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L'Eglise : Benoît XVI

Principe de subsidiarité et autorité mondiale

Du père Yannik Bonnet dans l'Homme Nouveau :

"Dans sa dernière encyclique, le pape Benoît XVI insiste beaucoup sur le respect du principe de subsidiarité. Que faut-il en penser ? Le principe de subsidiarité, comme le terme même de principe nous le signale, doit s’imposer à nous comme une notion première, indépendante du temps, non sujette aux modes et aux humeurs. Il consiste à dire que dans toute organisation humaine, les actions doivent être pilotées au niveau hiérarchique le plus bas où elles peuvent l’être légitimement, compte tenu de la compétence des pilotes et dans le respect des objectifs de bien commun. Pour qu’une action puisse être pilotée, il faut que le pilote en ait le pouvoir, c’est-à-dire à la fois la capacité et l’autorisation. Pour que cette action reste pertinente et serve le bien commun, il faut que le pilote connaisse, et cela ne peut venir que de son supérieur, la direction dans laquelle il doit aller, les progrès à promouvoir, les limites à ne pas franchir. Seul, un supérieur faisant autorité peut donc se permettre de déléguer des pouvoirs, dont il fixe les frontières en même temps qu’il indique les finalités à atteindre. Le pouvoir que l’on reçoit ainsi n’est pas de faire ce que l’on veut, mais ce que l’on doit comme on veut, sauf bien sûr ce qui est interdit.

Le maître du principe de subsidiarité est, de façon évidente, Dieu lui-même. Il nous commande d’aimer, c’est le bien commun, comme on veut et c’est pour cela qu’Il nous a donné le libre arbitre, en interdisant ce qui est mal (tuer, voler, mentir, nous servir de l’autre comme d’un objet, etc.). C’est à l’exemple de ce maître bienveillant que l’Église a inscrit ce principe de subsidiarité comme l’un des principes incontournables de sa doctrine sociale.

Ce principe va à l’encontre de tous les modes d’organisation centralisée, où les pouvoirs sont concentrés en haut, ce qui est le signe de l’absence de confiance et d’autorité morale. Le Pape, même si certains ont volontairement confondu autorité morale et gouvernement mondial, affirme que le monde a besoin d’une autorité morale et spirituelle, celle de l’amour dans la vérité, et d’une décentralisation des pouvoirs pour une application efficace et pertinente. Et donc surtout pas d’un gouvernement mondial ! L’habitude de l’application du principe de subsidiarité doit se donner, dès l’âge de raison, dans la famille et dans l’école. Elle doit se poursuivre dans le monde du travail par la pratique systématique de la délégation des pouvoirs. La délégation est un risque, bien sûr, à l’image de la vie et de l’amour. La vertu de prudence ne consiste pas à fuir le risque mais au contraire à le prendre de façon raisonnée. En donnant le libre arbitre à des créatures intelligentes, le Seigneur a pris le risque… d’être aimé par elles éternellement. N’ayez pas peur, n’ayons pas peur de L’imiter. La crise actuelle a des causes multiples et l’esprit du mal y a travaillé avec ses serviteurs zélés, mais il a trouvé des alliés dans ces idiots utiles, qui pratiquent la centralisation, l’absence de transparence, la méfiance, sans se rendre compte qu’ils font le jeu du Mauvais. Seigneur, délivre-nous du Mauvais, mais éclaire également tous ceux qu’il aveugle et qui ne s’en rendent pas compte."

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6 commentaires

  1. Un exemple entre mille :
    si ce professeur avait eu le pouvoir réel de se séparer des élèves qui sèment le trouble dans sa classe, en les réorientant par exemple, il aurait pu enseigner normalement (et rester dans l’Education Nationale ?).
    http://www.valeursactuelles.com/actualités/société/pourquoi-je-ne-serai-pas-prof.html

  2. Le Père Bonnet me semble-t-il commet une erreur : le principe de subsidiarité n’est pas la délégation. Car alors on se contredirait: un gouvernement mondial pourrait déléguer. Dieu ne délègue pas non plus ! Dieu n’est pas un super gouvernant à la manière des autorités humaines.
    En fait, l’Etat est au service du bien commun (donc de Dieu) et vient en aide (subsidium) aux échelons intermédiaires qui ne peuvent le faire par eux-mêmes. Ce n’est pas une décentralisation non plus. Pour la DES et la tradition philosophique à laquelle elle se réfère, l’Etat n’existe pas comme une sorte d’entité à la manière de Helgel (ce n’est pas l’Etat moderne), il est la manière dont la société réelle s’organise pour poursuivre le bien commun et ainsi aider à la pratique de la justice générale qui inclut la subsidiarité…
    Il peut y avoir au sein de la société des délégations mais elles restent soumises à la subsidiarité.

