rôles marginaux.
    Quand cela existera et seulement à ce moment-là il pourra conclure des alliances et envisager de s’installer dans les palais nationaux.
    Les échéances électorales majeures de 2017 sont trop proches. Il lui faudra attendre.

  5. cela n’est pas nouveau: déjà au Congrès de Nice il y avait un blocage: ainsi dans la commission des retraites dirigée par feu M. Descaves on constatait d’un côté les réformistes ouverts sur l’économie à la “Bastiat” et de l’autre les conservateurs atttachés à la répartition “pour ne pas déplaire aux adhérents retraités”. Et suivre donc les autres partis sur la même ligne de désastre
    maintenant retraité après 33 ans à traiter de cette problématique dans le réel, je constate que le FN a loupé son ancrage reaganien au profit d’un gloubiglouba socialo-patriote.

  6. Mais l’UMP ne votera JAMAIS pour le FN, et ce depuis Chirac. Certains de ses électeurs ont même préféré voter pour le PCF. Alors comme électorat de “droite”, on repassera…

  7. le jour d apres la bombe c est déjà aujourd hui la fille qui poignardé le père c était hier ! les français ne le pardonnerons pas !

  8. Je n’ai rien lu de plus intelligent sur le sujet depuis bien longtemps. Mais je pense que la sortie de l’euro est vitale, et possible.

  9. Le spectacle donné par les dirigeants du FN actuel ou de ses alliés, comme Alliot, Collard, Ravier et Menard a été affreux à contempler. Philippot , peut- être plus malin, a été le moins abject dans la forme.
    JMLP a été victime d’un véritable procès de Moscou. Ses propos ont été qualifiés ” d’ abominables “, ” monstrueux “, sans le moindre argument pour justifier ces qualificatifs.
    Comment espérer quoi que ce soit d’ individus livrant un homme à la vindicte de conformistes imbeciles, d’ un peuple dressé à mordre qui on lui désigne en échange de flatteries.
    Ces individus n’ ont manifestement aucun lien avec la spiritualité chrétienne.

  10. Après la démission du père , enfin le retour des élites :LE GALLOU , MEGRET ?

  11. Excellente intervention. Si le FN s’inspirait vraiment de ce genre de contributions, je pourrais commencer à réfléchir à voter pour eux. Surtout avec l’éviction de JMLP.

  12. Monsieur Le Gallou a été l’un des protagonistes de la scission mégretiste au sein de la droite patriote, gros accident de parcours qui a fait perdre une bonne dizaine d’années au FN de l’avis de beaucoup d’observateurs de la chose politique. Par ailleurs, il n’est pas économiste de formation (mais c’est quand même un énarque!). On se demande donc où il a été pêcher sa grande expertise économique.
    Chaque année, il se livre par ailleurs à un numéro de dérision moralement très ambigu appelé le “Bobard d’Or” où il récompense le mensonge et la malhonnêteté intellectuelle. Il rit et fait rire de ce qui est mal. Je n’apprécie pas.
    Souvenons-nous aussi que, durant l’été 2008, c’est le vieux Menhir de la Trinité-sur-Mer, et non Le Gallou, qui a annoncé la grande crise financière des crédits de second rang (les “subprimes”).
    Marine Le Pen a parfaitement raison de vouloir sortir de l’euro. Jacques Myard, député UMP, ne cesse de dire que c’est une mesure indispensable pour sauver la France du marasme, et beaucoup d’économistes prestigieux sont également de cet avis. L’argent étant le nerf de la guerre et même de la vie matérielle tout court, il paraît évident que la question monétaire ne peut qu’être “l’alpha et l’oméga” de tout programme économique digne de ce nom. Que la sortie de l’euro effraie la majorité des électeurs est déplorable et montre le gros défaut de notre système qui ne récompense pas les idées justes, mais les idées qui plaisent.
    Reconnnaissons à Marine Le Pen le courage de défendre une bonne idée impopulaire. Monsieur Le Gallou préfèrerait-il, au nom du “politiquement correct”, qu’elle mente aux Français ? Sachant qu’elle a totalement raison, pourquoi la critique-t-il encore ? Que diable faut-il donc faire pour enfin plaire à monsieur l’oracle de Polémia ?
    Je constate avec tristesse que Le Gallou reprend à son compte les inepties d’Henry de Lesquen sur l’admiration que Marine Le Pen aurait pour Syriza, et se fait le colporteur de la propagande grossière de l’UMP sur ce point. Ceux qui ont analysé les propos de la présidente du FN savent qu’il n’en est rien. Elle a encore dénoncé récemment dans un communiqué la capitulation de Syriza face à l’UE.
    Globalement,comme tous les autres membres de la clique d’intellectuels libéraux qui monopolise radio Courtoisie, Le Gallou surestime l’intérêt de l’électeur moyen pour les questions économiques. La seule chose que monsieur Dupont comprenne est sans doute la question du maintien ou de la sortie de l’euro. A Marine Le Pen d’expliquer pourquoi il faut se séparer de cette monnaie délétère. Je le redis : Marine, sur ce point, en faisant preuve de courage et d’honnêteté, en tenant un discours de vérité, est IMPECCABLE.

