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Liberté d'expression

Respect de la loi contre liberté de conscience

Dans Le Figaro, Thibaud Collin signe une tribune sur l'objection de conscience des maires :

"Le refus par certains maires de célébrer
des mariages entre personnes de même sexe révèle deux logiques qui se font
face. Celle du pouvoir qui rappelle qu'une loi doit être appliquée quelques
soient les états d'âme des citoyens et a fortiori des maires. En effet, si
l'application de la loi était mesurée par la conscience individuelle, le sens
même de la loi serait détruit. Celle-ci ayant pour objet la vie commune ne peut
accepter sous peine d'anarchie que des individus s'y soustraient. Face à cette
logique légaliste, se dresse celle de la conscience morale, sanctuaire
irréductible à tout rapport de force, lieu où l'humanité éprouve sa dignité et
le courage de dénoncer des lois injustes.
En effet, si toute loi devait être appliquée
sans discernement, cela signifierait que la loi est mesure du juste et qu'il
devient impossible de contester une quelconque loi votée. Coupée de la
conscience, la démocratie deviendrait alors le règne de l'arbitraire et du fait
accompli majoritaire.

Dès lors, ne sommes-nous pas devant un
problème pratique insoluble ? Une société ne peut se passer de lois et
toute loi exige une obéissance soutenue par la possible coercition. Mais la
même société ne peut se passer de la voix de la conscience humaine, ressource
d'un perpétuel questionnement sur la justice des lois. L'inquiétude morale ne
peut sans dommage être exclue du champ de la vie politique.

En épousant le diagnostic et la solution
élaborés par la philosophie politique moderne depuis le XVIIème siècle, la
République laïque n'a-t-elle pas mis au cœur de son identité le respect de la
conscience ?
Revenons sur les présupposés de la situation actuelle pour en
estimer la gravité.

Le régime démocratique libéral est
élaboré pour répondre au conflit des croyances religieuses cherchant chacune à
imposer son hégémonie dans le champ politique. Pour éteindre ce foyer de guerre
civile, il convient de neutraliser la dimension politique des croyances en les
circonscrivant à la vie privée. La paix repose ainsi sur la division du monde
humain en deux sphères régies par deux principes différents mais pensés comme
complémentaires : la sphère de la vie publique régie par les lois,
communes, contraignantes et neutres en matière religieuse et intellectuelle; la
sphère de la vie privée régie par la conscience personnelle libre. Cette
solution semble pertinente mais elle a un coût, longtemps passé inaperçu, qui
rejaillit dans le débat actuel. 

Ce coût est la perte de l'unité de la
personne, du lien intrinsèque entre ce qu'elle pense et ce qu'elle fait.
Spinoza l'assume explicitement dans son Traité théologico-politique.
« Nous voyons suivant quelle règle chacun, sans danger pour la paix de
l’État, peut dire et enseigner ce qu'il pense ; c'est à la condition qu'il
laisse le souverain le soin de décréter sur toutes actions, et s'abstienne d'en
accomplir aucune contre ce décret, même s'il lui faut souvent agir en
opposition avec ce qu'il juge et professe qui est bon. » Il s'agit donc
d'une sorte de troc : ma liberté de penser sera d'autant plus garantie que
j'abandonnerais la détermination de mes actes à la loi. Mais une telle position
s'oppose de plein fouet à l'honneur d'un homme libre en tant qu'il lui
conseille tout simplement l'hypocrisie. Elle contient aussi un secret mépris
pour l'agir humain identifié à un strict conformisme de façade et non plus à
l'expression de la personne dans son orientation fondamentale. Bref, cette
dualité fondatrice ne fonde-t-elle pas une logique de dépersonnalisation des
rapports humains et de la politique ?

Le maire ou le fonctionnaire ne serait
que le maillon impersonnel d'une loi et sa liberté ne pourrait se manifester
que dans son for interne. Qui ne voit qu'on a là le ressort d'une politique
court-circuitant toute responsabilité au profit d'un pouvoir anonyme déroulant
ses procédures ?

Vaclav Havel, dans un texte écrit pour
être lu à Toulouse en 1984 et intitulé La politique et la conscience,
exhorte les démocraties de l'Ouest à considérer les régimes de l'Est comme
l'avant-garde d'un danger majeur, « la domination totale d'un pouvoir
hypertrophié, impersonnel, anonymement bureaucratique, qui opère en dehors de
toute conscience
 ». « Le politicien moderne est transparent. Derrière
son masque circonspect et son langage artificiel, nous ne trouvons pas un homme
enraciné dans l'ordre du monde naturel par son amour, sa passion, ses goûts,
ses opinions personnelles, sa haine, son courage ou sa cruauté ; tout cela
est tenu pour une affaire purement privée, est relégué dans sa salles de bains.
Si nous découvrons quoi ce soit derrière le masque, ce ne sera qu'un
technologue plus ou moins adroit du pouvoir. »

En ignorant de manière procédurale les
cas de conscience de maires ou de fonctionnaires cherchant la vérité sur ce qui
est juste, la République risque de nier ce qui la rend possible :
l'honneur et la responsabilité des citoyens."

