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France : Politique en France

Quel avenir voulons-nous pour notre pays ?

Le texte proposé par Résistance éthique il y a quelques jours n'était qu'un projet (avec internet, tout circule très vite…). Lié au cercle Montalembert, autre initiative proposant à des intellectuels et responsables chrétiens engagés dans la Cité de remédier à l’absence de visibilité des chrétiens auprès des décideurs publics, « Résistance éthique » promeut un christianisme profondément humaniste, défenseur des libertés et de la dignité de la personne humaine. Cyril Brun, qui anime Résistance éthique, me demande de publier la version définitive, ce que je fais bien volontiers :

E"Les chrétiens au second tour de l’élection se trouvent face à deux questions fondamentales pour eux. D’une part, comme aucun des deux candidats ne semble répondre pleinement à leurs aspirations, il y a une interrogation sur la participation au vote, tant la tentation de l’objection de conscience est forte. D’autre part, la question du choix du mieux possible entre les deux candidats, ne semble pas apparaitre clairement aux yeux de tous. Depuis quelques mois, les catholiques, particulièrement, se sont attachés aux trois points non négociables que l’Église leur a donnés : protection de la famille, liberté scolaire, accueil de la Vie. Cela a eu l’effet positif de camper des positions fortes et claires, des convictions profondes et identitaires. Mais ces points, fortement relayés par l’épiscopat, ont été mis en avant sans être accompagnés de leurs corolaires indispensables, l’inculturation et le principe de réalité.

La réalité, c’est que nous ne parviendrons pas en un jour, en un vote, à changer la société. Ce qui compte, c’est la finalité, le point d’arrivée où nous voulons conduire la société et donc l’homme. Perdre de vue cette finalité (tenir les points non négociables), c’est s’ouvrir au relativisme et retirer à l’homme toute possibilité d’avancer vers son bonheur véritable. Mais désincarner cette finalité, c’est oublier que l’homme, la société est en chemin et que des étapes intermédiaires sont nécessaires. Il ne s’agit pas d’un compromis passif, mais de la pose d’une pierre supplémentaire pour construire le bien commun. Or, si cette pierre, dans le contexte social, économique et culturel, ne sera souvent pas le bien parfait et accompli, elle devra être le mieux possible. Et là, il sera moralement bon. Trop souvent, les chrétiens ont peur de se compromettre en posant des actes intermédiaires et ceci les paralyse.

Certains défendent l’objection de conscience comme un choix politique visant à déstabiliser le système, dans l’espoir d’en voir émerger un meilleur. Il faut ici bien proportionner les risques. Concrètement, si François Hollande est élu, certaines mesures qu’il soutient en matière d’éthique sociale, clairement contraires à la foi chrétienne (remise en question du mariage traditionnel et du principe de parentalité, accès encore facilité à l’avortement, autorisation de recherche sur les embryons, euthanasie…) ne se déferont pas sans mal voire seront sans retour. Un gouvernement qui succèderait aux années Hollande pourra en effet toujours réorienter une mauvaise politique économique, des choix stratégiques internationaux mal posés, mais ne reviendra que très difficilement sur des choix qui modifieraient en profondeur les structures de notre société. Sans compter les problèmes juridiques et les drames humains que cela impliquerait : comment gérer le cas d’un enfant adopté par des parents homosexuels, si une telle loi était tour à tour votée puis abrogée ?

Les électeurs du Front National qui veulent faire tomber Nicolas Sarkozy, espérant une recomposition de la droite, doivent mesurer avec gravité les conséquences d’une telle attitude et les proportionner aux résultats qu’ils en espèrent. Ceux du Modem qui se posent la question de l’humanisme chrétien, attentif au sort des plus fragiles, doivent aussi prendre en compte l’irréversibilité de certains points du programme socialiste qui contreviennent aux valeurs qu’ils défendent. L’objection de conscience est malheureusement trop souvent une inconsciente démission. Clairement, ceux qui n’iront pas voter le 6 mai porteront la responsabilité morale et politique des actes de celui qu’ils auront laissé élire. 