  13. Article très intéressant : la dernière remarque de l’auteur fait montre du même sectarisme que nos ennemis politiques. C’est nuisible : seul l’intérêt de la France compte, pas les querelles théologiques.

  14. Je relève dans l’analyse de Le Gallou un intéressant point de vocabulaire, à savoir l’emploi du mot « démagogique » : proposer la retraite à 60 ans, c’est de la « démagogie ». Je suppose que Le Gallou et beaucoup d’autres contradicteurs de Marine Le Pen, si on leur demandait de rendre compte de l’emploi de ce mot, se justifieraient en disant que cette mesure est certainement de celles qui plaisent aux personnes mal informées, mais que, d’un point de vue économique (le seul qui compte apparemment), elle serait tout simplement ruineuse. Pour le dire plus directement, on est « démagogique » quand on propose des choses impossibles au peuple (qui est par définition crédule, voire idiot). Ce qui est intéressant, c’est que venant d’un critique de gauche, le mot employé pour désigner exactement la même forme de tromperie politique serait non pas « démagogie », mais « populisme ». « Proposer la retraite à 60 ans, c’est du populisme », pourrait s’exclamer monsieur Cambadélis. Le hic, c’est, bien évidemment, que, comme la retraite à 60 ans est une mesure de gauche, il serait assez étrange qu’une telle remontrance tombât des lèvres d’un socialiste.
    Tout aussi étrange et choquant serait d’entendre Le Gallou dire : « La retraite à 60 ans, mais c’est du populisme ! ». On voit donc que les idées de gauche qui plaisent au peuple sont de la « démagogie » pour un homme de droite ; et celles de droite, du « populisme » pour un homme de gauche. Dans un cas comme dans l’autre, le mépris du peuple est sous-jacent. La question que j’aimerais finalement poser à Le Gallou est de savoir si proposer le référendum d’initiative populaire (par lequel les Français pourraient évidemment fixer l’âge de la retraite à 60 ans, voire à 55 ans), point important du programme du FN, relève de la démagogie ou du populisme.
    Une autre contradiction flagrante que je relève dans le reproche de démagogie sur la question de la retraite à 60 ans est qu’elle émane de personnes qui dénoncent à cor et à cri le gouvernement socialiste lorsque celui-ci veut autoriser le travail dominical, réaction dont on déduit logiquement que ces grandes consciences morales considèrent le repos comme une chose au moins aussi importante que le travail. Or, quand le FN propose d’avancer l’âge auquel les Français pourront enfin, après 40 années de cotisations, vaquer définitivement à leur douce vie de famille, voire, pour les plus spirituels d’entre eux, aux délices de la lectio divina et de la contemplation, tout à coup, le repos si âprement défendu et éloquemment loué devient une mauvaise chose, une forme de corruption inadmissible que SEULE l’atteinte du chiffre magique de 65 ans peut sanctifier. Je suppose dans ma grande commisération que, dans le cas du repos dominical, ces contradicteurs éternels pensent comme des chrétiens attachés à une conception légaliste du Chabbat ; et, dans le cas de la retraite, comme des libéraux entichés des idées de Milton Friedman. Comme le disait Louis Veuillot, le catholique libéral n’est ni catholique ni libéral. En tout cas, certainement pas lucide et cohérent.

  15. “oui nous souhaitons la victoire de syriza” ce n’est pas un ump qui a prononcé çela mais marine au” monde”

  16. @anonyme
    Je ne pense pas que critiquer sa fille dans un hebdo qui l’injurie de manière grossière quand ce n’est pas graveleuse depuis qq années est une preuve de charité paternelle de la part de son père.

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