Nous vivons un changement civilisationnel dont le moteur est culturel. La famille dite traditionnelle - qui est simplement la famille naturelle - diminue massivement en nombre et en influence sociale. Le politique est de plus en plus centré sur la promotion de l’individualisme a-culturel, a-religieux et a-national. L’économique accroît des inégalités devenues stratosphériques et accélère et amplifie le cycle des crises. L'Église est pourfendue; clercs et laïcs sont atterrés.

Une culture nouvelle jaillira inévitablement de ces craquements historiques.
Avec le Salon Beige voulez-vous participer à cette émergence ?

Le Salon Beige se bat chaque jour pour la dignité de l’homme et pour une culture de Vie.

S'il vous plaît, faites un don aujourd'hui. Merci

On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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15 commentaires

  1. messieurs les maires levez-vous en grand nombre pour refuser l’application de cette loi !s’il y 10 000 maires qui disent non ensemble au lieu d’un seul actuellement ils ne pourront pas etre jetés en prison!!!de toutes façons madame Taubira veut vider les prisons!!! haut les coeur messieurs les maires ayez le courage de vos opinions jusqu’au bout et nous revoterons pour vous!

  2. les élections sont dans un an les maires se sachons soutenus par leurs électeurs pourront tenir mais les républicains céderont!
    que les hommes de valeurs réalisent que des places sont à prendre, nous avons un an pour aller à la rencontre du “peuple”! Apprenons à écouter!

  3. Non ; il n’est pas le seul . Je me suis déjà exprimé sur le sujet. j’aimerais trouver un site qui recense les maires “réfractaires” à cette loi.

  4. Entièrememt d’accord avec chavanes, ce n’est pas le moment de céder, il faut que les maires refusent d’appliquer cette loi et nous les soutiendrons avec des pétitions ( c’est déjà commencé), des manifestations et des dons, c’est crucial et cette étape du combat mettra le gouvernement en difficulté.

  5. Quand le respect de la nature humaine n’est plus le critère qui fonde la loi, le rapport de force devient le mode de relation de la vie sociale. cf le sénateur Jean-Pierre Michel. Les “raisons de la force” se substituent à la “force de la raison.
    “La liberté, voulant s’émanciper de toute tradition et de toute autorité, se ferme même aux évidences premières d’une vérité objective et commune, fondement de la vie personnelle et sociale. La personne finit par prendre pour unique critère de ses propres choix, non plus la vérité sur le bien et le mal, mais seulement son opinion subjective et changeante ou même ses intérêts égoïstes et ses caprices.
    “La société devient ainsi un ensemble d’individus placés les uns à côté des autres, mais sans liens réciproques… Ainsi disparaît toute référence à des valeurs communes et à une vérité absolue pour tous: la vie sociale s’aventure dans les sables mouvants d’un relativisme absolu.
    Le « droit » cesse d’en être un parce qu’il n’est plus fermement fondé sur la dignité inviolable de la personne mais qu’on le fait dépendre de la volonté du plus fort. Ainsi la démocratie, en dépit de ses principes, s’achemine vers un totalitarisme caractérisé. L’Etat n’est plus la « maison commune » où tous peuvent vivre selon les principes de l’égalité fondamentale, mais il se transforme en Etat tyran qui prétend pouvoir disposer de la vie des plus faibles et des êtres sans défense, depuis l’enfant non encore né jusqu’au vieillard, au nom d’une utilité publique qui n’est rien d’autre, en réalité, que l’intérêt de quelques-uns.”
    “Quand on constate de telles manières de faire, s’amorcent déjà les processus qui conduisent à la dissolution d’une convivialité humaine authentique et à la désagrégation de la réalité même de l’Etat.”
    Evangelium vitae §19-20

  6. Petit test amusant : demandez à ceux qui hurlent de toutes leurs forces qu’une loi de la République doit s’appliquer le petit doigt sur la couture du pantalon, ce qu’ils pensent de l’application de la loi Hadopi ? Les réponses embarassées des même pirates pour tous sont à se tordre de rire !

