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L'Eglise : L'Eglise en France

Ne pas confondre responsabilité éthique de l’État, garant du Bien Commun, et interventionnisme

De Cyril Brun sur l'Observatoire socio-politique du diocèse de Fréjus-Toulon :

"Nous pourrions rappeler ici que l’économie doit bien être au service de l’homme et non l’inverse, mais à quoi cela servirait-il ? Qui n’en est pas convaincu, sinon celui qui a intérêt à ce qu’il en soit autrement ? Le problème est d’autant plus complexe que ses racines sont anciennes, tentaculaires et multiples. Mais l’incapacité actuelle à régler le problème est fondamentalement politique. L’économie n’est autre que l’ensemble des relations de production de biens et de services mis à la disposition de l’homme pour son épanouissement. L’économie n’est qu’un aspect du ‘vivre ensemble’ de l’humanité et elle n’en est qu’un service parmi d’autres ou, plus exactement, combiné aux autres. Laissé à lui-même, ce service s’est considérablement hypertrophié, au détriment de l’équilibre de l’homme lui-même, allant jusqu’à inverser les rapports, pour faire de/mettre l’homme un/au service de l’économie. C’est ainsi que l’on a pu entendre : «  l’entreprise est là pour faire du profit et le client est le moyen de faire du profit ».

L’économie, de soi, n’est qu’une science, une réalité concrète. C’est bien au politique de donner une âme, c’est-à-dire une direction, bref, une éthique à l’économie. Si le politique ne remplit pas ce rôle, l’économie est de fait livrée à elle-même. Mais donner une direction à l’économie, suppose que le politique sache, lui-même, où aller. Et là est le véritable fondement du problème actuel. Quelle vision de l’homme a, aujourd’hui, le politique ? […] Or pour servir l’homme en vérité, il faut avant tout le connaître. Le problème aujourd’hui est de nature anthropologique. Remettre l’homme au centre des préoccupations est le seul moyen de sortir de la crise. […] Comment un système où le technique (le monde économique) a pris le pas sur l’éthique (le monde politique) peut-il être conduit autrement que de manière aléatoire ? Bien entendu, derrière cette question, se pose celle, épineuse pour nombre de chrétiens, du libéralisme. Mais il ne faudrait pas confondre responsabilité éthique de l’État, garant du Bien Commun, et interventionnisme. C’est le rôle fondamental de l’État de garantir le Bien Commun et non celui de l’économie. Certes, si l’homme était absolument et en toute occasion vertueux, nous n’aurions pas besoin d’un garant du Bien Commun. […]

Laisser à l’homme la libre entreprise est tout à fait conforme à sa dignité et en parfaite cohérence avec le principe de subsidiarité. Mais laisser à l’homme la libre entreprise suppose qu’il a admis et compris sa responsabilité au service du Bien Commun. Et ici le rôle de l’État – mais aussi des familles – est irremplaçable. C’est donc aussi à l’État de remettre de l’ordre, c’est-à-dire de réordonner l’économie et la finance au service du Bien Commun, entendons de l’épanouissement de chaque être humain. Si cette remise en ordre ne peut se faire de manière immédiate, le remède pouvant être pire que le mal, il convient toutefois de se mettre en route dans cette direction."

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Merci,

On ne lâche rien, jamais !

Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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6 commentaires

  1. Formulation ambigüe : Etat-arbitre, Etat-justicier, Etat-stratège ?
    Ne serait-ce pas à la société dans ses corps intermédiaires naturels d’avoir le poids et donc les libertés pour équilibrer l’économie dans le sens de la dignité de l’homme ?
    Sans recevoir de définition concrète et incarnée dans chaque corps social de base de la société, et défendue par chacun d’entre eux au travers de droits reconnus (et d’institution les accompagnant) il est difficile de parler de Bien commun selon une anthropologie générale.
    Car l’absolutisme de l’Etat (que précéda les théories de l’absolutisme du pouvoir royal) a plus fait pour instaurer du relativisme moral que le libre échange économique : séparer l’Etat de toute définition de l’Ethique est certainement la première manière de retrouver le sens du Bien Commun.
    Ce qui doit être commun, le Bien Commun, n’est plus commun, si l’Etat le gère sans la société et ses corps naturels, dont les droits et principes d’existence précèdent ceux de l’Etat. Il est discutable de penser que c’est à l’Etat de définir l’éthique propre à l’économie : quel est le ressort éthique qui donnerait à l’Etat cette légitimité et cette capacité ? Sur le plan de la DSE, je ne le comprends pas.
    C’est en cela que le libéralisme économique est moins néfaste que l’étatisme à la française, et l’étatisme en général.
    L’Etat est un arbitre du Bien Commun, il remplit une fonction de justice, etc…. ; mais en aucun cas, il ne peut en être la source morale.
    C’est à la société, éclairée en effet par une anthropologie (avec le socle de la loi naturelle) qu’appartient le droit de définir la morale commune.
    Voilà pourquoi les sociétés harmonieuses et créatrices de richesses morales, humaines, économiques, culturelles, artistiques etc…. ont historiquement fondé leur existence sur des corps sociaux forts, libres et puissants, avec le minimum d’Etat.

