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France : Société

L’urgence démocratique

L’urgence démocratique

« L’urgence démocratique », récemment publié par Philippe Arnon, est un livre surprenant. La crise des gilets jaunes a rendu brûlante cette question de la participation du peuple à son propre gouvernement. Et l’on ne peut que souscrire aux vigoureuses critiques de l’auteur contre le « système » si manifestement oligarchique.

En revanche, bien des idées choquent ou surprennent. J’en prendrai trois exemples. Tout d’abord, le lecteur est frappé par le manichéisme de la démonstration : l’ensemble des idées et des pratiques religieuses, politiques ou économiques relèveraient soit de la démocratie (considérée comme le bien), soit de la « bestialocratie » (considérée comme le mal). Il est pourtant clair que, dans notre pauvre humanité pécheresse, le bien et le mal sont profondément mêlés et le manichéisme, comme toute simplification abusive de la réalité, risque fort d’apporter davantage de maux que d’en soulager.

Par ailleurs, le capitalisme est considéré sans nuance par l’auteur comme relevant de la « bestialocratie ». Pourtant, en soi, le capitalisme n’est ni bon, ni mauvais – exactement comme le travail, dont il résulte (le capital n’étant jamais que du travail accumulé pour accroître l’efficacité du travail ultérieur). Toute la question est de savoir en quelles mains il se trouve, s’il est concentré entre quelques-unes ou, au contraire, largement diffusé – comme nous, catholiques sociaux, le réclamons depuis au moins la fin du XIXe siècle. Le marxisme-léninisme lui-même n’était pas anti-capitaliste, mais concentrait le capital dans les mains de l’Etat, c’est-à-dire concrètement dans les mains des quelques privilégiés du régime.

Enfin, historiquement, l’éloge des anarchistes espagnols – dont on connaît les terrifiantes exactions durant la guerre d’Espagne – m’a semblé un tantinet exagéré. Que la pensée politique et économique anarchiste soit stimulante, j’en conviens volontiers. Qu’en particulier, la dénonciation de la ploutocratie et de l’injustice sociale soit pleinement justifiée, cela me semble évident. Mais d’une part, on voit mal comment la coopérative pourrait devenir l’unique mode de gestion économique (les hommes étant ce qu’ils sont, il est fort probable que, longtemps encore, l’espoir de gains soit l’un des ressorts principaux de l’action économique) ; et d’autre part, les anarchistes n’ont pas été les seuls – ni même les meilleurs – utilisateurs de ce type original d’entreprise. Les catholiques sociaux, au XIXe siècle, avaient beaucoup travaillé ces questions. Et les monastères médiévaux n’ont-ils pas été, dans l’histoire de l’Europe, les plus grands exemples de coopératives avant l’heure ?

Bref, j’aurais plusieurs objections à présenter à l’auteur. Mais, comme la crise des gilets jaunes elle-même, cet ouvrage me semble intéressant à bien des titres.

Le premier, c’est que nous pressentons tous que le cycle ouvert par la révolution libérale de 1789 touche à sa fin. Le peuple, atomisé par l’individualisme, l’explosion de la cellule familiale et la ruine des corporations (sans parler de la destruction plus récente de la nation, dernier corps social naturel qui demeurait debout au milieu des ruines), commence à comprendre que cette « dissociété », comme disait le grand philosophe belge Marcel De Corte, l’écrase et l’humilie. Alors que les constituants de 1789 refusaient avec hauteur toute prétention démocratique, le peuple exige de plus en plus – et avec raison – d’être associé aux décisions qui le concernent. Peut-être peut-on espérer que les mensonges de la propagande disparaissent enfin et que l’on « découvre » que le peuple participait plus aux décisions le concernant en 1750 qu’aujourd’hui ! La revendication de démocratie de l’auteur, comme celle des gilets jaunes, me semble relever de l’attente d’une véritable subsidiarité : prendre les décisions au plus près de ceux qu’elles concernent, à la fois par souci d’efficacité et par souci de légitimité de la décision.

