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Homosexualité : revendication du lobby gay / L'Eglise : L'Eglise en France

Mgr Centène : “Depuis Antigone jusqu’au procès de Nuremberg, l’histoire nous a appris qu’il ne suffit pas qu’un texte soit légal pour qu’il soit légitime”

Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes, a afait paraître ce matin une tribune dans Le Figaro, sous le titre "Le Roi est nu". La voici :

C"Pour n’avoir pas osé dire, dès qu’ils s’en aperçurent, qu’il n’y avait
pas de fil sur la navette du tisserand, les courtisans du conte d’Andersen[i]
exposèrent leur roi à exhiber sa nudité à la face de la Cour. Il fallut le cri
d’un enfant pour ouvrir les yeux de tous. La morale de cette histoire est d’une
étonnante pérennité. Elle nous invite à ne pas céder lorsque l’idéologie
dominante semble l’emporter sur la vérité.

Depuis quelques mois tisserands et tailleurs s’agitent dans l’ombre pour
confectionner un « mariage pour tous » à la mesure des
« couples » de même sexe. Ils consultent des gens qui sont de leur
avis et refusent tout véritable débat national sur le sens et la nature de la
famille. Là aussi c’est la voix de l’enfant qui nous ramène à la vérité et nous
ouvre les yeux.
Ce cri d’enfant, nous l’avons entendu samedi dernier à Reims lorsqu’un jeune
adopté s’est écrié : « à l’orphelinat, les enfants rêvent tous d’un
père et d’une mère, pas de deux papas ou de deux mamans
[ii]. »

Parce qu’il ne tient pas suffisamment en compte de l’enfant, le projet de
loi sur le « mariage pour tous » constitue une dénaturation du mariage
et un détournement de l’adoption.
Il ouvre un boite de Pandore dont le contenu
met en péril les fondamentaux d’une société déjà bien malade de ses manques de
repères.

1)      Une dénaturation du mariage.

Le mariage n’est
ni la reconnaissance publique de l’amour entre deux personnes, ni un contrat
dont les termes seraient aléatoires. Il est une institution dans laquelle un
homme et une femme s’engagent en vue de la procréation et de l’éducation de
leurs enfants. Quand les pouvoirs publics légifèrent sur le mariage ils ne
légifèrent pas sur les sentiments mais sur une institution. C’est parce que
cette institution est ordonnée au bien commun de la société qu’elle bénéficie
de la faveur du droit, tant sur le plan fiscal que sur le plan patrimonial.
Ce
n’est pas l’amour de deux êtres, c’est le service du bien commun qui justifie
son statut particulier.

C’est la
complémentarité homme-femme inscrite au cœur de la nature qui en assure la
fécondité tant au niveau de la transmission de la vie que de l’œuvre éducative.

C’est la
différence sexuée objective, et non l’orientation sexuelle subjective, qui
fonde le mariage. Comment des enfants élevés par des parents de même sexe vivront-ils
une phase de construction aussi importante et universellement reconnue que le
complexe d’Œdipe ?

Le « mariage
pour tous » ne consiste pas à ouvrir aux homosexuels une situation qui
leur était interdite par l’arbitraire des lois et donc à créer plus d’égalité
et de justice, il consiste à modifier l’institution du mariage pour la leur
rendre accessible. Cette modification est une révolution anthropologique sans
précédent car elle dissocie de manière définitive la procréation de la
sexualité, le mariage de l’engendrement, la famille de la nature
. Quelle
cohérence y a-t-il à prétendre entrer dans une institution quand pour y entrer
il faut la détruire ?

2)      Un détournement de l’adoption.

La filiation adoptive est une fiction juridique destinée à donner une famille
à un enfant qui n’en a pas : elle est en faveur de l’enfant. Elle vise à
atténuer pour lui le malheur d’avoir perdu sa famille en lui donnant une
famille de substitution dans laquelle il pourra retrouver les repères qui lui
permettront de se construire  humainement
et socialement. Elle consacre un droit de l’enfant non un droit à l’enfant. En
effet, si le désir de se perpétuer dans une descendance est naturel, le droit à
l’enfant n’existe pas et ne peut pas exister. Cela reviendrait à en faire un
objet que l’on pourrait posséder.

Le but de l’adoption est de satisfaire le besoin de famille qu’un enfant
abandonné ou orphelin peut ressentir et non de combler le désir d’enfant d’un
couple.
Moins encore de profiter du malheur d’un enfant pour l’instrumentaliser
au profit d’une construction arbitraire qui ne pourra apparaitre que comme un
artifice. Ouvrir l’adoption aux couples homosexuels c’est rendre à jamais
illisible la filiation des enfants adoptés  à une époque où toutes les
découvertes de la psychologie nous montrent combien il est important de savoir
d’où l’on vient.

3)      Une boite de Pandore.

Pour mesurer les conséquences du « mariage pour tous » il ne
suffit pas de constater que tel ou tel enfant qui vit dans un couple homosexuel
semble heureux aujourd’hui. Ce type de réforme ne peut s’apprécier que sur
plusieurs générations au regard des évolutions qu’il suscite.

