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France : Politique en France

Que va faire Macron du rapport sur les chrétiens d’Orient ?

Que va faire Macron du rapport sur les chrétiens d’Orient ?

Charles Personnaz a remis le 3 janvier à l’Élysée un rapport pour la défense des chrétiens d’Orient commandé par Emmanuel Macron. L’objectif assigné par Emmanuel Macron était : « Renforcer l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région. »

Charles Personnaz, magistrat à la Cour des comptes, connaît le destin des rapports de ce type… Il déclare dans Famille chrétienne :

Pourquoi Emmanuel Macron vous a-t-il commandé ce rapport ?

Depuis 2014 et l’irruption de Daech, les Français, croyants ou non, ont été très touchés par le sort des communautés chrétiennes du Moyen-Orient, mais aussi des Yézidis. Le succès de l’exposition organisée par l’Institut du monde arabe en partenariat avec l’Œuvre d’Orient en témoigne, avec près de deux cent mille visiteurs. Lors de l’inauguration, Emmanuel Macron, devant son homologue libanais, a insisté sur le lien qui unissait la France à ces communautés et combien ce lien nous engageait pour l’avenir. Ce rapport est le fruit de cette prise de conscience collective. Il manifeste, en outre, la volonté du président de la République de promouvoir la francophonie. D’une manière plus large et plus fondamentale, je pense qu’Emmanuel Macron est convaincu que les communautés chrétiennes sont un facteur de paix au Moyen-Orient et qu’il faut donc les aider à y demeurer.

Vous voulez dire qu’un Moyen-Orient sans chrétiens conduirait au chaos ?

Vous savez, lorsque, en France, la communauté juive s’interroge sur son avenir dans ce pays, c’est un mauvais signal pour notre société tout entière. De la même manière, lorsque les communautés chrétiennes souhaitent quitter leurs pays d’origine dans le monde arabe, cela ne présage rien de bon pour les sociétés en cause. Le jour où disparaîtraient ces populations « interstitielles », le Moyen-Orient se retrouverait sans doute dans des situations de conflit pires qu’aujourd’hui. Pour vous confier une anecdote, à Mossoul, un musulman m’a dit : « Si les chrétiens ne reviennent pas, l’esprit de la ville ne ressuscitera pas. »

Mais soutenir les chrétiens d’Orient n’est-ce pas faire entorse selon certains à la laïcité ?

C’est l’une des questions que j’aborde dans l’introduction du rapport. Comment nourrir une relation avec les chrétiens d’Orient alors qu’en France, la loi de 1905 sépare l’Église et l’État ? D’abord, on peut rappeler que, même après 1905, le Quai d’Orsay a soutenu le réseau éducatif des communautés chrétiennes, notamment par des subventions. C’est un paradoxe de la politique française qu’illustre la phrase de Gambetta : « La laïcité n’est pas un article d’exportation. » Une formule sur laquelle j’ai une analyse particulière, car je crois que la laïcité peut être un article d’exportation si elle n’est pas antireligieuse. Je considère que les centaines d’écoles tenues par les congrégations religieuses au Moyen-Orient vivent et enseignent la laïcité. Elles apprennent la séparation entre ce qui est civil et ce qui est religieux. Elles ont la capacité de faire vivre plusieurs communautés ensemble.

Combien d’élèves parlent français au Moyen-Orient ?

On estime qu’il y a quatre cent mille élèves qui apprennent le français dans des écoles qui sont très largement tenues par des congrégations catholiques, depuis la Turquie jusqu’à l’Égypte en passant par l’Irak, la Syrie, la Jordanie, Israël et les Territoires palestiniens et le Liban. On observe trois cercles d’écoles où le français est présent. Le premier cercle est composé des établissements où sont enseignés les programmes français. Majoritairement présents au Liban et un peu en Égypte, ils sont en lien avec l’Agence de l’enseignement français à l’étranger. Le deuxième cercle est composé des écoles qui enseignent en langue française, mais avec les programmes locaux. Et puis le troisième est celui où le français est enseigné comme seconde ou troisième langue. En fonction de ces cercles, vous avez un soutien de la France plus ou moins important, voire parfois inexistant, faute de moyens suffisants. Aujourd’hui, l’impression générale qui transparaît est celle d’un désengagement progressif de la France.

C’est-à-dire ?

Nous sommes arrivés à un point de bas-cule. Depuis vingt ans, l’aide apportée à ces écoles  connaît une baisse continue. Le nombre de personnels de coopération diminue sans cesse. Nous sommes dans une situation d’urgence. La francophonie peut disparaître au Moyen-Orient. Ce serait une double perte. Pour la France, qui perdrait de son rayonnement et de son influence. Et pour le Moyen-Orient. Parce que la langue française véhicule une culture, une ouverture au monde et un esprit civique que ne porte pas l’anglais. On peut penser que ce ne sont que de doux concepts, mais quand vous êtes sur place, vous vous rendez compte de cette réalité. L’anglais qui est enseigné là-bas n’est pas celui de Shakespeare, mais celui du business et du management !