Il me semble également important, pour la réflexion politique, de prendre en compte le caractère « bestial » de l’être humain – ce que nous, catholiques, appelons le péché originel. Là encore, les révolutionnaires ont prétendu bâtir une société fondée sur un type d’homme vierge de tout défaut (l’homme du prétendu « état de nature »). Nous avons payé cher, avec tous les totalitarismes, cette utopie délirante. Ce que l’auteur appelle « bestialocratie » existe bel et bien et tout ce que nous pouvons faire pour domestiquer les mauvais penchants de l’être humain est utile pour la société et pour la civilisation.

Lire ce livre, comme discuter avec des gilets jaunes, ne peut que convaincre de l’actualité de la doctrine sociale et politique de l’Eglise, fondée sur une anthropologie réaliste !

Guillaume de Thieulloy

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Guillaume de Thieulloy
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9 commentaires

  1. Démocratie veut dire pouvoir du peuple. Mais il n’y a plus de peuple, seulement une mosaïque de communautés.
    Quant aux anars espagnols, avec ce qu’ils ont fait aux catholiques …

  2. Plutôt que d’être à moitié d’accord, soyons d’accord à cent pour cent et lire “Pour qu’Il règne” de Jean Ousset, par exemple ou bien un petit ouvrage remarquable, “Le bon travail” de l’Abbé Philippe Rigault. Quant à l’urgence démocratique, si c’est pour avoir la VIè République, elle attendra…

  3. Merci Guillaume de Thieulloy,
    Pour ce constat du présent des bouillonements des peuples de base de la France, car quoique qu’on en dise , l’unicite des peuples de France se fait dans l’Amour de Notre pays car nous sommes bien composes de multiples peuples disparates ‘des peovinces de France auxquels il faut malgre les difficultes rajouter les apports recents migratoires europeens surtout, mais pas que…. assez bien integres depuis la fin du 19e siecle jusque encore la fin des annees 1950.
    Ces peuples unis par le meme amour de la France , sont multiples dans leurs caracteres et il faut etre un ideologue tetu et obtu pour ne pas comprendre que le principe de subsidiarite preche par l’Eglise est la seule solution pour les faire vivre ensemble en belle harmonie.en tenant compte de leurs talents et differences, dans le travail et leurs relations sociales d’entraides en les responsabilisant a la base pour tout ce qu’ils sont capable de faire par eux memes sans avoir continuellement sur leur dos l’etat qui les infantilise tous pour mieux exercer sa dictature.et les charge de taxe comme on chzge un baudet de trop et que comme le baudet s’effondre sous le poids en ecartant les pattes, de meme le Francais s’effondre sous les exces de taxe en ecartant ses pattes virtuelles.
    Merci de rappeler ce Peche Originel dont les conséquences sur empoisonnent toujours l’Humanite par les tendances de l’Homme a tomber dans un ou plusieurs des 7 peches capitaux , chacun cause du defaut dominant de chacun en particulier, qui peut faire
    Un grand Mal dans les relations entre les hommes.
    Un Chef d’Etat est dans une obligation Formelle de tenir compte de ce parametre, quand ses apreciations de jugement des differents groupes sociaux dont il a la charge de par ses fonctions regaliennes.
    En ce sens les Rois de France par l’experience accumulée de generation en generations et transmise au futur Roi suivant des son enfance, ont une efficacite plus grande et sont entraines a voir sur le long terme et pas au guidon des elections.
    Meme maintenant dans les descendances royales non regnantes, les princes sont formés a avoir un juste bon srens qui les rend aptes a etre pret a regner si les peuples font appel a eux.Rares sont ceux sui ne suivent pas de tres pres les evenements dans le Monde en ayant selon leurs ralents des constats comme le votre cher Guillaume de Thieulloy. Loin des positions utopiques de cet auteur dont vous denoncez les erreurs..

  4. la votation suisse, le RIC en france!
    à propos de référendum sur la privatisation des aéroports de paris, j’ai essayé de m’inscrire, l’ordi du ministère de l’intérieur a refusé car ma carte d’identité était périmée depuis deux ans (impossible de la refaire avant 3 ans encore) , j’ai essayé avec mon passeport, l’ordi a prétendu que mon nom ne figurait pas sur les listes électorale de ma commune! j’ai eu beau faire une réclamation avec scan de ma carte d’électeur, rien!