  2. PG, vous oubliez encore une fois de rappeler au nom de quelle idéologie les corps sociaux ont été massacrés, défaits, dissouts, dès le XVIIIème siècle pour la France et l’Angleterre : cette idéologie est celle du libre commerce, qui est née du libéralisme. Relisez Turgot, si vous ne me croyez pas.
    [Mais comment peut-on écrire pareille contradiction ? Le libre commerce qui “massacre, défait et dissout” n’est par définition non-libéral.
    Votre problème est de croire qu’il s’agit d’un système. C’est typique des catholiques ça, que de vouloir mettre les gens, les choses et les idées dans des cases.
    Il faudra se défaire un jour de cette façon de penser.
    MJ]

  3. Cher MJ, si vous n’êtes pas d’accord avec ce que j’affirme, veuillez répondre à ces quelques questions :
    – le libéralisme est-il l’état non seulement naturel, mais encore historiquement dominant de l’histoire humaine ? En somme, fait-il son apparition à une époque que l’on peut dater, ou a-t-il toujours été là ?
    – Turgot est-il oui ou non considéré comme un auteur et un politique libéral ?
    – Turgot a-t-il oui ou non libéralisé le commerce de grain en France sous le règne de Louis XVI, avant que de reculer devant la spéculation qui s’est immédiatement mise en place ?
    -Turgot a-t-il, oui ou non, supprimé les jurandes, c’est-à-dire les corporations, préparant l’essor de l’économie libérale à travers la révolution industrielle ?
    [Pour la datation du libéralisme, je peux vous renvoyer à ce texte de Benoît XVI :
    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2011/09/lessence-du-lib%C3%A9ralisme-senracine-dans-limage-chr%C3%A9tienne-de-dieu.html
    “l’essence du libéralisme à partir de ses fondements, montrant qu’elle s’enracine dans l’image chrétienne de Dieu : sa relation avec Dieu dont l’homme est l’image et de qui nous avons reçu le don de la liberté. […] le libéralisme, sans cesser d’être libéralisme, mais au contraire pour être fidèle à lui-même, peut se lier à une doctrine du bien, en particulier à la doctrine chrétienne du bien, qui lui est connaturelle, offrant ainsi une contribution précieuse à la résolution de la crise.”
    Vous en conclurez ce que vous voulez.
    Turgot, avant d’être libéral -ou pas- est un ministre.
    Ce qui rend caduque votre 3e question et même tout votre raisonnement puisque l’Etat a pour mission de garantir le Bien Commun par l’exercice de la justice et non de planifier l’économie. On planifie l’économie en levant des impôts ou en supprimant les frontières, mais cela reste de la planification. Et comme vous le constatez, c’est bien souvent un échec. Car, de fait, c’est l’Etat qui impose des règles “par en-haut” au secteur économique, alors que c’est aux acteurs économiques de définir leurs règles, selon le contexte, l’Etat devant garantir la justice.
    Me suivez-vous ? Désolé si c’est un peu moins simpliste que de caser les gens dans des cases, “libéral”, “pas libéral”…
    Le fait de supprimer par un coup de baguette magique, que l’on appelle une loi, les corporations, comme les jurandes, est, en soi, le contraire d’une attitude libérale. Les imposer par en-haut également.
    MJ

  4. Ce texte comme bien des textes d’intellectuels catholiques a l’inconvénient, comme la charte signée pour les primaires socialistes, de pouvoir être interprété de bien des façons, chacun mettant ce qu’il veut derrière. Ainsi une phrase comme “il ne faudrait pas confondre responsabilité éthique de l’État, garant du Bien Commun, et interventionnisme” pose le problème sans le résoudre. Les politiques interventionistes dans le domaine social et économique se font toujours au nom du bien commun, y compris les niches fiscales dont on cherche maintenant à se débarasser. Ce n’est qu’après coup que l’on voit leur nocivité.
    De même “C’est le rôle fondamental de l’État de garantir le Bien Commun et non celui de l’économie” est une phrase qui a déjà été utilisée par les communistes et les nazis entre autres, phrase que ne manquerait pas d’approuver tous les énarques qui depuis plus de 30 ans endettent la France. Tout cela pour dire que ce n’est pas avec des réflexions de ce type que l’on va contribuer à améliorer la situation économique et sociale.