La loi sur « le mariage pour tous » n’est pas encore votée
qu’on nous promet déjà des amendements visant à autoriser la procréation médicalement
assistée
. Sauf à introduire une discrimination intolérable entre les couples
homosexuels féminins et les couples homosexuels masculins, cela ouvrira la
possibilité de recourir à des mères porteuses
. La nature est ainsi faite que
l’hétérosexualité est indispensable à la vie. Cela relève du principe de
réalité. La loi ne peut rien y changer. Le « mariage » homosexuel,
s’il veut s’épanouir dans une filiation, sonne le glas du mariage à deux ou
fait entrer l’humain dans la catégorie des biens de consommation
commercialisables. On n’a jamais vu une femme riche porter l’enfant d’un couple
pauvre, fût-il homosexuel.

Le « mariage pour tous » fait aussi tomber le tabou de
l’inceste
. En effet, le tabou de l’inceste n’est pas inné. Il s’est établi
de manière empirique au long des siècles. C’est à force de constater que les
unions endogames finissaient toujours par produire des enfants dégénérés que
l’exogamie s’est imposée. Au nom de quoi pourrait-on les interdire dans le cas
d’unions homosexuelles par définition stériles et donc peu susceptibles de
provoquer une dégénérescence de l’espèce ? « Cessante ratione legis, cessat lex[iii]

La boîte de Pandore réserve encore bien des surprises.

Au-delà des circonstances de l’espèce, la loi sur le prétendu
« mariage pour tous » pose aussi la question de l’attitude qui doit
être celle des citoyens  face à une loi
contraire au bien commun. Depuis Antigone jusqu’au procès de Nuremberg,
l’histoire nous a appris qu’il ne suffit pas qu’un texte soit légal pour qu’il
soit légitime quand l’intérêt supérieur de l’humain est en cause
. Quelle
attitude observer vis-à-vis d’un régime qui croit pouvoir bafouer le bien
commun fondé sur le droit naturel ? Le positivisme juridique dont il fait
preuve n’est pas compatible avec l’objection de conscience. Les mandats électoraux
ne pourront-ils être brigués que par des personnes disposées à faire litière de
leur conscience ? Cela fera-t-il grandir la crédibilité d’une classe
politique déjà bien contestée dans sa capacité à résoudre les vrais problèmes
auxquels la société est confrontée en ce début de XXIème siècle :
récession économique, dissolution du lien social, montée de la
délinquance ? A quelles résurgences du communautarisme faut-il
s’attendre ? Si la loi n’est plus un socle commun pour la nation, qui
pourra garantir la stabilité du pacte social ?

Notre société est déjà bien fragilisée par la perte des repères qu’elle subit
depuis des décennies ainsi que par la crise économique endémique que la
mondialisation étend à l’ensemble de la planète. Quel sera le prix à payer par
l’humanité pour les bouleversements que le « mariage pour tous » nous
laisse entrevoir?

Si nous voulons éviter au roi le désagrément d’aller nu de par les rues
et épargner à nos enfants la vision de ce triste spectacle, osons dire dès
maintenant qu’il n’y a pas de fil sur la navette du tisserand.


[i] Hans Christian ANDERSEN, Les habits neufs de l’Empereur,
1837

[ii] Témoignage donné à Reims à l’occasion de « la manif
pour tous », le 08 décembre 2012

[iii] Adage du droit Romain : « Lorsque le motif de la
loi cesse, la loi elle-même cesse.»

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7 commentaires

  1. Votre article est un modèle pour qui cherche un argumentaire sur le sujet, et il est de plus parsemé de quelques touches humoristiques : “éviter au roi le désagrément d’aller nu de par les rues et épargner à nos enfants la vision de ce triste spectacle”, on a bien l’image 🙂
    Merci Monseigneur !

  2. Bravo et Merci! TOUT est dit. Sans un mot confessionnel. Sans une allusion homophobe.
    Un petit chef d’oeuvre sur le fond et sur la forme. Esprit-Saint tu es là…
    Et je vais pouvoir faire du tri dans mes coupures de presse ! 😉

  3. C’est magnifiquement dit !!

  4. Appartenant à une génération qui s’est désolée d’entendre insuffisamment ses pasteurs lors du vote de lois scélérates dans les années 70, je me réjouis et remercie tous les évêques et les prêtres qui nous précèdent et nous aident à être, à notre tour, prêtres, prophètes et rois (mais pas nus).

  5. Bravo et merci Monseigneur, un texte remarquable, dans lequel je reconnais votre clarté, votre précision, et votre humour. a travers vos textes, vos homélies,votre livre, vous mettez magnifiquement en oeuvre votre devise épiscopale “pour que les générations à venir Le connaissent”. Rendez vous le 13 janvier!

  6. Merci à Dieu au Saint esprit de vous avoir inspiré Monseigneur.
    Nous serons des millions, c’est à dire plus d’un, à le dire humainement, sans jactance donc avec la force de la raison et appuyer sur une anthropologie universelle, le 13 janvier.
    Ce projet est effectivement fondé sur un déni d’humanité, déni de réalité, déni du couple, déni de l’enfant, un déni déjà rencontré par le passé sous d’autres formes, mais la racine est la même; mortelle. L’honnête homme qui a la mémoire du XX° sait en outre que l’heure est grave et que c’est au moment où l’histoire hésite qu’il faut se lever et avoir le courage de dire non aux imposteurs, oui à la vie, à la dignité humaine et donc non à ce projet de mariage qui la bafoue. Avec notre soutien,

  7. A l’heure ou certains défilent, c’est un bonheur de découvrir ces lignes.
    Merci pour la clarté des propos.

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