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Valeurs chrétiennes : Culture

Notre-Dame et la flèche de Viollet-le-Duc

Notre-Dame et la flèche de Viollet-le-Duc

De Marc Alibert Architecte des Bâtiments de France (H) :

« Le manque de goût conduit au crime… » nous dit le célèbre architecte dans son dictionnaire médiéval et il poursuit… « le goût est l’habitude du beau et du bien. Pour être homme de goût, il est donc essentiel de discerner le beau du laid, le bien du mal…Il n’est que l’empreinte laissée par une éducation bien dirigée le reflet du milieu dans lequel on vit…Savoir, ne voir que de belles choses, s’en nourrir, comparer et donc choisir. Le respect pour le public est, de la part d’un artiste la première marque de goût or la sincérité est la meilleur façon d’exprimer le respect. »
Ses milliers de dessins l’ont conduit à s’occuper de Notre-Dame où son génie s’est manifesté par une magnifique flèche en plomb repoussé, la plus belle des réalisations conçues dans la manière du 13e siècle. Viollet-le-Duc n’a fait que remplacer celle qu’on avait démoli à la révolution en s’inspirant des flèches des cathédrales d’Amiens et d’Orléans, cette dernière venant tout juste d’être édifiée en 1856. Il imagina 2 niveaux ajourés et conféra à l’ensemble une dynamique ascensionnelle par l’étagement de statues d’apôtres à la base de la souche. Présidant à tout ce que faisait son atelier, œuvres de pierres, charpentes, sculptures, peintures, vitraux, il a tout dessiné lui-même jusqu’aux détails infimes. L’ensemble est là tout entier, d’une parfaite proportion sans ajout parasite. Car dessiner le patrimoine, c’est non seulement faire preuve d’un savoir ou d’une pratique, mais c’est aussi acquérir une solide culture, une grammaire décorative, le sens des volumes, le sens de la proportion, ce rien qui est tout et donne le sourire aux choses.

Le bon goût, comme la vérité ne s’impose pas, il persuade ; il possède ce privilège de s’inscrire dans la durée. Le beau dépasse le cadre artistique, il est lié au bien et au vrai. Eduquer à la beauté, à l’admiration, c’est développer la faculté de contempler, créer une passerelle entre représentation et signification. L’architecture, art majeur, a pour mission d’apporter à l’humanité des satisfactions sensorielles indispensables à son bien-être spirituel. Si le progrès technique améliore son confort, la présence permanente du beau lui procure un équilibre mental générateur de l’amour de la vie.

Notre-Dame de Paris est l’une des plus belles choses sorties de la main de l’homme. Elle est le trésor de nos plus profondes pensées, le lieu de nos vénérations. C’est en elle que nos pères ont déposé tous leurs secrets tous le sens de nos destinés, toutes les idées qu’ils se faisaient de la terre et du ciel. Ce monument plein d’imprévu, d’élan, de hardiesse est l’élévation même de la pensée chrétienne, ses défauts ajoutant à sa puissance expressive. Ainsi le chevet de la cathédrale avec son évantail d’arcs boutant de 15 mètres de volée et où le point d’application des forces est encore empirique, est une des plus admirables productions du génie français. C’est sous l’allure d’un vaisseau majestueux qu’apparaît l’abside de Notre-Dame. « Fluctuat nec mergitur »

NOTRE DAME ET L’ILE DE LA CITE

Plus la structure d’un site est achevé, plus sa force est évidente en sorte qu’aucun changement n’apparait possible ; ainsi, dans un beau poème on ne peut changer un seul mot. L’ile de la Cité est parvenue depuis longtemps à maturité. C’est le cœur de notre civilisation…et l’on s’y précipite pour revivre l’histoire engrangée dans cette musique pétrifiée.

Le beau met la joie dans le cœur de l’homme : c’est un rayon d’intelligibilité qui l’atteint tout droit, et fait parfois jaillir des larmes, c’est le fruit précieux qui résiste à l’usure du temps, suscite l’enthousiasme et unit les générations. L’intrusion d’éléments contemporains dans cet ensemble ancien prendrait à contre courant ces foules qui viennent y remonter le temps. Notre époque choisit l’éphémère contre la durée, le virtuel contre le réel, la culture de la fête contre la transmission du savoir. Certains artistes essaient de trouver une légitimité en s’appropriant maintenant les monuments historiques. Mais peut-on faire dialoguer un mort avec un vivant, des artistes au plein pouvoir et des monuments sans défenses ? Il y a comme une complicité des maîtres d’œuvre et des maîtres d’ouvrage pour se passer de la sanction du public.

L’art n’est pas une distraction, il est une élévation. La tradition et la discipline sont les vrais nourrices de l’originalité. Avec l’art contemporain, nous sommes passés d’un art contemplatif à un art idéologique : on crée aujourd’hui sur la table rase de son moi. L’individualisme post-moderne semble rejeter l’objectivité du beau, tout est relatif. La culture doit redevenir un art et non un commerce, une séduction et non une provocation. Cette révolte de l’art a cependant une excuse : l’angoisse des praticiens devant l’accablante richesse des œuvres du passé. Comment créer encore après de tels sommets ? Ne sachant plus comment dépasser la tradition, on l’a niée. Ce nombrilisme nous rend conscient de la laideur angoissante voire déconcertante de presque tout ce qui se crée, du vide artistique dans lequel nous vivons, et du désert culturel qu’engendre l’explosion du divertissement de masse. « A société de consommation, arts d’assouvissement. » A.Malraux.

