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Valeurs chrétiennes : Culture

Pour les libéraux, il existe donc un droit antérieur à la formation de l’État

Damien Theillier, professeur de philosophie et président de l'Institut Coppet, intervient dans le débat sur le libéralisme économique. Extraits :

"[…] La plupart des libéraux s'accordent avec la tradition occidentale issue de la philosophie grecque pour dire qu'il existe une rationalité morale et que le bien et le mal ne sont pas des notions arbitraires, relatives à l'opinion ou à l'époque. Ainsi le vol détruit le principe de la propriété, fondée sur le travail c'est-à-dire sur le libre exercice de nos facultés.

Pour les libéraux, à la différence des socialistes, il existe donc un droit antérieur à la formation de l'État, un ensemble de principes généraux que la raison peut énoncer en étudiant la nature de l'homme. Ce droit s'impose au pouvoir, qui doit dès lors le respecter. Les lois édictées par l'autorité politique n'ont force obligatoire que selon leur conformité au droit naturel. Et si les citoyens possèdent par nature certains droits fondamentaux, ces droits ne peuvent être ni octroyés, ni supprimés par la loi.

Mais le libéralisme, contrairement au socialisme, n'a jamais eu la prétention d'être une théorie morale complète, ni une philosophie de la vie ou du bonheur. Guillaume Bernard se trompe en affirmant que « le libéralisme est un tout », c'est-à-dire une sagesse globale. Il est seulement une théorie politique, incluant une morale politique, qui traite du rôle de la violence et des limites du pouvoir. Puisque les hommes ont des penchants criminels (ce qui rejoint l'idée chrétienne de péché), il faut les empêcher de nuire. Mais il est également nécessaire de limiter le pouvoir et d'empêcher la tyrannie. Si tous les hommes étaient bons, l'État serait superflu. Mais si, à l'inverse, comme le reconnaissent les libéraux et les conservateurs, les hommes sont souvent malveillants, alors on doit supposer que les agents de l'État eux-mêmes, qui détiennent le monopole de la violence, constituent une menace potentielle. C'est Locke contre Hobbes, Constant contre Rousseau.

Par conséquent, ce qu'un individu n'a pas le droit de faire : voler, menacer, tuer, un État n'a pas le droit non plus de le faire. Si le fait de spolier autrui est immoral pour un individu, cela vaut également pour ceux qui exercent l'autorité politique. Les libéraux pensent que le commandement biblique « Tu ne voleras pas » s'applique à tous sans exception. Il s'agit d'une éthique universelle qui s'applique également aux institutions sociales. Un vol reste un vol, même s'il est légal.

Il faut également entendre la défense libérale de l'individu en ce sens que celui-ci est le seul agent moral. Les notions de bien et de mal moral, de droits et de devoirs n'ont de sens que pour des personnes singulières, non pour des collectivités abstraites. Seul l'individu humain agit, pense, choisit, seul il est sujet de droit. Ainsi parler de « droits des homosexuels » n'a pas de sens, pas plus que de parler de « droits des catholiques ». L'égalité des droits ne peut être fondée que sur l'appartenance à l'espèce humaine et non sur l'appartenance à une communauté ou à un groupe collectif.

Enfin et surtout, il n'est pas possible de comprendre l'essence de la philosophie politique libérale, si on ne comprend pas qu'elle a toujours été historiquement définie par une rébellion authentique contre l'immoralité de la violence étatique, contre l'injustice de la spoliation légale et du monopole éducatif ou culturel.

Mais ce qui différencie les libéraux des utopistes c'est qu'ils n'ont pas pour but de remodeler la nature humaine. Le libéralisme est une philosophie politique qui affirme que, en vertu de la nature humaine, un système politique à la fois moral et efficace ne peut être fondé que sur la liberté et la responsabilité. Une société libre, ne mettant pas de moyens légaux à disposition des hommes pour commettre des exactions, décourage les tendances criminelles de la nature humaine et encourage les échanges pacifiques et volontaires. La liberté et l'économie de marché découragent le racket et encourage les bénéfices mutuels des échanges volontaires, qu'ils soient économiques, sociaux ou culturels.

Quiconque a lu un peu les libéraux, anciens ou modernes, Turgot, Say, Bastiat, Mises ou Hayek, sait en effet, que pour eux 1° l'intérêt personnel ne peut se déployer librement que dans les limites de la justice naturelle et 2° le droit ne se décide pas en vertu d'un contrat, mais se découvre dans la nature même de l'homme, animal social, doué de raison et de volonté. On est alors très loin de la caricature donnée par l'article de Guillaume Bernard. […]

En conclusion, l'égoïsme n'est pas dans le libéralisme, comme semble le croire Guillaume Bernard, il est dans la nature humaine. Le libéralisme explique seulement que l'intérêt personnel, canalisé par le droit, peut servir le bien commun de façon plus efficace et plus juste que la contrainte de la loi. En effet, le principe qui a été découvert progressivement au cours de l'histoire occidentale et qui a été mis en lumière par les penseurs libéraux classiques, c'est que la liberté individuelle est créatrice d'ordre, mieux que n'importe quelle solution bureaucratique imposée d'en haut par la coercition. Et cela est vrai, non seulement sur le plan politique mais aussi sur le plan économique. L'allocation des ressources par le libre jeu de l'offre et la demande est la réponse la plus productive et la plus efficace aux besoins humains. Mais c'est aussi le seul système économique compatible avec une vision morale et religieuse de l'homme, fondée sur le droit naturel, c'est-à-dire sur l'idée que les gens ont, par définition, du fait même de leur présence sur terre, des droits qu'il est immoral et injuste pour quiconque de violer. […]"

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25 commentaires

  1. Dire que le libéralisme est une “rébellion authentique contre l’immoralité de la violence étatique’ est une contre-vérité historique et philosophique pour la simple raison que le libéralisme est un étatisme, comme le rappelé dans un article paru dans LA NEF.