  5. “La démocratie est le pire des régimes, à l’exception de tous les autres.”
    Cette boutade de Winston L.S. CHURCHILL s’avère tristement de plus en plus vraie en France où, hélas, elle se transforme progressivement, mais inexorablement, en démocratie populaire digne des anciens pays du glacis soviétique.
    Pour avoir circulé dans Berlin-Est avant la chute du mur, en tant qu’observateur occidental, je ne peux que constater le glissement progressif de notre malheureuse Patrie vers cette forme de régime où toutes les libertés étaient garanties. Par exemple, la liberté religieuse était garantie (en privé) et, “en même temps), la liberté de propagande antireligieuse en toute circonstance et en tout lieu… De la même façon, on pouvait écrire n’importe quel livre et le faire publier. Il suffisait de trouver un éditeur. D’ailleurs, Georges Marchais l’avait cyniquement reconnu en direct à la télévision en déclarant que, si le PC”F” était au pouvoir en France, Soljenitsyne pourrait faire publier ses livres, à condition de trouver un éditeur. C’était sa vision du “bilan globalement positif” des pays de l’Est à la fin des années 70.
    La France est en bonne voie de faire beaucoup mieux aujourd’hui…
    🤢🤮🤢🤮🤢

  6. Si la bestialocratie est l’exaltation de tout ce que l’Homme renferme de mauvais, alors elle a un nom: l’Islam.

  7. Dans le mot “démocratie”, vous avez toutes les lettres pour écrire le mot “médiocrité”…

    • Et donc … ? Les grecs de l’antiquité, en recherche, étaient-ils tous des imbéciles ?

      Le problème en France, c’est que ça va de plus en plus mal parce que nous ne sommes pas en démocratie ! Celle-ci ne peut donc pas être mise seule en cause.

      Ceux qui nous gouvernent ont la légalité d’un système verrouillé peu démocratique mais qui est celui qui nous gouverne. Le système actuel n’est pas légitime car il ne représente pas les Français, il ne représente pas le peuple de France au nom duquel il prétend parler. La composition de l’Assemblée dite Nationale est l’exemple le plus criant de cette tromperie mais pas le seul.

      C’est incroyable de penser que même le parlement dit européen est plus représentatif des peuples qui constituent la partie de l’Europe qui le compose que le parlement Français par rapport à son propre peuple !

      Faudra-t-il une autre révolution ? Radicale certes mais sans têtes coupées SVP.

  8. @Meltoisan,

    de quelle démocratie parlez-vous ?

    En soit, la démocratie ne définit rien, en ce sens qu’elle est impossible. On ne peut demander son avis à 70 millions de personnes jusqu’à trouver un accord parfait et total, ce que les Grecs avaient désespérément cherché à faire (bon, les rassemblements ne dépassaient pas les 5000 personnes, et déjà, il était impossible de se mettre d’accord). De fait, un semblant de démocratie, via des représentants est à l’œuvre, avec plus ou moins de réussite en fonction des pays…

    Ajoutons à cela, que depuis la malheureuse Révolution, tout à chacun se pique de politique et veut donner son avis sur tout, alors qu’il n’en a pas les compétences… Le seul régime efficace est celui de l’aristocratie, où les plus compétents, les meilleurs se voient confier la marche de la Nation. Exactement comme à l’armée où les officiers prennent les décisions car ils ont été formés à cette fin, dans les entreprises où il y a un patron, dans une famille où le chef de famille décide. En 1500 ans, la France a connu une progression humaine, culturelle et économique réelle, grâce à un Roi, des aristocrates, et une démocratie populaire qui, via les Parlements et les réunions des Etats Généraux, donnait aux villes et régions un indépendance partielle mais réelle… L’Etat centralisé fort, à la mode bolchevique, voulu par les Jacobins, avait pour but d’annihiler ce système bien trop permissif à leurs yeux…

    Bref, ce mot « démocratie » qui dégouline de toutes les lèvres bien-pensantes est une farce, un moyen de contenir la masse qui a l’impression de choisir… La démocratie n’existe pas et n’existera jamais, les empires grecs et romains ont essayé, en vain…

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