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Démographie

Natalité : Le problème n’est pas matériel. Il est culturel et spirituel

Natalité : Le problème n’est pas matériel. Il est culturel et spirituel

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En 1992, dans un livre de science-fiction, la romancière britannique P. D. James imaginait un monde dans lequel la natalité baisserait inexorablement. L’humanité deviendrait progressivement infertile. L’intrigue du roman, paru en français sous le titre Les Fils de l’homme, commence en 2021. C’est cette année-là, imagine l’auteure, que naît le dernier bébé humain…

La faute au Covid ?

L’an dernier pourtant, au tout début de la pandémie, j’ai bien cru que nos amis italiens, qui étaient confinés, allaient résoudre leur problème de natalité. Si nous sommes enfermés à la maison, nous aurons davantage d’occasions de faire des bébés… Autant vous dire que je m’étais complètement trompé. Les Italiens n’avaient ni le cœur à rire, ni l’esprit sous la couette. Chez eux, comme dans beaucoup de pays, la pandémie a conduit à une nouvelle chute de la natalité. J’attendais naïvement un baby-boom. On parle de « baby-flop ». Voire de « baby-crash ». Beaucoup de couples ont abandonné ou différé leur projet d’enfant.

En France, il y a eu 13 000 naissances en moins en 2020. On n’a jamais fait si peu de bébés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les morts du Covid occupent tout le débat politique. Les naissances sont passées par pertes et profits.

Mais la pandémie n’explique pas tout. Les pays développés sont tous confrontés à des problèmes de natalité. Le Japon est une société plus que vieillissante. La Chine a renoncé à sa politique de l’enfant unique. Et pourtant, elle n’a pas réussi à inverser la tendance. Le cas de la France a ceci de particulier que, longtemps, notre pays a plutôt bien résisté. Mais c’est aujourd’hui terminé. Pourquoi ? En partie, sans doute, parce que la politique familiale a été lentement détricotée. Avec, par exemple, la mise sous conditions de ressources des allocations familiales sous François Hollande. Signe de ce complet désintérêt, lorsqu’Édouard Philippe était Premier ministre, la famille ne disposait même pas d’un secrétariat d’État ! Dans ces conditions, une politique de soutien à la natalité, ce n’est même pas la peine d’en parler…

Peut-on y faire quelque chose ?

Alors, en Europe, certains gouvernements ont pris le taureau par les cornes. À vrai dire, ce ne sont pas ceux que l’on cite souvent dans les médias français pour en dire du bien. Mais L’AntiÉditorial va chercher les idées là où elles sont, sans filtre.

Prenons donc la Pologne. En 1946, ce pays comptait 23,6 millions d’habitants. Le chiffre n’a cessé de monter jusqu’à la chute du communisme, atteignant 38 millions. Mais l’ouverture des frontières a entraîné une très forte émigration, accélérée encore à partir de 2004 par l’entrée dans l’Union européenne. Et évidemment, ceux qui quittent un pays sont rarement des personnes âgées. On estime qu’il y aurait 10 % d’enfants en plus en Pologne si les frontières étaient restées closes. Depuis 2012, il y a plus de décès que de naissances. Pour renouveler une population, il faut 2,1 enfants par femme. Le pays est tombé à 1,23 en 2003. La Pologne devrait perdre 4 millions d’habitants d’ici 2050.

Alors, le gouvernement conservateur du parti Droit et justice a lancé un programme de soutien aux familles. La mesure phare s’appelle 500+. Chaque famille reçoit 500 zlotys, soit l’équivalent de 125 euros par mois, à partir du second enfant. Ce sont ces allocations familiales à la française, sans condition de ressources, que nous avons abandonnées. C’est un engagement fort, puisque ces allocations représentent autour de 7 % du budget de l’État.

En Hongrie aussi, depuis quelques années, le gouvernement multiplie les actions en faveur de la natalité. En 2015, il institue des prêts immobiliers à taux zéro et des déductions fiscales pour les familles. En février 2019, Viktor Orbán annonce plusieurs mesures incitatives. La plus médiatique est l’exonération d’impôts à vie pour les mères de quatre enfants. Quelques mois plus tard, c’est un prêt de 30 000 euros qui est proposé. Les familles mariées avec trois enfants seront dispensées de le rembourser, à condition qu’il s’agisse d’un premier mariage. Début 2020, la Hongrie lance même un « programme pour la reproduction ». Il entend soutenir les 150 000 couples du pays qui éprouvent des difficultés à procréer. Après les impôts, la science ! Budapest souhaite rendre la PMA gratuite et développer les cliniques spécialisées dans la fertilité. La Hongrie consacrerait aujourd’hui 4 à 5 % de son PIB au soutien à la natalité.