  2. Les communautés aussi sont des sujets de droits, pas seulement les individus. Car l’homme est par nature un être communautaire. Il y a donc des communautés naturelles, à commencer par la famille, et des communautés surnaturelles, telles que l’Eglise. A cela s’ajoutent les associations.
    On peut donc être d’accord avec certains aspects de ce texte sur le libéralisme, mais avec des restrictions.

  3. @ Denis Sureau | 2 juil 2015 11:16:26
    “…Pour la simple raison que le libéralisme est un étatisme, comme le rappelé dans un article paru dans LA NEF.”
    Ah, alors si c’est “rappelé” dans un article paru dans la Nef, il n’y a plus qu’à s’incliner, n’est-ce pas ?
    J’adore ce genre d’assertions péremptoires qualifiées abusivement de “raisons”. La raison, cher Monsieur, oblige à justifier ce qu’on avance. Un slogan n’est pas un argument. Tenter de justifier un axiome de départ en s’appuyant sur cet axiome lui-même, ça s’appelle un sophisme.
    Si vous me dites que le libéralisme est un étatisme, alors je suis en droit de prétendre que le communisme est un humanisme, que le catholicisme n’est pas une religion, qu’un tabouret est un gigot d’agneau ou que l’eau ne mouille pas.

  4. “Par conséquent, ce qu’un individu n’a pas le droit de faire : voler, menacer, tuer, un État n’a pas le droit non plus de le faire”.
    Cette assertion est fausse et dangereuse.
    En effet, l’Etat tient son pouvoir de Dieu, et non du peuple. Il a donc des droits différents de ceux du peuple ou des individus. Ainsi, l’Etat peut condamner une personne à mort, peut emprisonner une personne etc. (chose que l’individu ne peut pas). L’Etat peut aussi, par un impôt juste et justifié par son emploi, prendre une maigre partie du bien des personnes (chose que l’individu ne peut pas). L’Etat peut instaurer un service militaire obligatoire et donc prendre la force de travail d’une personne durant un an ou plus, sans contrepartie (chose que l’individu ne peut pas). On pourrait multiplier les exemples par mille.
    Cette assertion libérale se fonde sur cette donnée fausse : l’Etat est le mandataire du peuple, et donc ne peut pas avoir un droit que les individus n’ont pas (selon le principe : on ne peut donner que ce qu’on a). Or, le pouvoir vient non pas du peuple (ou de l’histoire, ou de l’hérédité etc.) mais de Dieu, avec des droits spéciaux.

  5. La première cible des libéraux, historiquement, c’est l’Eglise et sa morale (souvenons-nous que l’Eglise interdisait le prêt à intérêt et exaltait la pauvreté). Il faut lire les livres de Pierre Manent sur le libéralisme. Qu’il y ait des catholiques libéraux est aussi étrange que l’existence de catholiques franc-maçons.

  6. Ce qui précède l’Etat moderne et la raison (et qui est infiniment supérieur à la raison parce qu’incarnée dans l’histoire), c’est la Tradition. Voilà le socle de toute pensée conservatrice.
    C’est la Tradition et les vertus naturelles qui en découlent (dont la loyauté et l’amour des siens) qui fondent une société, qui n’est rien autre qu’un tissu d’obligations réciproques nourries par la religion et l’amitié. Prétendre que la liberté individuelle est plus apte que la loi à régir la vie sociale revient à un plaidoyer pour l’anarchie.
    L’auteur oublie que l’immoralité n’est pas dans l’Etat par principe mais dans l’homme lui-même en raison du péché originel. L’Etat n’est pas immoral en soi puisque les Ecritures affirment que toute autorité vient de Dieu. L’Eglise sacre les rois. A travers la critique de l’Etat, le libéral veut en fait détruire l’autorité, c’est-à-dire la paternité.
    N’oublions pas que c’est au nom de la raison que tous les libres penseurs ont démoli la Révélation.
    Ne nous laissons pas berner par les discours mensongers des libéraux.

  7. @ Denis Sureau : avez-vous un lien ou une copie de l’article ? Pourquoi peut-on dire que le libéralisme est un étatisme – ce qui semble tout de même assez paradoxal ?

  8. @ Denis Sureau. Tous les libéraux se disent ennemis de l’État et il y a un petit malin pour expliquer qu’en fait ils aiment l’État. Que répondre ?
    Il y a toujours des gens pour prétendre savoir mieux que vous ce que vous pensez : les communistes en réalité aiment le capitalisme diront-ils, les catholiques en réalité n’aiment pas le Christ etc. Pffff !