Pour se décider dans un vote entre les deux candidats, deux ressorts déterminants émergent : celui des convictions et celui de la raison. Certes, l’expression d’un vote est avant tout un choix de convictions. Pour cela, il faut bien comprendre sur quelles valeurs reposent les programmes des candidats. Il s’établit clairement deux visions différentes, l’une relativiste, l’autre réaliste. Pour un chrétien, le principe de réalité, depuis longtemps intégré à la doctrine sociale de l’Eglise, doit éclairer les consciences. En effet, le christianisme n’est pas une idéologie, mais propose un cheminement dans l’existence qui nécessite toute notre attention. En cela, le chrétien refuse toute vision relativiste qui conduit à un enfermement de la personne humaine. Par ailleurs, l’expression du vote est aussi un choix raisonnable. Dans le sens ou nous nous devons d’étudier les circonstances que nous traversons pour juger de l’opportunité d’un changement. Notre société occidentale est confrontée à une période de crise majeure. Cette crise revêt différents aspects, bien sûr économique et social mais également culturel et moral. Notre choix électoral, en ce sens, est déterminant pour la préservation de notre modèle de société, qui, s’il n’est pas parfait, est, en comparaison de celui que propose François Hollande, celui qui respecte le mieux la dignité de la personne humaine. Aux Français s'offre donc aujourd'hui le choix entre un candidat sortant, dont le bilan économique est honorable, dans un contexte international lui-même très défavorable, et un candidat peut-être sincère, mais dont les propositions généreuses sont irréalistes et augmenteront la dette et le déficit de l’Etat. Il s’agit donc de faire un choix entre un risque calculé et un risque hasardeux. Notre choix se portera donc sur la candidature qui respecte le mieux nos convictions morales comme notre raison.

CECI DIT, voter Nicolas Sarkozy ne doit pas être un simple pis-aller. Il faudra donc que les chrétiens, après le 6 mai, s’engagent fermement dans une posture vigilante pour rappeler sans cesse leurs exigences. Nous avons les moyens de peser dans la balance électorale, nous avons surtout la possibilité de poser une première pierre ce 6 mai ! Quel avenir voulons-nous pour notre pays ?"

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6 commentaires

  1. Il apparait clairement, à la lecture de cet article, que les trois points “non négociables” dont Benoît XVI propose – je dirai même : ordonne – la défense concernent non seulement les chrétiens, mais l’humanité entière.
    L’application politique qu’en fait l’auteur – aux électeurs du Front National, par exemple – vise évidemment des chrétiens comme des non-chrétiens.

  2. Tout à fait d’accord avec vous

  3. Ce que nous voulons n’a pas d’importance pour ceux qui ont le volant.

  4. Contrairement à la propagande, je sais que MR SARKOZY, s’est entouré de conseillers qui défendent notre point de vue.
    Il a un contact régulier avec des membres de l’EGLISE qui le soutiennent spirituellement.
    Notre avenir moral est en jeu, et il est le seul à pouvoir encore le protéger.

  5. A cause du vote catholique, il importe à la droite financière – à l’UMP – d’entretenir l’illusion d’une opposition morale entre la gauche libérale et les libéraux de droite. C’est à cette fin, que le Catholique Thierry Boutet est monté au créneau, à la veille du 2nd tour (i): «faire semblant de croire que le PS ou la droite c’est bonnet blanc et blanc bonnet pour en tirer un profit politicien ne témoigne pas non plus d’un grand souci de la France»…
    (i) “Marine Le Pen: une victoire qui engage”, libertepolitique.com, 26/4/2012
    Boutet prend ainsi «la posture schizophrénique de la droite traditionnelle, qui (…) vénère le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre» (i). Famille Chrétienne s’est jointe au front moral de la droite sans valeurs: «des conceptions antagonistes du mariage, de la famille, etc» (ii)…
    (i) Jean-Claude Michéa, “L’Empire du moindre mal”, p.134
    (ii) “Nicolas Sarkozy – François Hollande: le choc des valeurs”, FC, 30/4/2012
    La suite chez:
    http://jaisson.over-blog.com/article-les-catho-voteront-ils-pour-sarkollande-ou-pour-sarkollande-104223210.html

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