Est-ce que ça suffit ?

En fait, ces politiques familiales et ces mesures natalistes sont nécessaires, mais insuffisantes. On ne fait pas des bébés seulement parce que l’on va toucher les allocations familiales. Par exemple, la ville de Versailles offre une prime de naissance de 144 € pour le troisième enfant. Elle est versée sous forme de « tickets service », autrement dit, de bons d’achat. Je ne sais pas si les Versaillais ont plus d’enfants que les habitants des communes voisines. Mais si c’est le cas, il serait étonnant que ces bons d’achat en soient la cause principale…

En Pologne, juste après l’introduction du programme 500+, le taux de fécondité est remonté : 1,29 en 2015, 1,36 en 2016, 1,45 en 2017. Mais en 2019, il s’effritait à 1,42. En revanche, le programme a été efficace comme instrument de redistribution sociale. Il a fait chuter le nombre d’enfants pauvres, et il a même réduit de moitié le taux d’extrême pauvreté des enfants.

En Hongrie, la politique familiale a réussi à augmenter, de manière spectaculaire, incontestable, le nombre de mariages. Pour le taux de fécondité, c’est moins évident. Le pays est tombé à 1,25 enfant par femme en 2010. C’est remonté à 1,55 en 2018. Soit, c’est mieux. Mais cela reste encore un des taux les plus faibles d’Europe. Le taux serait de 1,56 en 2020, d’après les sources officielles. Cette stabilité signifierait que le pays a réussi à éviter le « baby-crash » pandémique, mais pas le baby-blues endémique. La Hongrie reste encore loin du seuil de renouvellement des générations.

Mais alors, c’est quoi le bon moyen ?

Dans une récente tribune, un géographe français avance une hypothèse peut-être sulfureuse, mais intéressante. Le problème, estime-t-il, n’est pas matériel. Il est culturel et spirituel. En gros, l’enfant est devenu un produit de consommation comme un autre. On sait le fabriquer in vitro, et c’est un magnifique progrès contre l’infertilité. On peut même se le procurer contre argent, c’est le cas avec les mères porteuses. Mais enfin, si c’est un produit, il coûte cher. Et donc, on peut préférer s’en passer, choisir autre chose. Nous sommes devenus tellement individualistes que l’idée de faire des enfants pour transmettre cette culture et cette civilisation qui nous ont été léguées ne nous vient même pas à l’esprit. C’est cela qu’il faut changer. À vrai dire, c’est un peu la stratégie du Premier ministre hongrois, telle qu’il l’a définie dès 2015. Viktor Orbán affirme alors que « la civilisation et la culture européenne » sont l’enjeu de sa politique. Il faut, dit-il, « remettre les familles au centre de la politique européenne ».

Quel est le vrai enjeu ?

En fait, tout le monde est à peu près d’accord. Certains pour s’en réjouir, d’autres pour le déplorer, certes. Mais le choix est simple : c’est soit l’immigration, soit la politique nataliste.« Si les pays riches ne peuvent pas augmenter leur taux de natalité, ils devront envisager d’autres solutions. Une plus grande ouverture aux migrants, qui sont normalement en âge de travailler lorsqu’ils arrivent, pourrait atténuer le problème. » C’est ce que je lis dans The Economist, l’hebdomadaire libéral, favorable à l’ouverture des frontières. À partir du même constat, à Budapest, on défend le choix contraire. Pour que la Hongrie reste hongroise, les Hongrois doivent faire plus de petits Hongrois.

En janvier dernier, dans une tribune publiée par Valeurs Actuelles, une vingtaine de parlementaires français menés par Laurence Trastour-Isnart, la députée LR des Alpes-Maritimes, ont appelé à une « refondation de la politique familiale ». Au « pari d’une immigration de masse », ils opposent « la transmission de notre culture et la sanctuarisation de notre civilisation ». Contre « l’hiver démographique », écrivent-ils encore, il faut prendre « des mesures fortes comme c’est le cas en Hongrie. » En somme, pour faire des bébés français, adoptez un Hongrois.

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