  9. Ce qui est dangereux dans le libéralisme poussé trop en avant, c’est l’absence de limites ou de frontières, donc le choix est entre l’anarchie totale d’un côté ou une dictature mondialisée qui prétend tout réguler pour laisser libre. Plus rien de local ou de régional, plus de traditions, plus même d’habitudes ou de repères, tout pouvant être remis en cause à chaque instant, être « machandisable » y compris cet « objet » qu’est le vivant.
    Donc, plus de nations, plus de pays, plus de familles, plus rien de ce qui pourrait entraver la liberté individuelle.
    En revanche, le moindre cas particulier peut être une raison de légiférer afin de protéger cette liberté si « remarquable » dans un souci de diversité fut-elle malfaisante ou dangereuse pour les autres…

  10. “Ainsi le vol détruit le principe de la propriété, fondée sur le travail c’est-à-dire sur le libre exercice de nos facultés “. Quid de la propriété fondée sur le vol ? Les acquéreurs des biens d’église nationalisés sous la révolution, une fois le vol éffectué, ont voulu nous faire croire que leur propriété fraîchement acquise était fondée sur le libre exercice de leurs facultés. Une fois leur méfait opéré, ces gens-là sont les plus libéraux qui soient.
    Ce texte fait totalement l’impasse sur ce qu’a été historiquement et ce qu’est plus que jamais le libéralisme, dont il donne une définition très rassurante et totalement à côté de la réalité quotidienne la plus obvie.

  11. @ Jean Deligne
    La morale chrétienne n’interdit pas le prêt à intérêt ni n’exalte la pauvreté (parabole des talents…)
    Critiquer ces erreurs n’est donc pas rejeter le catholicisme.
    Elle ne prône pas le dénuement mais interdit l’agression – comme le libéralisme, la seule approche du problème social 100% compatible avec le christianisme.
    Et pour cause: il en est le fruit.
    C’est le socialisme, contraire du libéralisme, qui persécute le christianisme.
    Rejeter le libéralisme, c’est donner le pouvoir aux ennemis du christianisme.
    Qu’il y ait des catholiques libéraux est normal, c’est au contraire l’existence de catholiques socialistes (la franc-maçonnerie est socialiste) qui est étrange.
    Comment pouvez-vous être contre une chose et contre son contraire ?

  12. @ Denis Sureau. Quel dommage de vous contenter de renvoyer les lecteurs du SB à un article de La Nef. Il eût en effet été nettement préférable que vous portiez la réplique sur un ou plusieurs éléments de l’article de Damien Theillier: ce faisant vous ne contribuez pas à ouvrir pas le débat alors que c’est la raison d’être de l’espace que réserve le SB à d’éventuels commentaires.
    @ Gribouille. La façon dont vous parler de l’Etat donne le vertige. En fait, vous en parlez comme si c’était une vrai personne, dans le droit fil de la pensée marxiste et idolâtre de la pire espèce, bien loin du Christianisme je le crains.
    Plus généralement, j’observe que les commentaires négatifs se contentent d’évoquer de bien vagues éléments censés remettre en question le bien fondé du libéralisme tel que le reflète le texte du post plutôt que d’argumenter à l’encontre de telle ou telle affirmations.
    Damien Theillier nous fournit ici une matière formidablement intéressante, merci au SB.
    “Le libéralisme est une philosophie politique qui affirme que, en vertu de la nature humaine, un système politique à la fois moral et efficace ne peut être fondé que sur la liberté et la responsabilité.” Dites-moi s’il vous plaît, honnêtement et précisément, en quoi la teneur de cette affirmation ne serait pas compatible avec le Christianisme?

  13. @Lagardère
    La propriété ne peut être fondée sur le vol, puisqu’il en est le viol.
    La propriété prolonge une transaction libre et informée. Sinon c’est un vol ou une escroquerie.
    Le pillage étatique n’est moralement pas différent, et au premier chef le pillage des biens de l’Église par l’État aux mains du socialisme, dont la haine à l’égard du christianisme n’a d’égal que celle qu’il voue au libéralisme.

  14. @Meltoisan
    La seule chose que le libéralisme combatte c’est l’agression.
    Ce que vous rejetez à juste titre n’est pas le libéralisme mais son contraire, le socialisme.
    Le socialisme est centralisateur, internationaliste et ennemi de la subsidiarité.
    Le libéralisme n’est rien de tout cela. Il se borne à constater une réalité: Le protectionnisme économique appauvrit le pays qui le pratique. C’est la vérité. Ce n’est pas nécessairement décisif.

  15. Ha ha, la blague du libéralisme qui ne persécute pas le christianisme !! Moi j’aime bien tous ces gens qui font la leçon à Denis Sureau, … C’est amusant. Certainement des connaisseurs, … Tiens, je les invite à lire ça: http://livre.fnac.com/a23813/Thomas-d-Aquin-Petite-somme-politique
    Néanmoins c’est vrai, M Sureau, vous pourriez être ici plus pédagogue et explicite, ça éviterait toute cette confusion.
    Quant à la position des penseurs et du Magistère catholiques sur le libéralisme, prenez le temps de lire Donoso Cortès, Louis Veuillot, Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, Saint Pie X,… jusqu’à François. Voyez ici notamment, et ensuite, consultez les textes dans leur ensemble : http://www.lerougeetlenoir.org/contemplation/les-contemplatives/histoire-des-condamnations-du-liberalisme-par-l-eglise
    … Après on en reparle