  7. En Allemagne sous la botte nazie, il fallait bien respecter la loi même infâme puisque c’était la loi, heureusement que Von Stauffenberg a relevé le gant pour sauver l’honneur allemand!
    Eh bien en France, 80 ans plus tard on fait la même chose est c’est encore un parti socialiste comme en Allemagne qui se distingue : cherchez l’erreur !
    Il ne manque que la moustache et la mèche à Tou mou 1er !

  8. Le souci c’est que désormais on voit apparaître des lois “qui autorisent”. Nous sommes réputés libres et la loi vient mettre des cadres a cette liberté pour le bien commun.
    Quand la loi autorise c’est qu’elle contient en elle-même quelque chose de contraire a la liberté de conscience donc contestable.

  9. @Werther. Je vous ai mis des liens dans le fil sur le maire d’Arcangues.

  10. “Le principe de laïcité qui gouverne les relations entre l’État français et les différentes confessions religieuses ne doit pas signifier en soi une hostilité à la réalité religieuse, ou une exclusion des religions du champ social et des débats qui l’animent” a dit le pape François aux parlementaires français.
    Il serait tant que cette phrase pénètre les cerveaux des Valls-Taubira et autres Trois-Points responsables de la cathophobie ambiante qui règne dans le pays…

  11. Proverbe chinois à moins que ce soit du Lao Tseu: ” Les principes gouvernent les gens honnêtes, les lois gouvernent les gens méchants”.

  12. En réponse à Turcos, Tou mou 1er a sa Trierweller comme Adolf avait son Eva.
    Pas plus mariés les uns que les autres !
    C’est fou ce que le socialisme peut apporter à la civilisation !

  13. Pour avoir des lois qui nous conviennent chez nous en France ,il faut prendre les mairies ….Ca tombe bien les élections municipales arrivent !
    Il y aurait plus de 3 000 maires opposés au mariage homo .
    Il peut y en avoir le double si les Manifs pour Tous s’organisent pour faire élire des maires sans forcement d’étiquettes politiques UMP/UDI faux nez de toutes les trahisons .
    UDI ? C’est l’alcoolo pas si écolo Borloo ,sous marin sioniste de l’UMP qui tente de ferrer les MPT cathos maintenant sous prétexte d’unifier les droites (fourbes) antinationales mais républik-haines (anti-chrétiens).

  14. Tout Mou n’existe pas comme l’autre “méche et moustache” il obéissait aux obscurantistes exactement comme celui-là…
    Des enfants ?????par PMA ????sans doute…
    conscience???? nous sommes dans une totale violation des consciences et surtout celle qui se prépare celle de nos enfants….

