Quand le cardinal Honoré défendait les victimes de la loi Neiertz

Reçu par courriel :

"Le cardinal Honoré vient de mourir. Quand il était archevêque de
Tours, il avait eu le courage de venir défendre au tribunal une de ses
paroissiennes, Marie-Liesse Ray, et ses camarades avec qui elle avait
occupé le centre d'avortement de l'hôpital de Tours
. Je faisais partie
de ce groupe avec Philippe Humbert, tous deux malades du SIDA, parmi
d'autres Sauveteurs. Philippe avait eu une jeunesse tourmentée dans les
milieux homosexuels et il avait voulu laisser ses dernières forces dans
le combat pour le respect de la Vie. il est décédé le 25 février 1995 en
fils de l'Eglise et en militant catholique. Honneur à ce prélat à une
époque ou ils étaient rares à défendre ouvertement la cause de la Vie.
Honneur à Philippe qui a tout donné par amour. Honneur aux militants
pour la Vie d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

Dominique Morin
Voici le texte que Mgr Honoré avait lu à la barre des témoins pour défendre les "Sauveteurs ":

DEPOSITION
DE MONSEIGNEUR JEAN HONORÉ,

ARCHEVEQUE
DE TOURS

EN
FAVEUR DE MARIE-LIESSE RAY

ET DE
SES COMPAGNONS, SAUVETEURS

POURSUIVIS
AU TITRE DE L'ENTRAVE A L'AVORTEMENT

DEVANT
LE TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE TOURS, 24 MARS 1994

H"Je ne suis pas à cette barre, Monsieur
le Président, MMmes les Juges, pour justifier le geste des accusés ou lui donner
ma caution, mais pour défendre leur conscience.

C'est-à-dire pour défendre et justifier leurs
convictions. Ces convictions, ils ont tenu à en témoigner sur les lieux mêmes
où elles sont démenties et désavouées. C'est le délit qui leur vaut de
connaître l'assignation devant ce tribunal. Leur procès n'est pas celui d'un
fanatisme aveugle, comme on voudrait le faire penser. C'est le procès d'un conflit
entre deux logiques irréductibles : l'une est la logique de compromis qui engendre
la compromission et produit l'oeuvre de mort ; l'autre est une logique de conviction
qui enfante le courage et protège la vie.

La logique de compromis ne connaît pas de
limites. Nous le voyons bien avec toute une législation qui depuis vingt ans ne
fait qu'élargir la brèche ouverte par une première loi. Une succession de
mesures se conclut par cette loi Neiertz qui prévoit la poursuite judiciaire et
des sanctions appropriées à ceux qu'elle dénonce comme des délinquants du
natalisme.

Dans cette course en avant, comment la logique
du compromis ne ferait-elle pas surgir le choc en retour de l'autre logique,
celle de la conscience et du droit moral ? Afin de provoquer le réveil d'une
opinion anesthésiée, certains de ses agissements peuvent franchir les limites
de ce qu'il est convenu d'appeler l'ordre public. Il faut alors s'attendre à
des gestes comme ceux qui sont instruits aujourd'hui devant ce tribunal. De
tels gestes de résistance ne sont-ils pas le moyen, l'ultime moyen, le recours
en quelque sorte désespéré, mais conscient et obstiné, de faire entendre une
autre voix que celle de la démission ?

N'en doutez pas, M. le Président, MMmes les
Juges, ce procès n'est pas seulement celui des accusés. Il est aussi celui de
notre société. Il est celui de l'État.

Ma fonction et mon ministère, en fidélité à
l'Évangile, m'interdisent de juger et de condamner les personnes. Je ne veux ni
juger, ni condamner les avortements de détresse qui s'expliquent par la
fragilité humaine devant la peur d'une naissance incertaine ou l'épreuve d'un
enfant handicapé. Je ne veux ni juger, ni condamner les praticiens et le
personnel de l'hôpital, qui, peut-être aussi en un débat de conscience qui leur
appartient, accomplissent une tâche de mort dans le cadre que leur offre une
loi abusivement permissive.

Je pense simplement qu'en prenant le risque
d'une action qui veut signifier le refus, les accusés d'aujourd'hui ont témoigné
d'une conscience droite et résolue qui doit être prise en considération
. Elle
rejoint la fermeté du Pape Jean-Paul II dans un récent document. Je cite :
«Comment pourrait-on accepter moralement des lois qui permettent de tuer l'être
humain non encore né, mais qui vit déjà dans le sein maternel ?
»

Les accusés seront-ils jugés selon la loi ou
selon leur conviction ? Selon la loi, ils sont responsables et ils sont coupables.
Ils sont donc passibles des sanctions prévues par la loi.

Mais, M. le Président, MMmes les Juges, comment
pourrez-vous les condamner sans mettre en question les convictions morales qui
sont les vôtres et qui rejoignent les leurs ?"

2 réflexions au sujet de « Quand le cardinal Honoré défendait les victimes de la loi Neiertz »

  1. soullier

    Merci Dominique, merci pour ce très beau témoignage, oui la vie est plus grande et elle est comme l’eau elle passe partout, personne n’est à l’abri de la recevoir au contraire, nous sommes ses canaux…oui tout le monde est à son service.

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