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Valeurs chrétiennes : Culture

Rimbaud, Baudelaire, Proust et Labiche intéressent les Français

Vincent Tremolet de Villers, rédacteur en chef des pages Débats/opinions du Figaro et du FigaroVox, écrit :

"Entre un spectacle d'improvisation et une baignade dans un «milieu aquatique standardisé» Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem devraient aller faire un tour au Théâtre des Mathurins. Depuis des semaines, chaque soir plus de quatre cents personnes se pressent pour entendre un homme seul en scène dire Rimbaud et Labiche, Céline et Proust. Les réservations sont closes jusqu'au mois d'octobre et les demandes de prolongation se succèdent. S'ils parviennent à éteindre leur iPhone, à s'asseoir pendant deux heures ils écouteront un ancien garçon coiffeur qui, par les mots, déploie des paysages, écrit des silences, fixe des vertiges. Fabrice Luchini leur rappellera qu'il a quitté l'école à 14 ans mais que l'aventure de son existence est née d'une découverte: une langue plus vive que le courant d'une onde pure. La Fontaine, Baudelaire, Pascal, Cioran et une pléiade innombrable ont aiguisé son esprit, nourri sa méditation, et fécondé une passion dévorante. Depuis il a fait sienne la maxime de Molière: «plaire et instruire». 

Dira-t-il que c'était mieux avant? C'est tout le contraire. Le spectacle commence par une charge de Paul Valéry (nous sommes dans les années 1930) contre l'école qui force les enfants à ânonner Racine en se débarrassant de ce qui en fait la beauté: les assonances, le rythme, la chair du verbe. Valéry cependant ne conseille pas de remplacer les humanités par l'interdisciplinarité ou les travaux en groupe sur le tri sélectif et le développement durable. Il plaide plutôt pour une véritable éducation au goût, aux nuances, à la beauté. Ce trésor mal exploité par nos anciens prend désormais la poussière dans les caves du ministère. En troisième, les programmes de lecture piochent dans les rentrées littéraires les plus récentes, et l'étude approfondie de Bajazet sera bientôt considérée comme humiliante pour l'élément en voie d'apprentissage, cette chose fragile que nous appelions autrefois l'élève. Les disciples de Bourdieu verront dans le succès de Fabrice Luchini une preuve supplémentaire de la reproduction des élites. 

Les tenants du «tout est culture» refuseront malgré tout d'établir une hiérarchie entre le savoureux «Cours… Asterixsme»de Jamel Debbouze et les Illuminations de Rimbaud. Ceux qui, en entendant le comédien, sentiront battre en eux le cœur de La Fontaine ou de Baudelaire, se désoleront d'un gigantesque gâchis. Comment une succession de chefs-d'œuvre peuvent ainsi être laissés à l'abandon? Pourquoi refuser de les faire connaître aux Français venus d'ailleurs à qui l'on ne donne qu'une équipe de football pour se sentir des nôtres? Augustin d'Humières professeur en Seine-et-Marne et auteur de Homère et Shakespeare en banlieue (Grasset) le répète suffisamment: le génie souffle où il veut. Dans les quartiers chics comme dans les cités. Luchini raconte qu'il a eu l'idée de ce spectacle après avoir récité Le Bateau ivre dans un taxi. Son chauffeur lui aurait lâché: «C'est magnifique, mais je n'ai rien compris.»«Moi, non plus, lui a répondu le comédien, mais là n'est pas l'important.» L'important en effet était de faire vibrer quelques minutes les êtres et les choses. Rappeler aux hommes qu'ils ont en eux ce que les uns nomment l'esprit, les autres l'âme. Que la culture n'est ni un ornement, ni un snobisme, mais l'oxygène de l'intelligence et du cœur.

Manuel Valls affirme dans une interview au mensuel L'Œil, que la culture est constitutive de la gauche. Il faudrait lui rappeler qu'elle est tout sauf le fruit de l'improvisation. «Il n'y a pas de génération spontanée» dit en substance Roland Barthes quand il parle des poètes. Rimbaud savait le latin et le grec à 14 ans. Il connaissait suffisamment Hugo et Musset pour les mépriser à 16 et jugeait à 17 Baudelaire «un peu mesquin» dans sa forme. Le feu de son génie monte cependant de braises anciennes, celle du travail, de l'effort, de la discipline, de la sélection. Ces vertus que Luchini a éprouvées aux côtés de ses maîtres Jean-Laurent Cochet ou Michel Bouquet. Depuis, l'élève est devenu l'un des leurs et donne à son tour ce qu'il a reçu. Quand il improvise, c'est prodigieux. Il n'est pas professeur, le Théâtre des Mathurins n'est pas une salle de classe, mais toutes les générations viennent y chercher ce que le pédagogisme s'acharne à enfouir et peut-être même à détruire: leur héritage."