Les écoles chrétiennes sont aussi réputées pour la  qualité de leur enseignement…

Absolument. Et ajoutons que ces écoles sont uniques, parce qu’elles permettent à de jeunes chrétiens et à de jeunes musulmans de grandir ensemble. Les musulmans représentent environ 70 % des élèves de ces écoles chrétiennes. Avec certes de grandes disparités selon les régions. Par ailleurs, ces écoles font la promotion de la femme et de l’éducation des filles. L’attention aux plus faibles est aussi présente. Citons, par exemple, l’ouverture d’une section pour enfants handicapés à l’école Saint-Marc-d’Alexandrie, en Égypte dès les années 1980. En résumé, la construction de la paix par cette éducation ouverte à tous est un enjeu essentiel. Cela doit pousser la France à investir dans ce réseau d’écoles. […]

De son côté, le 11 décembre, Donald Trump a signé un projet de loi « sur les secours d’urgence et la responsabilité en cas de génocide» ayant pour objectif de renforcer l’aide aux chrétiens persécutés par l’État Islamique en Irak et en Syrie.

En Grande-Bretagne, le 26 décembre,  le ministre britannique des affaires étrangères, Jeremy Hunt, a ordonné un « examen indépendant » sur les persécutions des chrétiens au Proche-Orient, en Afrique et en Asie, afin d’améliorer le soutien qui leur est apporté par son gouvernement. Il sera mené par l’évêque anglican de Truro (Cornouailles), le révérend Philip Mounstephen, qui « formulera des recommandations sur les mesures pratiques que le gouvernement peut prendre pour mieux soutenir les chrétiens persécutés ».

Pour lutter efficacement contre la disparition des Chrétientés orientales au Proche-Orient, l’association SOS Chrétiens d’Orient propose plusieurs recommandations :

Il convient avant tout de souligner que les communautés chrétiennes furent à l’origine de la création de nombre des États dans lesquels elles vivent, et dans les autres cas en furent toujours parties prenantes.

Nous invitons le gouvernement français à créer un secrétariat d’État aux chrétiens d’Orient ou aux chrétiens persécutés auprès du ministre des Affaires étrangères. Ailleurs, comme en Hongrie, ce poste existe parfois. Il permettrait à la France d’être fidèle à sa vocation de soutien maternel à nos frères aînés dans la foi, tout en s’interdisant de s’immiscer dans les choix souverains des peuples et des nations orientales. Nous soulignons que ce gouvernement compte dans sa majorité des personnes qualifiées pour exercer cette fonction.

Un tel secrétariat d’État devrait :

  • Plaider, notamment lors des grandes conférences internationales, pour que les États du Proche-Orient accélèrent la transformation de leurs institutions et de leurs sociétés vers une égalité de droits pleine et entière entre tous leurs citoyens, quelles que soient leur religion.
  • Oeuvrer à l’ouverture de notre ambassade à Damas et lutter contre le blocus international contre la Syrie, les fameuses sanctions, qui enrichit les puissants et  blesse les humbles.
  • Œuvrer au retour des chrétiens d’Orient réfugiés au Proche-Orient en leur offrant les conditions matérielles d’un retour prudent en Syrie et en Irak. Les États doivent affirmer qu’ils se refusent à déplacer les chrétiens de la terre de leurs pères et sanctuariser leur présence millénaire dans toutes leurs politiques orientales. Le retour des réfugiés syriens sera, d’ailleurs, une aide profonde pour le Liban, épuisé économiquement par un fardeau qu’il ne peut financer.
  • Maintenir la souveraineté irakienne et respecter l’intégrité de son territoire. La paix doit être le maître mot des rapports de l’État central avec le gouvernement régional du Kurdistan irakien. Les États doivent s’interdire d’utiliser les aspirations locales pour faire pression sur Bagdad. Les chrétiens payent toujours le prix fort de ces situations. Tous les pouvoirs existants en Irak doivent rendre toutes leurs terres, quartiers et prérogatives aux chrétiens dans les zones d’où ils furent chassés.
  • Aspirer au Bien Commun au Liban. Que son gouvernement soit l’auxiliaire de la société et que les ministères y défendent le bien du peuple plutôt que des intérêts partisans. Nous insistons pour que la communauté internationale condamne fermement ceux qui violent le territoire libanais sur terre, en mer ou dans les airs.
  • Porter les Coptes et tous les chrétiens d’Égypte dans le cœur des Français. Que les États défendent la sécurité de cette communauté, aux côtés du gouvernement égyptien, plutôt que des revendications idéologiques qui n’aboutiront pas dans un pays encore en proie aux menaces des sectes jihadistes.
  • Travailler avec le gouvernement pakistanais, avec toute la communauté internationale, à imposer la fin des persécutions contre ceux qui subissent les excès d’un fanatisme de certains pans de la société au nom d’une loi sur le blasphème dévoyée.

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3 commentaires

  1. Macron faisait partie du gouvernement Hollande qui bloquait les visas pour les chrétiens.

    A moins qu’il n’essaye de se racheter, sentant que tout bascule, avant qu’un tribunal international ne statue sur les crimes perpétrés en Syrie, il ne fera rien du tout.

  2. Prétendre Aider les chrétiens d’orient, alors qu’Israel fait tout pour les détruire est un mensonge. On a vu comment furent aidés et sont aidés ceux de Palestine. Quand on parle de territoires occupés il faudrait parler de réserves, comme pour les indiens.
    Les bombardements israeliens américains français favorisaient ils les chrétiens au moyen orient ou Daesh ?
    Mensonge hypocrisie foutaise.

  3. La seule chose que JUPITER peut en faire est de l’enterrer sur des rayons poussiéreux après s’être donné publiquement bonne conscience. Mais pour ne pas déranger les menées musulmanes sur la France, qu’il encourage par tous les moyens, il ne peut qu’en faire abstraction. Il lui sera difficile, « en même temps », de défendre les Chrétiens d’Orient et l’expansion musulmane imposée à la France par les diktats du Pacte de Marrakech.

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