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Valeurs chrétiennes : Culture

Robert Spaemann, RIP

Robert Spaemann, RIP

Philosophe allemand, proche du Pape Benoît XVI, au point de participer chaque année au séminaire estival réuni autour du Souverain Pontife, Robert Spaemann est décédé le 10 décembre. Attaché à l’ancienne liturgie, Robert Spaemann était un catholique convaincu, peu ou pas assez connu en France. Nous l’avions cité quelques fois sur ce blog. L’Homme Nouveau lui avait consacré deux dossiers et en hommage à sa pensée et à son œuvre. A retrouver ici. Extrait :

La vie de Robert Spaemann n’est pas des plus banales. Issu d’une famille protestante, son père Heinrich s’éloigne de la religion alors qu’il poursuit des études d’histoire de l’art ; il devient alors un athée militant. Sans être véritablement intéressé par la chose politique, il collabore à la revue de la gauche ultra, Sozialistische Monathefte, où il tient la rubrique musique et variétés. Quant à sa mère, Ruth Krämer, après des études de danse, elle travaille à l’introduction de la danse d’« expression » aux côtés de Mary Wigman. La maladie grave dont elle est atteinte est l’occasion pour les deux époux d’une remise en question qui les conduira quelques années plus tard, en 1930, à la foi catholique. Après la mort de sa femme, Heinrich Spaemann entre au séminaire et il est ordonné prêtre en 1942 par le bienheureux Clemens August von Galen, l’évêque de Münster connu pour ses sermons antinazis. Cet homme hors du commun – auteur d’une cinquantaine d’ouvrages – est certainement pour son fils Robert un éveilleur de vocation. Le futur philosophe grandit ainsi dans un climat familial très engagé. 

L’expérience de la dictature nationale-socialiste est décisive pour le jeune adolescent : loin de l’analyser comme une forme de réaction antimoderne, Robert Spaemann y voit au contraire la quintessence de la modernité athée, révolutionnaire et nihiliste. De cette expérience naîtront sa méfiance envers le phénomène moderne et la critique qu’il en développera par la suite. Après la guerre, il poursuit des études de philosophie, d’histoire, de théologie et d’allemand dans les universités de Munich, Fribourg, Paris et Münster où il obtient son doctorat de philosophie en 1952. C’est là, en fréquentant le Collegium philosophicum, qu’il fait la connaissance de Joachim Ritter. L’expérience de ce milieu intellectuel très varié, véritable contre-école de Francfort où se côtoient philosophes, juristes, moralistes, théologiens, historiens, etc., l’initie à une certaine forme de questionnement et façonne en lui l’esprit universel. Un moment tenté par le communisme, Robert Spaemann s’en détache très rapidement dès qu’il en a découvert la réalité concrète lors d’un voyage en RDA. Il enseigne ensuite la philosophie dans les universités de Stuttgart, de Heidelberg et enfin de Munich […]. 

L’intérêt de la pensée de Robert Spaemann réside entre autres dans la généalogie très originale qu’il dresse de la modernité. Au-delà des filiations classiques (nominalisme, protestantisme, contractualisme, etc.) et des figures bien connues (individualisme, rejet de l’autorité, libre examen, etc.), il cherche ce qui est au fondement de l’esprit moderne. En moraliste, il y voit une inversion de la téléologie, cette science qui étudie les fins de l’homme. Si la téléologie classique suppose que les êtres finis recherchent l’éternel et l’infini, la téléologie moderne vise la conservation de ce qui est. Elle n’est pas marquée par une ouverture vers la transcendance, et c’est là son grand péché. On a affaire à une forme d’anthropocentrisme pour lequel l’homme est la mesure de toutes choses. Pour Spaemann, les premiers signes de cette rupture apparaissent en théologie avec Campanella et Telesio : « L’homme ne cherche plus la conservation pour avoir part au divin, mais il aime Dieu parce qu’il est la condition de sa conservation ». Conversio ad creaturam, Dieu devient aimable parce qu’il apporte quelque chose à l’individu. L’homme se met au centre : il ne se rapporte plus à Dieu, mais c’est Dieu qui est rapporté à l’homme. Dieu ne disparaît pas du cœur de l’homme, mais par un renversement de perspective, il devient la condition de son bonheur éternel et c’est à ce titre qu’il est désiré. Pour Robert Spaemann, la dispute théologique entre Fénelon et Bossuet est emblématique de l’intrusion de cette nouvelle téléologie sur le terrain religieux : « La querelle du pur amour fut pour moi, il y a trente-cinq ans, la pierre de touche de la thèse selon laquelle l’ontologie et l’anthropologie modernes, “bourgeoises” sont caractérisées par une inversion de la téléologie. La conservation de soi, l’affirmation de soi, et non plus la transcendance à soi, sont leur nouveau paradigme (…). Dans ce contexte, l’“amour pur” n’est plus l’accomplissement de la nature, mais ce qui dans le contexte de celle-ci, ne peut pas du tout être pensé, l’absolument autre, la “mort de la nature”. » Chez Bossuet, le phénomène est à l’œuvre sous la forme d’un certain utilitarisme (la religion pour faire mon salut) tandis que Fénelon est, quant à lui, incapable de penser une amitié simple avec Dieu, le pur amour étant nécessairement une mort à la nature. […]

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1 commentaire

  1. jamais entendu parlé ! RIP quand même

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