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Culture de mort : Avortement

Retour sur “4 mois, 3 semaines, 2 jours”

Dans Présent de samedi, Jeanne Smits analyse le film primé à Cannes, qui sort le 29 août. Elle constate un double scandale :

  • Le ministre de l’Education, Xavier Darcos, s’est soumis à la pression des syndicats et s’en était remis à la classification retenue par la commission de censure des œuvres cinématographiques, qui a classé le film «tous publics». "Est-il possible de montrer à des enfants[…], une mère qui fait tuer son propre enfant à naître ? Les images, mais aussi le propos de ce film sont trop froids, trop crus, trop durs – et trop gynécologiques."
  • L’interprétation du message du film qui sera servie aux collégiens et lycéens qui verront ce film dans le cadre de l’Education nationale, sera très certainement pro-mort.

Néanmoins, Jeanne Smits estime

432 "que le jeune réalisateur roumain, Cristian Mungiu, n’a pas volé sa Palme d’Or. […] La scène centrale du film […] est constituée par les longues secondes où la caméra s’attarde sur la découverte macabre du fœtus avorté gisant sur le sol de la salle de bains […] : elle voit […] la tête et les épaules d’un poupon parfaitement formé […]. Un être humain, à l’évidence. […] Le choix du réalisateur est juste, pourtant : il montre et souligne le choc affectif vécu par les deux jeunes femmes conscientes d’avoir tué. […]

«Tu l’enterreras ?» En trois mots, tout est dit. Ottilia ne peut pas répondre, puisque l’avorteur lui a bien recommandé, pour que les chiens ne la retrouvent pas, d’aller jeter «la chose» dans le vide-ordures d’un immeuble à l’autre bout de la ville, de préférence du dixième étage. Ainsi le film suggère, effleure ou étale avec insistance les nombreux aspects destructeurs de cet avortement… de tout avortement.

  • L’absence de choix. […]
  • L’absence de père, ou d’homme digne de ce nom. […]
  • Le mépris exprimé par l’avorteur. […]
  • Le dégoût de soi et des autres. […]
  • Le remords trop lourd à porter. Il éclate avec une grande violence visuelle et psychologique dans la dernière scène du film où Ottilia, s’étant débarrassée de l’enfant avorté, retrouve Gabita dans le restaurant de l’hôtel. Scène macabre et grotesque où la jeune femme se voit apporter un plat de fête pris sur le menu du mariage « nouveau riche » qui se déroule à côté : des viscères cuites, de la cervelle panée qui pour le coup, par une sorte d’effet de miroir très calculé, évoquent irrésistiblement le sort du tout-petit qui vient de mourir. Gabita chavire, puis demande : « Tu l’as bien enterré ? » Ottilia répond, avec une sorte de fureur retenue : « Désormais, nous ne parlerons plus jamais de tout cela. Il n’en sera plus question. Plus jamais. » Et un écran noir occulte brusquement la scène. Parce qu’il n’y a pas de pardon possible dans ce pays d’où Dieu a été aussi chassé…

Cristian Mungiu n’a peut-être pas voulu faire un film contre l’avortement. Mais ce qu’il dénonce au bout du compte, ce n’est pas d’abord l’absence de liberté des femmes, mais les ravages d’un régime qui étouffe la conscience morale, et peut-être pour longtemps."

Quelle différence entre le régime de Ceaucescu et le notre ?

Michel Janva

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2 commentaires

  1. Allez donc bosser dans une banque ou une grande adminsitration et vous aurez une idee de ce que peut etre le meurtre des peres a une echelle industrielle. Comment peut-il subsister des hommes dignes de ce nom dans des technostructures qui sont castratives et alienantes par nature du fait de l’extreme emiettement du travail et du fractionnement des responsabilites au travers des multiples niveaux de prise de decision? Les femmes ont beau jeu de se demander “ce que les hommes sont devenus”. Mais ne vaudrait-il pas mieux se demander pourquoi la technostructure qui dirgige nos vies a tellement besoin de liquider les peres, au sens d’hommes responsables et autonomes capables d’assumer des responsabilites dignes de ce nom? Dans un monde hyper normatise le pere ne qu’etre remplace a terme par une conscience superieure oomnipotente regnant sur des robots infantilises ou des hommes femmes a l’identite floue.

  2. le cinéma rejoint l’actualité

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