  16. Et sur un mode non sarcastique, on peut soutenir (et personnellement je le soutiens) que l’unique ennemi du catholicisme depuis le 18ème siècle (le siècle des “Lumières” est en fait le siècle du Libéralisme, c’est-à-dire de l’anti-catholicisme) est en fait le libéralisme sous toutes ses formes (libéralisme religieux, libéralisme moral, libéralisme politique, libéralisme économique). Dont on trouve une belle “synthèse” dans Voltaire, antéchrist faux messie de l’anti-catholicisme : de son libéralisme religieux maçonnique (toutes les religions sont également bonnes ou également mauvaises) naît son libéralisme moral (relativisme moral : les Grands comme moi peuvent exploiter et mentir aux petits en leur faisant croire à un dieu pour éviter qu’ils me piquent mon pognon), son libéralisme politique (remplaçons le Roi père et protecteur du peuple par l’oligarchie des puissants) et in fine le libéralisme économique (tout est négociable et marchandise, même l’être humain, esclave ou embryon) du négrier Voltaire.
    Même le socialisme est un direct héritier du libéralisme, reprenant en bloc l’héritage du libéralisme religieux, moral et politique, cherchant simplement à substituer à la dictature du 1% la dictature du prolétariat.
    La seule idéologie anti-catholique condamnée par l’Eglise depuis le 18ème siècle qui ne soit pas un libéralisme pur ou plus ou moins modifiée est le fascisme qui, je le reconnais, est fondamentalement anti-libéral, un miroir inversé de toutes les évolutions depuis le 18ème siècle.
    Et même pour le fascisme j’aurais envie de dire que seul le fascisme italien ne tire vraiment pratiquement rien du libéralisme. Le nazisme, avec son obsession pseudo-scientifique du darwinisme social et son idéal nietzschéen doit beaucoup au libéralisme religieux et au libéralisme moral.
    Le libéralisme, voilà l’ennemi de l’Eglise depuis le 18ème siècle, l’hydre à 9 têtes qui, au travers de tous ses avatars est le Grand Persécuteur : c’est le libéralisme qui remet en question l’historicité des Evangiles, décapite Louis XVI et noie les vendéens, instaure le divorce, exploite les ouvriers, supprime le repos dominical, impose la dénaturation du mariage (soutenus par toutes les multinationales, de Google à Twitter), promeut le business de la GPA et la recherche sur l’embryon, cherche à forcer l’Eglise à trahir le Christ lors du prochain synode, soutient Uber (Google), veut robotiser l’économie et transformer les êtres humains en machine.

  17. “Le libéralisme est une philosophie politique qui affirme que, en vertu de la nature humaine, un système politique à la fois moral et efficace ne peut être fondé que sur la liberté et la responsabilité.” Dites-moi s’il vous plaît, honnêtement et précisément, en quoi la teneur de cette affirmation ne serait pas compatible avec le Christianisme?
    Elle n’est pas compatible avec le christianisme ni avec quelque religion digne de ce nom que ce soit en raison de la toute-puissance de Dieu. Selon la seconde et la troisième demande du Pater Noster : Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme elle l’est au ciel …; il ne doit pas exister d’ordre politique et social exclusivement humain. Or l’ordre libéral (comme l’ordre socialiste ou nazi) est totalement humain puisque fondé uniquement sur la raison humaine, sans l’aide de la Tradition et de la Grâce.
    Par ailleurs, il n’y a de liberté que là où se trouve l’Esprit de Dieu : “Ubi spiritus, ibi libertas.” Et seuls sont enfants de Dieu ceux qui sont mûs par l’Esprit de Dieu. Autrement dit, pas de liberté sans l’inhabitation et la motion de l’Esprit.
    Combien de personnes pneumatophores connaissez-vous ?
    En l’absence de vraie liberté, nous restons tous sous le joug de la loi, sous l’autorité de nos aînés, de ceux qui détiennent l’autorité, qui est le pouvoir de faire grandir selon l’étymologie (augere). Comme le dit Paul, nous sommes les esclaves de Dieu (à noter que le mot “serviteur” dans le NT est en réalité “doulos”, qui veut dire “esclave”, tout simplement).
    Jésus lui-même a totalement aliéné sa liberté pour ne faire que la volonté du Père, et vous, vous voudriez être libre par droit de naissance ? Le disciple est-il plus grand que le maître ?
    Enfin, il y a une raison historique au rejet du libéralisme : comme le disent les historiens libéraux, le libéralisme a été conçu pour détruire l’Eglise : “Ecrasez l’infâme.”

  18. La pensée chrétienne est foncièrement ennemie de l’accumulation de biens, radicalement hostile à l’argent. J’invite tous les libéraux à méditer, à ce sujet (plutôt que les paroles trop connues sur l’argent comme source de tous les maux de saint Paul ou celle de Jésus sur l’impossible service de Dieu et de Mammon), l’épisode plein d’humour du didrachme, dans lequel Jésus demande à Pierre de pêcher un poisson pour en extraire l’argent nécessaire au paiement de l’impôt pour lui et pour l’apôtre.
    Si Jésus avait été libéral, il aurait eu de l’argent ou, à défaut d’en avoir, aurait demandé à Pierre d’opérer une petite pêche miraculeuse pour ensuite la vendre au marché de Tibériade. Cela aurait joliment gonflé le PIB local et apporté une caution évangélique au “doux commerce”. Au lieu de cela, il va repêcher une pièce perdue dans la bouche d’un humble poisson. Qu’y a-t-il de moins commercial, de moins libéral que cette solution miraculeuse ?
    Ne pas oublier aussi le communisme flagrant de la première communauté chrétienne de Jérusalem, décrite dans le livre des Actes des Apôtres. Il n’y avait pas de propriété privée parmi les premiers disciples du Seigneur, qui mettaient ainsi en pratique, d’un point de vue matériel bien concret, l’unité parfaite voulue par le Maître. Par conséquent, dans une véritable pensée chrétienne, la propriété privée ne peut qu’être une concession à notre nature déchue, concédée en raison de la “dureté” de notre coeur. Si vous doutez du témoignage des Ecritures, voyez donc comment sont organisés aujourd’hui les monastères chrétiens ; souvenez-vous de l’énorme puissance économique des communautés cisterciennes au Moyen-Age (ne serait-ce que pour réfuter la thèse libérale de l’inefficacité radicale de toute forme d’organisation socio-économique communale)…
    Libéraux, ouvrez les yeux et choisissez votre Seigneur !