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9 commentaires

  1. Mais ce n’est pas la culture qui nous sauvera, c’est la conversion à la seule vraie religion, salut pour les hommes et pour les sociétés.

  2. Le plus souvent derrière l’évidence des plus grands chefs d’œuvre et l’aisance apparente de leurs auteurs se cachent des années de travail acharné.

  3. Bah oui mais Luchini se désole lui-même d’être le seul à faire ce qu’il fait. Et je vous assure que la vie des artistes (quand on n’est pas LGBT ou qu’on ne joue pas des pièces scatologiques) n’est pas une partie de plaisir. Sans compter que cette belle culture dont vous parlez, qui était partagée par toutes les classes de la société il y a quelques générations, n’est plus qu’une petite flamme dans quelques coeurs, et parmi ceux-ci, combien de vrais poètes. C’est un sacrifice d’une vie d’être poète! Qui le comprend aujourd’hui? Bien sûr que les lettres sont l’âme de la France, mais voyez comme cette “matières” est traitée aujourd’hui même dans les lycées sélectifs!
    Désolée, mais les lettres ont bien peu de porte-parole aujourd’hui et Luchini est l’arbre qui cache le fait que la forêt a disparu.
    Il reste trois pelés et un tondu par classes de lycée qui apprennent le latin ou le grec, et de toutes façons il n’y a plus personne pour l’enseigner (on recrute des profs à pole emploi). Plus personne ne fait apprendre de textes par coeur, quand vous le faites les parents sont presque étonnés et se demandent si vous ne perdez pas votre temps, et de toute façon la plupart des élèves en ont complètement perdu le pli. Il faudrait reprendre des années d’apprentissage pour l’amour de la langue, mais quand vous avez une classe pendant 9 mois (une année scolaire) avec un programme hyper chargé et 4h de cours par semaine, comment faire?
    Je ne parle même pas des auteurs chrétiens dont la plupart des élèves de lycées catholiques n’ont jamais entendu parler.
    Luchini est là mais il est vieux, et Barrault, Renaud, Jouvet, sont bien morts.
    Même le fameux cours de Jean-Laurent Cochet est l’ombre de lui-même, et je connais des artistes qui ne savent pas épeler des mots simples. Le Verbe au théâtre a bien changé depuis Valéry… Et justement, nous n’avons aucun Valéry moderne…
    Enfin… merci quand même à l’auteur de l’article qui réchauffe le coeur de certains enseignants / auteurs… qui se sentent parfois bien seuls dans leurs amours et leurs intuitions.

  4. On parle des beaux-arts qui n’ont rien à voir au bazar ! Pourtant certains en font volontairement la confusion !
    L’art est pourtant inextricablement lié au beau ! Et le beau à l’état d’âme ! Et l’âme à Dieu !
    Alors est-ce une valeur de gauche ? Non pas du tout ! D’où sa tendance à pervertir tout ce qui religieux, donc tout ce qui a une âme, tout ce qui est beau, en un mot tout ce qui est art !

  5. J ai 53 ans , en 4ieme j ” étudiais” une œuvre majeure : ” plic et ploc ” déjà à l époque , on établissait l infantilisme , la littérature puerile comme un summum d éducation. Dire que les parents me proposait d étudier en école privée , j ai refusé. Que m ont ils ecoutè ? Je le regrette encore ! Pour contrevenir à cela , j ai mis ma fille dans une institution catholique , hélas, qui ressemblait étrangement au publique de mon temps. Si vous aimez vos enfants , mettez les dans des écoles catholiques hors contrat.

  6. Lisez des livres, de bons livres , de très bons livres ; vous ne les trouverez que dans le domaine catholique, nulle part ailleurs. Baudelaire , Prust , la biche, que du ferment republicain , aucune joie chretienne dans leurs ” œuvres”.

  7. Ah Luchini….. J ai toujours aimé ce bonhomme…
    Il est génial sur scène mais assez extraordinaire en interview aussi.

  8. @Le Forez… eh bien, vous en tenez une sacrée couche, vous!!!

  9. “La culture [serait] constitutive de la gauche”??
    Quelle prétention! Donc seuls M.Valls et ceux qui pensent comme lui seraient cultivés?!
    Je peux éventuellement adhérer à cette maxime si la “culture” évoquée est celle de Bourdieu et ses successeurs; vous savez, ceux qui préconisent “d’apprendre à lire dans les modes d’emploi des appareils ménagers”. Je veux bien reconnaitre à “la gauche” l’entière propriété de cette culture-là.
    Mais nous n’avons visiblement pas les mêmes définitions du mot “culture”, et encore moins “culture française”.

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