L’art est avec la religion ce qui nous communique le sentiment de l’éternité. Il se moque de la modernité : ce n’est ni une agression, ni un jeu, ni une tactique, ni un trucage. C’est la libre reproduction du beau, non pas de la seule beauté naturelle, mais de la beauté idéale, un lien secret entre des solitudes qui s’ignorent, un vieux langage qui parle à voix basse des choses éternelles de l’homme. Mais comment tirer l’infini du fini ? Là est la difficulté de l’art, mais aussi sa gloire : arriver à l’âme par le corps. Ce que l’artiste réussit à exprimer dans ce qu’il peint, ce qu’il sculpte, ce qu’il crée, n’est qu’une lueur de la splendeur qui lui a traversé l’esprit pendant quelques instants. La finalité de l’art ne serait-elle pas l’expression de la beauté morale à l’aide de la beauté physique ? Les œuvres d’art contemporaines réellement réussies sont celles qui savent prendre en compte le passé pour mieux le prolonger et l’enrichir. « L’artiste qui ne professe pas les vérités de la Foi ou qui vit éloigné de Dieu dans sa mentalité et dans sa conduite ne doit en aucune manière toucher à l’art religieux ; il lui manque cette sorte d’œil intérieur capable de lui montrer ce qui est requis par la majesté de Dieu et par son culte. » disait le Pape Pie XII.

La flèche de la cathédrale est venue comme une lance transpercer le cœur enflammé de l’édifice, allusion au sacrifice du christ ; de même le départ quatre jours plutôt des 12 apôtres qui avaient abandonné le Seigneur. Quel signe et quel avertissement !

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Nous vivons un changement civilisationnel dont le moteur est culturel. La famille dite traditionnelle - qui est simplement la famille naturelle - diminue massivement en nombre et en influence sociale. Le politique est de plus en plus centré sur la promotion de l’individualisme a-culturel, a-religieux et a-national. L’économique accroît des inégalités devenues stratosphériques et accélère et amplifie le cycle des crises. L'Église est pourfendue; clercs et laïcs sont atterrés.

Une culture nouvelle jaillira inévitablement de ces craquements historiques.
Avec le Salon Beige voulez-vous participer à cette émergence ?

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On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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6 commentaires

  1. Magnifique texte. Magnifique photo. Merci SB

  2. Tout est dit, c’est aussi parfait que la flèche de Violet le Duc !

  3. Cette cathédrale a été construite par un évêque. C’est l’évêque de Paris actuel, qui peut rénover cette cathédrale, car la cathédrale est le lieu de la cathèdre, le siège de l’Evêque : c’est sa fonction essentielle, son essence. L’évêque a les grâces d’état pour s’occuper de sa cathédrale, et confier des travaux à qui il veut. Viollet-le-Duc s’était-il vu confier les travaux par l’évêque de l’époque, ou par l’Etat ? C’est cela qui a fondé, ou non, sa légitimité à agir. Toujours est-il que c’est autour de cette flèche de M. Viollet-le-Duc, qui a si mal supporté le temps (à peine un siècle et demi), que se sont engagés les travaux de rénovation ayant conduit à la catastrophe actuelle. Sans M. Viollet-le-Duc notre cathédrale serait probablement encore là. Car les évêques construisent pour leur troupeau et pour les siècles, les architectes construisent pour leur gloire. Ce qui fait une différence énorme !
    Kevin Georges

  4. Kevin Georges: qui vous a dit que les travaux de rénovation de la flèche ont conduit à la catastrophe actuelle? On n’en sait encore rien : les travaux n’avaient pas encore commencé: on construisait l’échafaudage, sans aucun chalumeau ou outil chauffant. You jump to conclusion en disant “Sans M. Viollet-le-Duc notre cathédrale serait probablement encore là” mais votre conclusion est probablement fausse et n’apporte rien à votre démonstration. En revanche je suis d’accord avec vous quand vous dites: “C’est l’évêque de Paris actuel, qui peut rénover cette cathédrale” car vous apportez de bons arguments. Excusez moi svp car j’ai l’air de distribuer des points, mais ce n’est pas mon intention du tout.

  5. Magnifique réflexion !
    Mais notre monde a cessé d’être chrétien, alors il faut s’attendre au pire pour le projet de reconstruction de la flèche de Notre-Dame. Nous nous sentons impuissants devant ce qui se prépare, hélas.
    En écho à la phrase du grand pape que fut Pie XII, citons Fra Angelico : «Pour peindre le Christ, il faut être du Christ».

  6. C’est l’Île de la Cité tout entière qui semble devenir l’objet des désirs de requins de la finance.

    Notre monde fout vraiment le camp.

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