  19. @ Jean Delvigne
    “il ne doit pas exister d’ordre politique et social exclusivement humain”. Allez donc expliquer cela aux agnostiques. Vous le dites vous-même à juste titre: nous sommes dans le politique et le social ici. Alors, soyons donc concret.
    “Seuls les enfants de Dieu sont mûs par l’Esprit de Dieu”. Bien sûr que non. L’Esprit de Dieu souffle où Il veut. On doit peut-être pas exclure qu’Il va surtout là où on a le plus besoin de lui…”
    “Jésus lui-même a totalement aliéné sa liberté pour ne faire que la volonté du Père…,” Comment voulez-vous que Jésus puisse aliéner quelque chose qu’il n’a pas? C’est donc qu’il est bien né avec la liberté, comme nous. Par “droit de naissance” comme vous dites. Il nous laisse libre d’adhérer ou pas, de faire la volonté du Père ou non. Toute la noblesse de notre foi et c’est ce qui la distingue de toutes les autres.
    Il semble que vous et moi souhaitons imiter Jésus. Bien. Mais que faites-vous des autres, ceux qui hésitent, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne comprennent pas, ceux qui refusent? Nous sommes à un niveau politique et social ici, concrètement, vous les forcez? Dois-je vous rappeler qu’il n’y a pas de mérite à la vertu obtenue sous la coercition?

  20. @ Primumveritas | 3 juil 2015 09:48:09
    “Souvenez-vous de l’énorme puissance économique des communautés cisterciennes au Moyen-Age (ne serait-ce que pour réfuter la thèse libérale de l’inefficacité radicale de toute forme d’organisation socio-économique communale)…”
    Vous faites bien de rappeler cet exemple. Les communautés cisterciennes du Moyen-Age sont un précurseur du libéralisme. Tout y est : le vote et la démocratie, l’acceptation de la règle, le travail, l’investissement du capital, la création de richesses, la croissance, l’internationalisation, l’autonomie, la libre adhésion…
    Les abbayes cisterciennes étaient les multinationales de l’époque.
    Où avez-vous vu que le libéralisme postule “l’inefficacité radicale de toute forme d’organisation socio-économique communale” ? C’est exactement le contraire.

  21. J’ai rarement vu tant de fausses vérités semi-instruites dans les commentaires.
    Message un peu long d’une lectrice régulière, catholique pratiquante et passionnée par l’économie, qui ne peut pas laisser passer ce qui se dit ici.
    * Le libéralisme, critiqué par l’Eglise ?
    ” Un célèbre économiste français (Frédéric Bastiat) a exposé comme en un tableau les bienfaits multiples que l’homme trouve dans la société et c’est une merveille digne d’être admirée.” – Pape Léon XIII
    * A ceux qui parlent de “libéralisme religieux maçonnique”, il faut être quelque peu confus intérieurement pour arriver à agglutiner économie et religion.
    * Que penser de Saint Thomas d’Aquin, qui défendait pèle-mêle la propriété, la valeur d’échange qui prend en compte l’opinion des parties (et non seulement la valeur travail)… et qui critiquait seulement l’entreprise conçue pour le seul profit.
    * Que dire aussi de Saint Bernardin de Sienne, avec sa défense du marchand ?
    * Que dire de Saint Antonin de Florence, qui reconnaît que l’argent est stérile par lui-même, mais que l’entrepreneur peut le rendre fécond ?
    * Enfin, que dire de Théodoret de Cyr, qui disait:
    ” Si tous les hommes étaient égaux en richesses et en qualités, comment pourraient-ils jouir de la fortune ? Si tous vivaient dans une égale abondance, quels secours tireraient-ils les uns des autres dans les besoins et nécessités de la vie ? … Qui jamais eût attelé les boeufs sous le joug, qui eût labouré la terre et l’eût ensemencée, qui aurait fait la moisson, qui l’aurait portée dans l’aire et qui aurait séparé le blé de la paille, si la pauvreté ne l’eût forcé à prendre cette peine ? … Il faut convenir que si les hommes étaient également riches, personne ne voudrait s’abaisser à être le serviteur d’un autre. Et de là, il s’ensuit nécessairement ou que chacun serait obligé d’apprendre et de faire tous les métiers à la fois, ou que tout le monde manquerait des choses nécessaires à la vie”.
    * Quant à dire que le libéralisme veut écraser l’Eglise alors qu’il est un produit de penseurs chrétiens…
    Le fait est que les condamnations du libéralisme par l’Eglise sont très récentes.
    La plupart date du XXème siècle, et du pouvoir grandissant du socialisme chrétien.
    Benoit XVI rappelait que la 2ème tentation du Christ était la tentation social(iste). A méditer.