  15. Allocution de Jean-Paul II au Parlement Européen, Strasbourg, 11 octobre 1988 (extrait)
    Monsieur le Président, le message de l’Eglise concerne Dieu et la destinée ultime de l’homme, questions qui ont au plus haut point imprègne la culture européenne. En vérité, comment pourrions-nous concevoir l’Europe privée de cette dimension transcendante?
    Depuis que, sur le sol européen, se sont développés, à l’époque moderne, les courants de pensée qui ont peu à peu écarté Dieu de la compréhension du monde et de l’homme, deux visions opposées alimentent une tension constante entre le point de vue des croyants et celui des tenants d’un humanisme agnostique et parfois même «athée».
    Les premiers, considèrent que l’obéissance à Dieu est la source de la vraie liberté, qui n’est jamais liberté arbitraire et sans but, mais liberté pour la vérité et le bien, ces deux grandeurs se situant toujours au-delà de la capacité des hommes de se les approprier complètement.
    Sur le plan éthique, cette attitude fondamentale se traduit par l’acceptation de principes et de normes de comportement s’imposant à la raison ou découlant de l’autorité de la Parole de Dieu, dont l’homme, individuellement ou collectivement, ne peut disposer à sa guise, au gré des modes ou de ses intérêts changeants.
    8. La deuxième attitude est celle qui, ayant supprimé toute subordination de la créature à Dieu, ou à un ordre transcendant de la vérité et du bien, considère l’homme en lui-même comme le principe et la fin de toutes choses, et la société, avec ses lois, ses normes, ses réalisations, comme son œuvre absolument souveraine. L’éthique n’a alors d’autre fondement que le consensus social, et la liberté individuelle d’autre frein que celui que la société estime devoir imposer pour la sauvegarde de celle d’autrui.
    Chez certains, la liberté civile et politique, jadis conquise par un renversement de l’ordre ancien fondé sur la foi religieuse, est encore conçue comme allant de pair avec la marginalisation, voire la suppression de la religion, dans laquelle on a tendance à voir un système d’aliénation. Pour certains croyants, en sens inverse, une vie conforme à la foi ne serait possible que par un retour à cet ordre ancien, d’ailleurs souvent idéalisé. Ces deux attitudes antagonistes n’apportent pas de solution compatible avec le message chrétien et le génie de l’Europe. Car, lorsque règne la liberté civile et que se trouve pleinement garantie la liberté religieuse, la foi ne peut que gagner en vigueur en relevant le défi que lui adresse l’incroyance, et l’athéisme ne peut que mesurer ses limites devant le défi que lui adresse la foi. Devant cette diversité des points de vue, la fonction la plus élevée de la loi est de garantir également à tous les citoyens le droit de vivre en accord avec leur conscience et de ne pas contredire les normes de l’ordre moral naturel reconnues par la raison.
    9. A ce point, il me paraît important de rappeler que c’est dans l’humus du christianisme que l’Europe moderne a puisé le principe – souvent perdu de vue pendant les siècles de «chrétienté» – qui gouverne le plus fondamentalement sa vie publique: je veux dire le principe, proclamé pour la première fois par le Christ, de la distinction de «ce qui est à César» et de «ce qui est à Dieu»[1].
    Cette distinction essentielle entre la sphère de l’aménagement du cadre extérieur de la cité terrestre et celle de l’autonomie des personnes s’éclaire à partir de la nature respective de la communauté politique à laquelle appartiennent nécessairement tous les citoyens et de la communauté religieuse à laquelle adhérent librement les croyants.
    Après le Christ, il n’est plus possible d’idolâtrer la société comme grandeur collective dévoratrice de la personne humaine et de son destin irréductible. La société, l’Etat, le pouvoir politique appartiennent au cadre changeant et toujours perfectible de ce monde. Nul projet de société ne pourra jamais établir le Royaume de Dieu, c’est-à-dire la perfection eschatologique, sur la terre. Les messianismes politiques débouchent le plus souvent sur les pires tyrannies. Les structures que les sociétés se donnent ne valent jamais d’une façon définitive; elles ne peuvent pas non plus procurer par elles-mêmes tous les biens auxquels l’homme aspire. En particulier, elles ne peuvent se substituer à la conscience de l’homme ni à sa quête de la vérité et de l’absolu.
    La vie publique, le bon ordre de l’Etat reposent sur la vertu des citoyens, qui invite à subordonner les intérêts individuels au bien commun, à ne se donner et à ne reconnaître pour loi que ce qui est objectivement juste et bon. Déjà les anciens Grecs avaient découvert qu’il n’y a pas de démocratie sans assujettissement de tous à la loi, et pas de loi qui ne soit fondée sur une norme transcendante du vrai et du juste.
    Dire qu’il revient à la communauté religieuse, et non à l’Etat, de gérer «ce qui est à Dieu», revient à poser une limite salutaire au pouvoir des hommes, et cette limite est celle du domaine de la conscience, des fins dernières, du sens ultime de l’existence, de l’ouverture sur l’absolu, de la tension vers un achèvement jamais atteint, qui stimule les efforts et inspire les choix justes. Toutes les familles de pensée de notre vieux continent devraient réfléchir à quelles sombres perspectives pourrait conduire l’exclusion de Dieu de la vie publique, de Dieu comme ultime instance de l’éthique et garantie suprême contre tous les abus du pouvoir de l’homme sur l’homme.
    10. Notre histoire européenne montre abondamment combien souvent la frontière entre «ce qui est à César» et «ce qui est à Dieu» a été franchie dans les deux sens. La chrétienté latine médiévale – pour ne mentionner qu’elle –, qui pourtant a théoriquement élaboré, en reprenant la grande tradition d’Aristote, la conception naturelle de l’Etat, n’a pas toujours échappé à la tentation intégriste d’exclure de la communauté temporelle ceux qui ne professaient pas la vraie foi. L’intégrisme religieux, sans distinction entre la sphère de la foi et celle de la vie civile, aujourd’hui encore pratiqué sous d’autres cieux, paraît incompatible avec le génie propre de l’Europe tel que l’a façonné le message chrétien.
    Mais c’est d’ailleurs que sont venues, en notre temps, les plus grandes menaces, lorsque des idéologies ont absolutisé la société elle-même ou un groupe dominant, au mépris de la personne humaine et de sa liberté. Là où l’homme ne prend plus appui sur une grandeur qui le transcende, il risque de se livrer au pouvoir sans frein de l’arbitraire et des pseudo-absolus qui le détruisent.

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