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Pays : Russie / Pays : Turquie

Pour l’OTAN, un seul ennemi : la Russie

Pour l’OTAN, un seul ennemi : la Russie

D’Antoine de Lacoste sur Boulevard Voltaire :

Rien n’y fait. La Turquie multiplie les provocations, les occupations, les actes de piraterie, mais l’OTAN n’a qu’un ennemi : la Russie.

Pourtant, Erdoğan n’y va pas de main morte, ces derniers temps. Non content d’occuper une partie de la province d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, et une partie du nord après en avoir délogé les Kurdes, le néo-sultan chasse maintenant tous azimuts.

Il renforce sa présence en Méditerranée orientale, près de Chypre. Il s’y livre à des forages gaziers, intimide des navires, notamment italiens, qui forent également dans les eaux territoriales chypriotes, mais à la demande de l’île. Île qu’il occupe, d’ailleurs, toujours illégalement dans sa partie nord, depuis l’invasion de 1974.

Cette occupation se poursuit dans l’indifférence générale, ou plutôt la lâcheté générale. Bien évidemment, aucune sanction n’a jamais été prise : tout le monde n’est pas russe. Cette partie de la Méditerranée orientale regorge de gaz et la Turquie n’a pas l’intention de laisser Chypre, Israël et la Grèce l’exploiter sans se mêler à l’affaire. Erdoğan veut en particulier empêcher ces pays de réaliser leur projet de gazoduc EastMed signé le 3 janvier dernier, à Athènes.

C’est d’ailleurs à ce moment-là que le Parlement turc a donné son feu vert à l’intervention militaire en Libye pour aider le gouvernement Sarraj en difficulté face aux troupes d’Haftar, alors dans les faubourgs de Tripoli. La Turquie a tranquillement violé l’embargo sur les armes vers la Libye, mais il est vrai qu’elle est loin d’être la seule. On se demande, d’ailleurs, pourquoi la communauté internationale prend ainsi des mesures solennelles dont elle néglige totalement l’application.

Erdoğan a donc organisé le sauvetage de Sarraj en envoyant des milliers d’islamistes syriens (on parle de 7.000) et des armes, en particulier des drones dont l’efficacité fut redoutable, et a provoqué le retournement militaire dont nous avons parlé ici.

En échange, Sarraj a conclu un accord maritime avec Erdoğan leur permettant de joindre leurs eaux territoriales en continu et en toute illégalité puisque négligeant la Crète et les droits afférents de la Grèce. C’est un peu comme si cette île historique avait subitement coulé. L’appât du gaz est sans limite, mais pourquoi se gêner ?

Les nombreux navires de l’OTAN qui patrouillent dans le secteur ont observé sans broncher ce ravitaillement militaire par cargos sous divers pavillons, escortés par la marine militaire turque : on ne se cache même pas. Le 10 juin dernier, tout de même, une frégate française, le Courbet, sous commandement de l’OTAN comme il se doit, s’est intéressée de trop près à un cargo battant pavillon tanzanien et qui, au lieu d’aller en Tunisie comme annoncé, a changé de route en direction de la Libye. Une des frégates turques qui l’accompagnaient a alors actionné son radar de tir, « illuminant » longuement la frégate française. C’est une intimidation gravissime, inédite entre navires de l’OTAN. Les protestations de la France auprès de l’organisation ont eu un certain écho en Europe, mais l’OTAN n’a pas cillé. Son secrétaire général, l’ineffable Stoltenberg, a éludé, n’a rien dit à la Turquie mais a rappelé que l’OTAN devait renforcer sa vigilance face au « comportement déstabilisateur et dangereux de la Russie ».

Erdoğan peut avancer, la voie est libre.

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3 commentaires

  1. Nous sommes à peu près dans la situation de la fin des années 30 précédant la « drôle de guerre ».

    L’ennemi potentiel s’arme et avance ses pions. L’Occident laisse faire, France en tête, humiliée par cet épisode d’illumination radar d’un navire de guerre Français !

    Après avoir envoyé ses djihadistes en Lybie, ceux-ci viendront en Italie et en France. En Grèce, ils y sont déjà probablement et attendent…

    En réponse, Il faut dissoudre l’OTAN (et donc, pas besoin de demander à la Turquie de le quitter) pour empêcher les néo-Ottomans d’y faire pression et d’y collecter des informations.

    Il faut annuler la demande de la Turquie de rentrer dans l’UE, mettre fin à toute négociation et à tout versement d’aide. Il faut demander à la Turquie de rembourser ces milliards qui manquent cruellement à la Grèce, à la France et à d’autres pays européens. La Turquie n’est pas un pays d’Europe, pas plus qu’Israël ou le Liban !

    En revanche, Il faut se rapprocher et coopérer avec la Russie, pays européen et s’éloigner un peu des donneurs d’ordre des USA, Républicains ou Démocrates qui se fichent des Européens en général et des Français en particulier.

  2. L’Union Européenne devrait POUR LE MOINS imposer comme condition préalable à toute poursuite des négociation avec la Turquie et à tout versement d’aide à ce pays la reconnaissance solennelle par ce pays de la souveraineté de chacun des pays déjà membre de l’Union Européenne (donc par conséquent de Chypre, étant explicitement stipulé que pour Chypre, l’ensemble de l’île fait partie de l’Union européenne).

  3. et trump de donner à fond dans cet ignominie, les russes étant des blancs, chrétiens, en première ligne des musulmans tchétchènes, comme nous!

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