  22. Le libéralisme classique aboutit au calcul hédoniste égoïste car il présuppose de façon constante une redéfinition du bien et du mal étrangère aux options réalistes essentialistes (Platon, Aristote) vis-à-vis desquels il prône la liberté d’indifférence issue de Guillaume d’Occam. Voilà ce que nous voulons ici brièvement rappeler.
    Contrairement aux affirmations de monsieur Theillier, le libéralisme est le fruit d’options logiques empiristes qui engendrent inévitablement une forme de relativisme qui aboutit au règne des prédateurs, groupes privés comme institutions étatiques. Et assurément, ces options non-inductives sont les mêmes chez les auteurs socialistes, Marx en tête, dont la thèse de doctorat portait sur « La différence entre la philosophie de la nature chez Démocrite et Epicure » (1841).
    La philosophie des sceptiques et des sophistes
    Monsieur Theillier ose affirmer que « la plupart des libéraux s’accordent avec la tradition occidentale issue de la philosophie grecque pour dire qu’il existe une rationalité morale et que le bien et le mal ne sont pas des notions arbitraires, relatives à l’opinion ou à l’époque ». Cette récupération de la philosophie grecque est pour moi quelque peu effrontée. Nous souhaitons savoir de quels philosophes grecs il parle.
    Assurément la libéraux s’accordent avec un Protagoras, un Gorgias, un Antisthène, un Pyrrhon, voire un Carnéade, mais en aucun cas avec les Socrate, Platon ou Aristote qui constituent finalement l’essence même de la philosophie grecque selon la droite raison.
    Ce « droit antérieur à la formation de l’État » évoqué par monsieur Theillier, définit par lui comme « un ensemble de principes généraux que la raison peut énoncer en étudiant la nature de l’homme » est foncièrement un droit subjectif, comme le synthétisera Grotius. Car ici, les mots sont piégés : les libéraux parlent certes encore d’un « droit naturel », mais il ne s’agit plus du droit objectif issu du réaliste Aristote, mais d’un droit fruit des appétits égoïstes de la nature humaine.
    Car selon les penseurs libéraux, pour la plupart protestants, l’homme est gouverné par ses mauvais penchants et ne peut se donner au bien commun. Il ne sert à rien de faire jouer l’opposition Locke contre Hobbes : car ces deux auteurs sont des empiristes qui nient les capacités intellectuelles et morales humaines au sens classique : au sens grec selon les orientations du « triumvir » cité plus haut.
    La matrice occamiste lisible chez monsieur Theillier
    « Les notions de bien et de mal moral, de droits et de devoirs n’ont de sens que pour des personnes singulières, non pour des collectivités abstraites. Seul l’individu humain agit, pense, choisit, seul il est sujet de droit ». Nous reconnaissons là les prémisses logiques de Guillaume d’Occam, initiateur du libéralisme, lequel, la foi disparaissant, ne tardera pas à se radicaliser en libéralisme-libertaire.
    Pour Occam, seul l’existant singulier existe : les notions générales sont des créations de l’esprit. C’est en ce sens de façon usurpée que monsieur Theillier parle encore d’ « espèce humaine ». Il y a là incohérence philosophique grave.
    Nous ne pensons pas comme monsieur Theillier que « l’essence de la philosophie politique libérale » serait en première instance le fruit d’une « rébellion authentique contre l’immoralité de la violence étatique, contre l’injustice de la spoliation légale et du monopole éducatif ou culturel ». Au fondement du libéralisme, il y a un refus – via une logique positiviste – de la réalité objective et de ses finalités éthiques communes qui produit assurément une définition individualiste de la liberté non contrainte par des définitions universelles et nécessaires. Ne pas comprendre cette phrase, c’est ne pas être conscient des enjeux spéculatifs et pratiques (en éthique, en politique, en droit, en économie, jusqu’aux Beaux-Arts et à la technique) des présupposés logiques de toute argumentation.
    Mais de quel réalisme parle-t-on ?
    On reste sans voix quand un libéral parle d’ « anthropologie réaliste »… Il faut savoir que ce « réalisme » libéral est celui d’un Machiavel, auteur qui propose pourtant aux décideurs étatiques des recettes sur la façon de conserver le pouvoir par tous les moyens, mêmes légaux. Il vaut mieux parler ici de positivisme.
    On ne doute pas que certains auteurs libéraux retrouvent, en fin de carrière souvent, quand les inductions de la vie finissent par s’imposer, des notions de « justice naturelle », encore faut-il exiger de ces auteurs une définition précise qui ne jouent pas sur les mots. Quand un libéral parle de réalisme, il s’agit d’une usurpation sémantique dommageable pour l’analyse du réel.
    Les philosophes-rois remplacés par les entrepreneurs ?
    C’est ce que propose monsieur Theillier. « Les libéraux, il est vrai, accordent à l’intérêt une large place dans le développement de ce monde » : ce n’est pas une grande place, monsieur Theillier, c’est la seule place.
    « Anticiper les besoins des consommateurs », c’est créer de faux besoins étrangers à leurs carences essentielles.
    Opposer ainsi constamment libéralisme et socialisme, doctrines qui présentent indéniablement des contrariétés quant à la gestion du matérialisme, c’est oublier les prémisses fondamentales identiques de ces deux errances politiques. Nous savons que Platon proposait un certain « communisme » par la suite critiqué par Aristote comme un système finalement inhumain. Mais ce que voulait éviter autant que possible Platon, c’était le règne des tyrannies individuelles et communautaires pour réorienter la liberté individuelle en fonction d’une espèce humaine antérieure en effet au droit positif.
    Jean-Paul II, chantre du libéralisme ?
    On pourrait le croire puisque monsieur Theillier cite allègrement Jean-Paul II (Centesimus Annus, n° 25, 1991) pour soutenir ses thèses libérales. Nous ne voulons pas être trop désobligeant envers monsieur Theillier, mais non, Jean-Paul II, ni d’ailleurs aucun Pape avant ou après lui, ne valide les thèses libérales au sens où l’entend Damien Theillier. Nous nous contenterons ici de citer brièvement Léon XIII dans sa lettre « Libertas Praestantissimum » en 1888 : « Telle est la prétention des sectateurs du Libéralisme (…) ; selon eux, il n’y a dans (…) la vie aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d’obéir, mais chacun est à soi-même sa propre loi. De là, procède cette morale que l’on appelle indépendante et qui, sous l’apparence de la liberté, détournant la volonté de l’observation des divins préceptes, conduit l’homme à une licence illimitée. »
    Jean-Paul II s’inscrit dans cette critique du libéralisme, tout comme Benoît XVI et l’actuel Pape François qui sont à leur poste pour servir l’authentique réalisme anthropologique. Il suffit pour cela de lire Fides et Ratio (1998) qui rappelle l’adhésion du catholicisme à la philosophie réaliste issue d’Aristote dans ses principes communs.
    Transformer ainsi la doctrine libérale en idéologie de la bienfaisance, n’est-ce pas un petit peu se moquer du monde ? « Dans une économie de marché libre, la façon la plus efficace pour les personnes de poursuivre leur amour de la richesse est de servir les autres en proposant des biens utiles et à bon prix ».
    Le bien humain se réduit-il à l’utile ? Nous savons que c’est là la conclusion ultime des auteurs libéraux dans l’histoire des idées. Combien de choses futiles dans notre propriété privée ?
    Par ailleurs, constate-t-on nos entrepreneurs bienfaiteurs de l’humanité ? Se définissent-ils d’ailleurs eux-mêmes ainsi ? Il faudrait poser la question aux élites de la Goldmans Sachs, de la Banque Mondiale, du FMI, du Club de Paris, du Club de Londres. Mais peut-être devrions-nous poser la question, par exemple, aux Grecs ? Car les personnes qui « travaillent » dans ces organismes privés sont bien des entrepreneurs. Mon garagiste lui-même se souciait de mon bonheur réel, et je ne le savais pas ?