  3. Je suis tout à fait d’accord avec le commentaire de Jean Saint-Marc.
    Oui, comme l’écrit le Père Yannick Bonnet, le principe de subsidiarité, est “une notion première, indépendante du temps, non sujette aux modes et aux humeurs”, mais son appplication hic et nunc n’est pas subordonnée à une quelconque “autorisation”, ce qui reviendrait à entendre à l’envers un principe qui est, d’abord et avant tout, une application de la loi naturelle.

  4. La subsidiarité n’est pas une délégation que l’Etat concèderait aux niveaux ”inférieurs : c’est en réalité les corps sociaux naturels qui reconnaissent le fait qu’un bien commun supérieur nécessite une structure de responsabilité commune, ayant en charge la res publica. Cette ”chose publique” est la mise en forme du principe de bien commun.
    La subsidiarité est le seul principe qui limité la toute puissance de l’Etat selon la conception de Machiavel, reprise par tous les utopistes, par les Lumières et la Révolution jacobine, puis le socialisme, prussien, marxiste et autres.

  5. Sur le mot “principe”… Dans les textes de Leon XIII et Pie XI on ne part pas d’un principe mais de l’expérience des réalités sociales. Cette expérience des choses, de la nature des choses, permet de comprendre qu’il y a des “principes” qui guident le jugement prudentiel. Il ne s’agit donc pas de les présenter comme des axiomes mais bien comme les fruits de la connaissance de la nature.

  6. Pour ma part, je ne suis pas d’accord avec le père Yannik Bonnet mais son erreur vient surtout de sa définition du bien-commun :
    « Le maître du principe de subsidiarité est, de façon évidente, Dieu lui-même. Il nous commande d’aimer, c’est le bien commun, comme on veut et c’est pour cela qu’Il nous a donné le libre arbitre, en interdisant ce qui est mal (tuer, voler, mentir, nous servir de l’autre comme d’un objet, etc.). C’est à l’exemple de ce maître bienveillant que l’Église a inscrit ce principe de subsidiarité comme l’un des principes incontournables de sa doctrine sociale. »
    Il confond deux domaines qui ont deux finalités bien différentes : l’Eglise et l’Etat.
    En effet la finalité de l’Eglise est le salut des âmes et la conversion de tous les Hommes, et donc par conséquent, la propagation de l’Amour et de la Charité. Mais l’Etat n’a pas cette finalité, la sienne est simplement naturelle, tel que le définissait Saint Thomas d’Aquin :
    « On doit apprécier la fin de toute la multitude de la même façon que celle de l’individu. Si donc la fin de l’homme était un bien quelconque résidant en lui et que, semblablement, la fin ultime de la multitude à gouverner fut qu’elle acquit un tel bien et le conserve; et si, en outre, cette fin dernière de l’homme ou de la multitude était de nature corporelle, ainsi que le sont la vie et la santé, on n’aurait besoin que du médecin. Si cette fin ultime était l’abondance des richesses, il suffirait d’être un économe pour remplir la fonction de roi. Si la connaissance de la vérité était un bien tel que la multitude puisse y atteindre, le roi n’aurait plus que la fonction de docteur. Mais il est évident que la fin d’une multitude formée en société est de vivre selon la vertu. En effet, les hommes se réunissent pour mener une vie bonne (vivre bien ensemble), but que ne peut atteindre l’homme isolé. Or une vie bonne est une vie selon la vertu. Vivre selon la vertu, telle est donc la fin du rassemblement des hommes en société. »
    Et l’Amour n’est pas une vertu, elle en est une conséquence.
    De plus, les vertus dont parle Saint Thomas sont des vertus naturelles (la prudence, la justice, la force, la tempérance …) et non pas des vertus surnaturelles (la Charité, la Foi, l’Espérance…).
    L’Etat laboure, l’Eglise sème la Grâce ! Ces deux sociétés parfaites philosophiquement, c’est-à-dire se suffisant à elles-mêmes, travaillent ensemble dans le même but : le règne Social du Christ Roi (à condition que ce soient des sociétés bonnes !) mais chacune dans sa spécialité (l’âme ou le corps).
    Et en aucun cas, il faut confondre ou subordonner les deux domaines et c’est précisément, ce que fait le père Yannik Bonnet.

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