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France : Société

Que font donc les héritiers de Le Nôtre et de Mansard ?

Dans Le Figarovox, Adeline le Gouvello de la Porte, Avocat à la Cour, écrit :

"[…] L'auteur d'une œuvre contemporaine a-t-il le droit d'utiliser un lieu quel qu'il soit pour y placer sa création en bonne place?

Revenons aux fondamentaux: l'auteur d'une œuvre a des droits sur celle-ci, un droit patrimonial (monnayable) et un droit moral (article L111-1 du code de la propriété intellectuelle). Le droit moral, c'est la possibilité pour l'auteur de faire respecter son nom, sa qualité d'auteur et son œuvre. Ce droit n'a pas de limite dans le temps contrairement au droit patrimonial, qui, lui, ne dure que 70 ans après la mort de l'auteur; il est «perpétuel et imprescriptible». Le droit moral d'un auteur continue donc d'exister même si son œuvre est tombée dans le «domaine public».

Ainsi, lorsqu'un auteur entend utiliser une création préexistante pour y intégrer la sienne, il est tenu de respecter l'œuvre initiale et les droits des auteurs sur cette œuvre. Le «respect de l'œuvre» se traduit par l'obligation de ne porter atteinte ni à son intégrité (ce qui interdit toute suppression, adjonction ou modification) ni à son esprit.

Le droit au respect de l'œuvre permet donc à un auteur, ou à ses héritiers, de faire sanctionner toute pratique dépréciant son œuvre, la dénigrant ou en affectant le sens. Un artiste voulant utiliser une œuvre déjà existante doit ainsi se conformer à cette exigence. […]

À la question «Comment comptez-vous vous emparer du château de Versailles?», la réponse fuse: «Mon travail n'a aucune vocation décorative. Je veux le faire dialoguer avec l'œuvre de Le Nôtre, qui a ordonné la nature pour l'éternité avec des perspectives géométriques parfaites. Poser des objets de-ci de-là ne sert à rien. J'ai eu l'idée de bouleverser l'équilibre et d'inviter le chaos» (interview JDD du 31 mai 2015). La volonté est donc clairement de bouleverser l'œuvre de Le Nôtre, de ne pas la respecter, de se l'approprier (comme la question l'indique sans détour) sans souci de respecter le moins du monde l'esprit qui l'anime.

Nos créateurs contemporains ne manquent visiblement pas d'estime d'eux-mêmes… Mais au-delà d'une légère leçon d'humilité qui pourrait leur être suggérée, de simples considérations juridiques devraient inviter les dirigeants et politiques à plus de réserves quant à l'utilisation et au détournement d'œuvres classiques. Bien que tombées dans le domaine public, ces œuvres restent soumises au droit moral de l'auteur dont les héritiers ont les qualité et intérêt requis pour en assurer le respect devant les tribunaux.

Une seule question demeure alors: où sont et que font donc les héritiers de Le Nôtre et de Mansard?!!"

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7 commentaires

  1. quand le public endormi se réveillera-t-il pour débarrasser l’espace public de ces « soi-disant oeuvres d’art » ? Qui ne sont que des moyens d’exploiter le snobisme au profit de spéculateurs qui se moquent d’eux ?…Dans un siècle tout ce fatras rouillé n’intéressera plus personne; on ne saura comment faire disparaître ces encombrantes structures et barbouillages un jour vendus très cher…

  2. Ce détournement pseudoartistique obscène est en outre un détournement anatomique: voir dans cette conque géante un vagin est une vue de l’esprit bien loin de la réalité scientifique des organes génitaux externes…Obstruer la perspective savante de Le Nôtre est une agression directe des visiteurs dépossédés de ce bien commun . Puissent les réactions françaises et étrangères ébranler la suffisance des décideurs…grâce au bilan comptable peut-être!

  3. « Œuvres d’art » ? Ce tuyau béant ressemble plutôt à un morceau de canalisation tombé dans le jardin.
    Quant cessera t on de donner du crédit et des finances à ces tôliers ou autres ramasseurs de ferrailles rouillées ?
    Versailles n’est pas une déchetterie !

  4. C’est une rigolade. Le droit moral est de création récente, et il ne peut évidemment pas être rétrospectif aller-et-retour : hop ! vers les mânes de Mansart qui devrait s’estimer lésé, hop ! vers ses héritiers qui devraient faire un procès à sa place.
    C’est gentil d’occuper des colonnes pour se faire de la pub dans les journaux, mais là c’est de l’art contemporain juridique.

  5. Il existe des lieux spécialisés dédiés à l’exposition des laids-arts contemporains, qu’on laisse Versailles tranquille.
    Je pensais naîvement qu’une fois Aillagon parti, les expositions de détritus cesseraient, hélas ça continue.

  6. Pour les généalogies
    – d’André Le Nôtre : http://gw.geneanet.org/wailly?lang=fr;p=andre;n=le+notre
    – de Jules Hardouin-Mansart : http://gw.geneanet.org/favrejhas?lang=fr;p=jules;n=hardouin+mansart

  7. On se souvient de cette jeune femme enthousiasmée par une peinture dans une exposition , un tableau tout blanc mais d’un certain blanc! y avait déposé un baiser y laissant la trace rouge du baiser .
    Oh le scandale !
    La justice avait été saisie et la vandale punie .
    Sans intention de nuire, le délit est le même.
    Imaginons un « artiste » revisitant une oeuvre originale telle que Guernica ?
    Voilà qui nous distrairait un bout de temps .

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