L'œcuménisme de Benoît XVI n’est pas un œcuménisme de négociations

Lu sur Sandro Magister :

"En ce qui concerne la communion anglicane, le rapprochement que l’on constate depuis que Joseph Ratzinger est pape est tout simplement stupéfiant. En toute logique, on se serait attendu au contraire. À l'automne 2009, Benoît XVI a promulgué une constitution apostolique intitulée "Anglicanorum Cœtibus" pour organiser l'entrée dans l’Église catholique de communautés entières de fidèles provenant de l'anglicanisme, avec leurs évêques et leurs prêtres. Cette initiative a été immédiatement condamnée – par certains courants catholiques progressistes – comme étant un geste gravement anti-œcuménique, c’est-à-dire une restauration de l'idéologie du "grand retour" et une volonté de l’Église catholique d’"étendre son empire" en arrachant des portions d’Églises rivales. Mais, du côté anglican, l'initiative n’a provoqué aucun rejet.

W"Anglicanorum Cœtibus" a été annoncé simultanément par Rome et par Londres, dans cette dernière ville par le primat anglican Williams lui-même, bien qu’il n’ait pas participé à la préparation du document. Par la suite, des milliers de fidèles et des dizaines de prêtres et d’évêques sont effectivement passés à l’Église de Rome et ont été organisés en "ordinariats" spéciaux, deux jusqu’à présent, le premier en Grande-Bretagne et le second aux États-Unis. Les nouveaux venus ont la possibilité de conserver leur rite liturgique précédent ; les prêtres et évêques, qui sont mariés et pères de famille pour la plupart, sont ordonnés prêtres dans l’Église catholique et continuent à diriger leurs communautés respectives. En termes d’effectifs, les passages de l'anglicanisme au catholicisme dans le cadre d’"Anglicanorum Cœtibus" ont été jusqu’à présent assez limités.

Mais dans le même temps le fossé s’est élargi, parmi les quelque 77 millions d’anglicans existant dans le monde, entre une tendance "liberal" qui est favorable à l’ordination de femmes comme prêtres et comme évêques, aux prêtres et évêques homosexuels, au mariage entre personnes de même sexe, et une tendance beaucoup plus nombreuse qui est fortement opposée à ces innovations. La plupart des gens qui appartiennent à cette seconde tendance sont d’inspiration "evangelical" et ils sont très loin de l’idée de passer à l’Église catholique. Mais cela n’empêche pas la majorité des anglicans du monde entier d’avoir aujourd’hui une perception beaucoup plus positive que par le passé de l’Église de Rome en tant que gardienne autorisée des traditions apostoliques communes contre les dérives modernistes.

[…] L'œcuménisme de Benoît XVI n’est pas un œcuménisme de négociations, de cessions réciproques de souveraineté, d’affaiblissement de la doctrine, ayant pour but de créer une structure acceptable par tous. Il veut simplement raviver la fidélité aux racines de la mission des chrétiens dans le monde, telle que Jésus-Christ l’a voulue. Il veut faire l’unité à partir de cette fidélité. […]

Le primat Williams, dans l’homélie qu’il a prononcée [le 10 mars au monastère Saint-Grégoire-au-Mont-Caelius, à Rome] juste avant celle de Benoît XVI, a qualifié la proximité entre anglicans et catholiques de "certaine", même si elle est encore "imparfaite" :

"Certaine, à cause de la vision ecclésiale commune dans laquelle nos deux communautés sont engagées, parce que l’Église a un caractère à la fois unique et particulier : une vision de restauration de la pleine communion sacramentelle, d’une vie eucharistique qui soit pleinement visible et donc d’un témoignage qui soit pleinement crédible, de manière à ce qu’un monde confus et tourmenté puisse entrer dans la lumière accueillante et transformatrice du Christ. Et pourtant imparfaite, à cause des limites de notre vision et du déficit dans la profondeur de notre espérance et de notre patience"."

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