    La morale réduit à l’exercice de la liberté individuelle
    C’est en effet le programme politique de monsieur Theillier. Il ne semble pas imaginer d’autres moyen-termes entre ce libéralisme radical et le socialisme version despotisme. C’est le problème avec ceux qui naviguent dans l’univers philosophique sans avoir été formés aux habitus inductifs : on reste dans la dialectique contradictoire.
    Car selon monsieur Theillier, le libéralisme n’est pas seulement morale, c’est la seule morale possible. L’argument de fonds semble que ce libéralisme serait la seule doctrine à respecter la propriété privée. C’est oublier Aristote et sa critique de Platon.
    Le libéralisme serait aussi un garde-fou contre les prédations de toute sorte, surtout étatiques selon monsieur Theillier. En effet, « elle bénéficie aux pauvres car elle leur permet d’utiliser leurs dons et leurs compétences dans un marché ouvert à la concurrence ». Mais le libéralisme est surtout la consécration de l’état de fait plutôt que la possibilité pour tous d’exprimer ses talents. Le libéralisme est un positivisme global qui légitime le darwinisme social : les plus rusés mangent les plus faibles. Il faudrait peut-être que monsieur Theillier fasse un stage chez des chômeurs dont l’entreprise a été délocalisée par des entrepreneurs qui pourtant rêvaient de leur proposer « des biens utiles et à bon prix ».
    C’est le règne de Calliclès que proposent monsieur Theillier et tous les libéraux. Et il ne semble pas (lire le Gorgias de Platon) que l’amour de l’humanité soit au programme de celui qui traitait Socrate d’imbécile naïf.
    Quant à nous rappeler que « dans le christianisme, l’homme est appelé à servir les autres, spécialement les plus faibles » en affirmant que c’est là à tout prendre le programme libéral, il faut tout de même éviter les contre-vérités quand on prétend œuvrer en philosophie.
    Vous aurez beaucoup de mal à légitimer le programme libéral par le christianisme, encore faut-il s’entendre sur la définition du mot. Le catholicisme, à travers sa doctrine sociale et en parfaite fidélité aux Evangiles, critique depuis très longtemps cette option qui sert finalement les plus forts. Par contre, il faut reconnaître que les valeurs protestantes et mêmes juives s’accordent assez bien avec l’univers libéral. Il faut lire à ce sujet Max Weber, L’Ethique Protestante et le Capitalisme, ou encore Werner Sombart, Les Juifs et la vie économique, qui vient d’être en quelque sorte réactualisé par Jacques Attali dans Les Juifs, le monde et l’argent.
    La nouvelle religion libérale selon monsieur Theillier
    Quand monsieur Theillier ose encore affirmer que « l’égoïsme n’est pas dans le libéralisme », on ne sait pas si on doit en rire ou en pleurer.
    Préciser que cet égoïsme est dans la nature humaine est une pirouette : le libéralisme définit celle-ci comme appétit exclusivement égoïste depuis le début. Et d’évoquer en filigrane la Main Invisible de Adam Smith…
    « Que la liberté individuelle est créatrice d’ordre », c’est en effet possible : on voit sous nos yeux s’organiser un Nouvel Ordre Mondial libéral. Opposer comme le fait monsieur Theillier la liberté individuelle et la bureaucratie étatique brouille la lecture de la situation actuelle, car cette option libérale est actuellement imposée par des instances décisionnaires soit étatiques, soit supra-étatiques (Union Européenne). Dans cette dialectique simpliste, vous n’aidez pas à analyser les circonstances de la séquence historique que nous vivons.
    L’état moderne peut être prédateur, certainement, mais il faut savoir que nos politiciens ne sont maintenant que les exécutants des prédateurs financiers qui mènent le monde.
    Le libéralisme destructeur
    Nous constatons là ce que nous avons esquissé pour le site Mauvaise Nouvelle : le fruit ultime du libéralisme, c’est l’inversion de la définition des mots. Il faut toujours demander à un libéral des définitions précises des termes qu’il emploie. Vous risquez sinon de finir par applaudir celui qui réclament votre mort. Je suis sûr que Gorgias pouvait engendrer ce type de réaction.
    En lisant monsieur Theillier, en effet, on apprend quelques nouveautés : que le libéralisme s’appuie finalement sur une morale humaniste, et qui plus est « issue de la philosophie grecque », que Jean-Paul II souscrivait au libéralisme pourtant rejeter de façon constante par le Magistère catholique, que les entrepreneurs sont un peu comme les nouveaux sages de la société libérale, pour ne pas dire les nouveaux prêtres, que ce libéralisme est d’ailleurs le fruit du christianisme bien compris…
    Le problème avec les penseurs plutôt protestants, rejoints ici pas de trop nombreux penseurs plutôt catholiques, c’est qu’ils en sont restés à une aversion primaire du socialisme, sans en retenir les arguments pourtant très pertinents contre les penseurs libéraux anglo-saxons comme Locke, Hume, Bentham, Adam Smith, Stuart Mill. Il faut savoir que les Lumières françaises étaient enseignées par ces auteurs. Turgot en est un exemple manifeste. J’ai déjà eu l’occasion de relever quelques analyses de celui qui voulait libéraliser l’usure. Je reproduis ici ce petit développement. Turgot (1727-1781) a identifié l’ennemi de l’usure. Dans son Traité de l’usure, il s’en prend à ceux qui réfléchissent trop à ce sujet : « Où nos raisonneurs ont-ils vu qu’il ne fallait considérer dans le prêt que le poids du métal prêté et rendu et non la valeur ou plutôt l’utilité dont il est pour l’époque du prêt entre une somme possédée actuellement et une somme égale qu’on rendra à une époque éloignée ? ». Turgot s’en prend ici, comme Hume en matière spéculative, aux replis les plus sûrs de l’ennemi : sa théorie de la justice. « L’égalité de valeur dépend uniquement de l’opinion des deux contractants (…). L’injustice ne pourrait donc être fondée que sur la violence, la fraude, la mauvaise foi, mais jamais sur une prétendue inégalité métaphysique entre la chose donnée et la chose reçue ».
    Turgot, dès sa nomination aux finances, s’était mis au travail pour établir le libre-échange dans le domaine des grains (suppression du droit de hallage), mais son décret (13 septembre 1774) rencontre une forte opposition auprès des conseillers du roi. Le préambule de ce décret, exposant les doctrines sur lesquelles il est fondé, lui gagne l’éloge des Lumières. Avec l’aide de son conseiller, le banquier suisse Isaac Panchaud, il prépare à la fin de son mandat la création de la Caisse d’Escompte, ancêtre de la Banque de France, qui a pour mission de permettre une baisse des taux d’intérêt des emprunts commerciaux, puis publics. Cet organisme n’avait cependant pas pouvoir de battre monnaie. Elle fut le point de départ des grandes spéculations boursières sous Louis XVI. Le banquier Panchaud, théoricien de l’amortissement et admirateur de la révolution financière britannique, en compagnie du comte Thomas Sutton de Clonard (riche marchand jacobite bordelais et syndic de la compagnie des Indes), a par ailleurs racheté en 1777 à Abel-François Poisson de Vandières la verrerie du bas-Meudon, qui deviendra la verrerie de Sèvres, et qu’il revend 15 mois plus tard pour 1,05 million de livres avec une plus-value de 31 %.
    L’idéologie des prédateur n’est pas que le socialisme, comme l’avait parfaitement vu Jean-Paul II, mais également ce libéralisme-libertaire, issu des auteurs libéraux, systématiquement empiristes, et donc non-inductifs.
    Comme l’avait vu le philosophe Aristote, si l’économie a son correspondant dans le langage humain, c’est la sophistique. « La sophistique, d’ailleurs, n’est qu’une sorte de chrématistique » (Réfutations Sophistiques, XI, 171b 28). Car dans la mauvaise économie, l’argent-symbole prend la place des choses-marchandises, tout comme dans la sophistique, les mots remplacent les choses. Le nominalisme économique a pour maître Protagoras.

