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Médias : Désinformation

Quand le journal La Croix s’indigne…

Quand le journal La Croix s’indigne…

Une tribune de Marion Duvauchel :

La chronique de Bruno Frappat dans le journal La Croix ne vaut pas un bon passage du Gorgias ou du Tractatus philosophicus, mais l’exercice peut donner à nos lycéens, qui ont une épreuve d’explication de texte au baccalauréat de philosophie, une certaine idée de la pertinence de l’exercice.

Le 21 novembre dernier (2018) Bruno Frappat ne s’en remet pas du traitement médiatique des Gilets jaunes, en particulier de l’image en boucle, sur les chaînes de télévision, d’une « petite bonne femme » répétant qu’on aurait sa peau. Celle d’Emmanuel Macron, on l’a compris. Ça l’horrifie qu’une « chaleureuse grand-mère  – comme on en voit sur le marchés – puisse proférer pareille horreur. Il a sans doute oublié le projet clairement formulé du président Sarkozy de voir un homme politique qu’il haïssait particulièrement « pendue à un croc de boucher ». C’était autrement plus violent, autrement plus gratuit, et ça n’a pas suscité l’indignation de la presse catholique. Il paraît que les mots, répétés à l’infini, ressassés, hurlés à tous les carrefours peuvent finir par anéantir. Ça se saurait : la violence s’étale sur les chaînes, nos enfants sont matraqués de slogans pour acheter tout un tas de choses inutiles, le rap n’est jamais qu’un matraquage rythmique sur des paroles le plus souvent violentes. Où a t-on vu que le journal la Croix se soit indigné ? Bon, on n’est pas des fleurs de serre, on est sacrément entraînés à la violence télévisuelle, à la propagande médiatique, au déferlement d’érotisme gratuit dans le moindre feuilleton télévisé et on se remettra sans trop de peine de quelques slogans un peu teigneux. Ajoutons que la propagande des médias peut finir par débiliter la raison mais que ça ne trouble personne.

Bruno Frappat a vu l’adaptation cinématographique tout à fait remarquable de Germinal : « toute foule haineuse est bête et finit par devenir moche quand, la bave aux lèvres, elle ne contrôle plus ce qu’elle lance dans le vent d’automne.

Mais enfin, euh, vous avez-vu des gens la bave aux lèvres vous ?

Le 21 novembre, lorsque Bruno Frappat rédige sa chronique indignée, il y avait des gens très en colère, qui réclamait la démission du Président. Et pourquoi pas sa tête en haut d’une pique, aux Tuileries?Avec celle de sa femme par la même occasionCe sont les génitoires que les femmes portent au bout d’une pique dans la scène d’anthologie qu’imagine Zola : ça indigne Bruno Frappat qu’on puisse vouloir la peau de la femme du chef de l’Etat, mais enfin, personne n’a jamais réclamé la peau de Mme Macron. Pas même la « petite bonne femme » en question. Elle, elle voulait la peau du Président, elle est cohérente, et j’ai la faiblesse de croire que c’était une métonymie, sans grande élégance il est vrai. Mais je suis d’accord que ce mouvement a singulièrement manqué de classe. C’est un problème ?

Il y a une haine profonde de la multitude dans cette chronique du journal catholique. C’est dit sans ambiguïté :  « toute foule est méchante et elle est bête ce que manifestent les slogans simplistes qu’elle fait entendre quand elle bat le pavé devant ses braseros. Bruno Frappat a lu la presse, qui avait alors parlé de jacquerie. « Elles étaient atroces » écrit-il, et on sent combien c’est ressenti. Oh oui, elles étaient atroces, elles étaient à la mesure de la misère du peuple. Et cela a conduit à une Révolution que nous célébrons encore.

On a pourtant vanté le rôle et le poids de ces réseaux sociaux pendant les Printemps arabes, ces réseaux qui auraient largement contribué à la chute de régimes néfastes. Mais pour ce qui concerne notre printemps jaune fluo à nous, cette « jacquerie moderne » se passe « dans le champ de la communication chaotique où tous les mots sont permis. Un mot est lancé, une rumeur sans fondement et le feu prend à la plaine ». Pour une communication chaotique, elle était plutôt efficace. Les gilets jaunes réussissaient à se retrouver, à s’organiser, et dans toute la France, aux ronds points, aux entrées d’autoroutes…

Ce qui a été lancé, ce n’est pas une rumeur sans fondement, mais l’expression d’un refus. Une jeune femme du prénom de Priscilla, au français aussi élégant que son prénom, (gageons que pas mal de petites filles vont le porter dans quelques années) exprimait ses doléances.  Elle disait simplement : refusons, refusons de payer davantage.

Et en effet, le feu a pris. Le feu de l’aspiration de la multitude à des conditions d’existence meilleures. Et surtout son refus de contribuer à se laisser écraser d’impôts au nom d’idéologies mondialistes. Ce feu n’a pas été allumé au départ par une foule méchante, teigneuse et bête, mais par des Français écrasés d’impôts comme l’était le Tiers Etat.

Vous vous souvenez ? Le Clergé, la Noblesse et ce fameux Tiers Etat, autrement dit tous ceux qui n’appartenaient pas à l’un ou l’autre de ces ordres et qui portait sur son dos les deux autres. Les Gilets jaunes, c’est notre nouveau Tiers Etat. Il porte deux « ordres » nouveaux : les « bobos » et leurs serviteurs, le plus souvent immigrés (les chauffeurs de taxis Huber, les femmes de ménage, les baby sitters…). M. Charles Gave a dans une vidéo, proposé une analyse plus que pertinente de cette structuration nouvelle. Comme le Tiers Etat de 1789, le nôtre paie des taxes disproportionnées par rapport aux deux autres, et surtout par rapport aux moyens dont il dispose. Il finance aussi accessoirement, une presse subventionnée, dont le journal La Croix fait partie.