  5. @ JG
    Dans la droite catholique on a idéalisé les corporations ou jurandes : elles correspondaient à un type d’activité, l’artisanat et le petit commerce, mais certainement pas au commerce international et à l’industrie ou à des modes de production pré industriel, qui existent depuis le Moyen Age.
    Cela correspond à une vision historique inexacte de l’histoire : le commerce international du blé existait au Moyen Age, car chaque année on tentait de prévoir les moissons dès le printemps en observant la levée et la pousse des céréales. Et donc, s’il y avait de fortes inquiétudes de mauvaises récoltes, dans les grandes villes, les édiles et les marchands posaient des sortes d’ “options d’achat” à l’autre bout de l’Europe dans des régions que l’on pensaient épargnées par les intempéries.
    C’était du commerce international de matières premières. Idem pour les draps et tissu : le père de St François d’Assise épousa une française d’où le nom de son fils, rencontrée en se rendant dans les foires internationales de la vallée de Lyon et de Troyes.
    Il faut arrêter cette vision romantique de la vie de nos ancêtres ”pieux laboureurs et bergers ennemis du commerce et de l’argent”.
    On a construit de très belles églises dans beaucoup de petites villes, des abbatiales dans les monastères, mais pensez vous que sans l’argent de la bourgeoisie marchande des villes il eut été possible de construire les cathédrales ?
    Ce présupposé selon lequel le commerce n’est que de l’argent et non pas de l’échange et donc du service rémunéré n’a rien à voir ni avec la réalité ni surtout avec la pensée chrétienne.
    M J a raison de vous rappeler que c’est par la violence légale centralisée de l’Etat révolutionnaire, et sans concertation des intéressés, que les libertés d’association des corporations et jurandes de métiers ont été abolies : c’est la nuit du 4 Août et ses suites logiques des lois Le Chapelier et d’Allarde.
    Mais il faut savoir que Louis XV avait aussi créé une autre liberté : celle de travailler sans jurandes et corporations. Le Fbg St Antoine était ainsi un quartier pré-industriel où on fabriquait ”à la chaine” des modèles de meubles standardisés, mais moins chers et exportables, dont il existe aujourd’hui encore plusieurs dizaines d’exemplaires de chaque et dont certains portent même les noms de leurs créateurs ou producteurs et sont très recherchés : la commode ”Louis XV” fut un ”produit industriel” du luxe français également.
    L’Etat qui crée de l’éthique économique se trompe toujours : par contre quand il harmonise et coordonne par son action selon les besoins exprimés et mis en forme préalablement et librement au travers des corps sociaux contractants, il est juste. S’il existe une ”politique économique”, elle commence par respecter dans la société les modes d’expression et les institutions qui structurent socialement l’économie, et ensuite les réguler entre eux, en tenant compte de la science économique vraie, celle des libertés au service du Bien Commun. Ce qu’on appelle le libéralisme économique ou l'”ultra libéralisme” chez les monopolisateurs ou clients lobbyistes de l’Etat, expression dont je regrette qu’elle soit utilisée parfois au sein de la droite nationale.
    Les lobbyistes de l’Etat, les hommes de l’Etat et leurs idéologies disent que c’est l’Etat le Bien Commun, car ils assimilent la forme institutionnelle contingente au besoin moral permanent.
    Ce n’est jamais innocent ni indolore.

  6. PG, vous avez de la chance qu’on passe vos réponses aux commentaires. Les miennes sont censurées. Il n’y aura donc pas de discussion.
    [C’est faux. Vos commentaires ne sont pas censurés.
    En revanche, les 2 lignes que vous avez pu écrire et dans lesquelles vous avez glissé malencontreusement les termes “imbéciles” et “catholiques d’extrême-droite” n’ont pas été publiées. Je me suis dit que vous aviez plus de vocabulaire ou que vous aviez cliqué trop vite… pour que votre commentaire entre dans le cadre d’une “discussion”.
    Mais je vous rassure, quand PG fait des commentaires hors-sujet, du type “lepéno-centré”, il n’est pas publié non plus.
    MJ]

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