  23. Je cite Jean-Marie Keroas :
    “Par contre, il faut reconnaître que les valeurs protestantes et mêmes juives s’accordent assez bien avec l’univers libéral. Il faut lire à ce sujet Max Weber, L’Ethique Protestante et le Capitalisme, ou encore Werner Sombart, Les Juifs et la vie économique, qui vient d’être en quelque sorte réactualisé par Jacques Attali dans Les Juifs, le monde et l’argent.”
    Donc en résumé, pour Jean-Marie Keroas, libéralisme = argent, or argent = juifs, donc libéralisme = juifs… On croit rêver !

  24. Au fond, cet article de Jean-Marie Keroas est un plaidoyer pour la théocratie, c’est-à-dire une alliance entre l’Eglise et l’Etat pour imposer la foi et les mœurs. Cette doctrine théologique appelée autrefois « augustinisme politique » est non seulement inapplicable mais dangereuse. C’est le rêve d’une société totalisante, moniste, qui veut l’unanimité morale et religieuse, par la force. Une société rêvée et idéalisée, qui, sur le plan économique, ressemble terriblement au salafisme : des gens pour qui il faut regarder en arrière le paradis perdu du catholicisme unanime et unanimiste pour le retrouver.

  25. Je vous renvoie au livre de Jacques Attali : “Les Juifs, le monde et l’argent” disponible ici :
    http://www.amazon.fr/Juifs-monde-largent-Jacques-Attali/dp/2253155802

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