Personne n’était préparé à affronter cette fronde soudaine, son verbe violent et pathétique ni sa pagaille organisationnelle etle caractère aléatoire de ses revendications changeant au gré des jours et des barrages.

Allons donc. La raideur toute prussienne d’un premier ministre « droit dans ses bottes » a raidi une foule exaspérée. Personne n’était préparé… Non, en effet, pour cause de cécité, d’aveuglement, de ce mépris et de cette arrogance, hyperbolique dans la personne d’Emmanuel Macron, mais largement partagée par toute une classe politique.

Il faut relire ces derniers mots de cette inénarrable chronique pour mesurer l’insondable mépris qu’éprouve M. Frappat devant cette « fronde » : son verbe violent et pathétique et sa pagaille organisationnelle.

Les revendications des Gilets jaunes étaient disparates, changeantes en effet, dame, ce tiers Etat, c’est tout ce qui n’entre pas dans les deux autres, ça en fait de la diversité. Mais trois demandes claires avaient très vite émergé : le rétablissement de l’ISF, l’augmentation du pouvoir d’achat, et la démission de M. Macron, exprimée parfois dans des termes dénués de toute élégance. Ces hommes se sont organisés, dans le froid, la fatigue, en même temps, rappelons-le, qu’ils continuaient de travailler.

Où a t-on vu une information assénant sans interruption le discours larmoyant ou violent des gilets jaunes. L’information a été disparate, comme le mouvement. Il y a eu des plateaux télévisés continus au plus fort de l’insurrection, avec des empoignades dignes du temps de Michel Pollack. Tout cela, paraît-il aurait indisposé et lassé « le mieux disposé des nantis qui, la veille, ne soupçonnait pas ou ne voulait pas voir, les plaies du temps répandues dans toutes les provinces ».

Frappat parle sans doute de lui.

Quant à couper les têtes des riches et des « Parisiens » honnis, responsables de tout ce qui dysfonctionne dans ce pays, franchement, on n’est pas dans Germinal. Une fort jolie chanson circule sur les réseaux sociaux : « Les gueux », sur la musique de la superbe chanson de Daniel Guichard, « Mon vieux », illustrée de vidéos de cette plèbe qui réclame la bave aux lèvres la peau de Macron. C’est plutôt pacifique, bon enfant, et même, c’est beau et émouvant. C’est un montage. Et alors ? Ce n’est pas ce que fait la presse en général ?

Ça s’est gâté. Oui. A cause de qui ? Mais des casseurs venus des banlieues, du silence obstiné du Président, de la sidération d’une classe politique qui n’a rien compris, d’une presse qui a d’abord refusé de reconnaître ce mouvement pour ce qu’il est : une immense requête de justice, et qui ensuite, a construit l’habituelle glose sur les plateaux télés et le bavardage insensé qui tient lieu d’information.

La violence est venue après, parce qu’on y a acculé une partie de ces hommes rassasiés d’iniquités. Ils ne la souhaitaient pas, elle leur a porté préjudice.

Cette violence fait surtout honte à tous ceux qui en sont les premiers responsables.

Parmi lesquels ce nanti le mieux disposé qu’est M. Frappat.

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7 commentaires

  1. cet article est magnifique et ce Mr Frappat fait bien partie de cette faune parisienne bobo gaucho qui se vautre et se gamberge à longueur de journée profitant des taxes multiples et variées qu’un pouvoir déliquescent a rendues insupportables à tous ces petits travailleurs. Mr Frappat , on vous retire les subventions qui sont un véritable racket pour ceux qui triment dur, et vous allez pointer à l’ANPE, ce qui vous ferait réfléchir et vous ferait le plus grand bien. Quant à micron qu’il dégage au plus vite ainsi que sa cougar. A elle seule elle englouti le 10° de ce que l’état doit aux policiers pour leurs heures supplémentaires. A-t-elle besoin d’argent? qu’elle aille travailler si ça retraite ne lui suffit pas , c’est ce que je fais à 72 ans ou qu’elle dégage, a-t-elle besoin de sacs Vuitton et autres colifichet, est-ce que nous gens du peuple avons besoin de tout ça? Non qu’elle donne l’exemple ou qu’elle dégage

  2. Comment pouvez-vous qualifier dans cet article « La Croix » de journal catholique ?
    Il s’agit sans doute d’une erreur de plume.
    Il faut lire « socialiste » !

  3. Magnifique texte.

  4. Marion Duvauchel 1 / Bruno Frappat 0

  5. Pour moi je me suis vu proposer un exemplaire gratuit à l’entrée du salon Histoire de lire à Versailles les 1er et 2 décembre. J’ai décliné l’offre, le stock de papier-toilette étant suffisant à la maison et aucun feu de camp scout n’étant imminent.
    Il y en avait des piles, et ce journal faisait peut-être office de mécène dans cette manifestation par ailleurs très intéressante.
    Cela est en tout cas tout à fait dans la ligne molle de Mazières et Bellamy de promouvoir dans leur mairie un journal qui fait l’apologie de l’avortement.

  6. Mais qui peut encore lire “la croix” ? “journal à grand tirage ? Très bien pour allume le feu” (Coluche)

  7. la trahison des zélites… cf l’évêque cauchon vs jeanne d’arc!

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