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Bioéthique / Sciences

L’Intelligence artificielle rappelle à l’homme la grandeur de son destin et l’urgence d’une immortalité qui ne soit pas purement matérielle

Arnaud de Beauchef est professeur à Imperial College (Londres), où il enseigne les mathématiques. Par ailleurs, il dirige un groupe privé de recherche en Intelligence artificielle, avec des applications dans le domaine financier. Il a été interrogé dans le dernier numéro de Monde & Vie sur l'intelligence artificielle, qui est aussi au programme de la révision des lois de bioéthique :

958_Page_01"[…] Si l’Intelligence artificielle fait peur, ce n’est pas en elle-même, c’est parce qu’elle peut conférer à certains hommes une puissance et un contrôle sur leurs semblables qui est sans précédent. En Chine, le système de reconnaissance faciale permet de reconnaître un homme en très peu de temps dans une foule dense. Une fois de plus, c’est l’hybris, c’est la démesure qui guette l’être humain. On a toujours tendance à se dire que la créativité va nous donner la Puissance. Mais quand on contemple les Personnes trinitaires, on retrouve à la source de chaque personne divine une tension entre humilité et puissance, qui représente la véritable perfection de l’être personnel. La gestion du désir et de l’union pour aller vers quelque chose de plus fondamental n’effleure pas la machine, parce qu’elle n’a pas de finalité. D’où la démesure toujours possible. Prenons l’exemple du corps: le corps humain n’est pas une machine, mais selon la perspective dite hylémorphique, il est indivisiblement un mélange de matérialité et d’esprit. Ainsi il n’a pas sa fin en lui-même mais dans ce que l’esprit comprend pour lui. Ce qu’apporte l’Intelligence artificielle au corps, est de l’ordre de la chirurgie esthétique. Elle peut donner l’illusion de la perfection physique, mais la perfection elle-même reste inaccessible. Ce que l’on appelle le cyborg, cet homme soi-disant augmenté et connecté, représente des réalisations comparables à ce que pourrait faire une chirurgie esthétique high-tech, rien de plus. Disons qu’en montrant les ressources de la machine, l’Intelligence artificielle rappelle à l’homme la grandeur de son destin et l’urgence d’une immortalité qui ne soit pas purement matérielle – comme l’est, nous l’avons dit en commençant, l’immortalité d’un programme informatique – mais qui soit vraiment vitale. On est aujourd’hui dans une phase d’émerveillement devant les ressources de la cybernétique. Mais leur pauvreté va apparaître très vite. Il n’y a qu’un seul dépassement qui est Dieu et la connaissance de l’Absolu.

Nous vivons donc selon vous un moment crucial dans l’histoire de l’humanité?

Il me semble qu’on entre dans la troisième phase de l’histoire de l’humanité. On a d’abord analysé les objets comme autant de situations dans lesquelles l’homme se trouve. Ainsi le philosophe présocratique Thalès de Milet se montre capable de prédire une éclipse, en montrant que l’univers n’est ni irrationnel ni terrible mais qu’il obéit aux lois de la raison: l’homme se trouve devant ce que les Grecs appellent un cosmos, un ordre. La modernité nous apprend ensuite à nous centrer sur le sujet humain. Les philosophies de Descartes et de Kant sont caractéristiques de cette réflexion sur le sujet humain, qui prend toujours plus conscience de ses pouvoirs. Aujourd’hui, on observe le système joint sujet-objet, le sujet étant devenu son propre objet, et l’objet étant fabriqué sur le modèle du sujet à travers des recherches biotechnologiques. Le sujet avait longtemps fait écran, cela a été le drame de la modernité. À travers les progrès des sciences, on a maintenant dépassé la fracture entre le sujet et l’objet, ce qui amène à la perspective ultime qui est, au-delà du sujet-objet, l’Esprit lui-même, le Créateur."

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7 commentaires

  1. Il faut dénoncer l’escroquerie sémantique que constitue le mot “intelligence artificelle”.
    Car cela n’a RIEN à voir avec l’intelligence, qui est une faculté spirituelle de l’âme humaine.
    Au contraire de l’intelligence, il s’agit d’une pure mécanique basé sur l’électronique, l’informatique etc.
    Si on tombe dans le piège sémantique, on confondra le modèle et le singe, Dieu et le démon.

  2. votre article sur les analyses de Gunther Anders m’a beaucoup intéressée et troublée;
    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2018/07/cr%C3%A9er-un-conditionnement-collectif-puissant.html
    je suis allée voir de qui il s’agissait, ai lu la recension de Tanguy Wuillème sur “l’obsolescence de l’homme” que j’ai trouvée fort juste et stimulante. Mais bien sûr dans l’analyse fine et intelligente d’Anders je n’ai trouvé aucun moyen de nourrir l’Espérance qui nous permet seule à nous autres Chrétiens de garder confiance. Or il me semble que cet article de “Monde et Vie” vient apporter une réponse à l’analyse rationnelle d’Anders.
    Merci à vous.

  3. L’intérêt de ce mathématicien, ingénieur et représentant, pour des systèmes experts couplés avec des algorithmes complexes, ne doit pas faire perdre de vu que cette personne n’est ni philosophe, ni théologien.
    hier on vous présentait la guerre froide ou l’atome comme une réalité plus importante que la situation spirituelle des gens, aujourd’hui on fait fond sur la mythologie de l’intelligence artificielle distillée depuis des décennies par le film hollywoodien, ou la science fiction.
    réveillez-vous personne n’a pensé “l’objet pensant”!
    ce monsieur parle de l’hylémorphisme en faisant “l’erreur de descartes” dont parle Damasio : nous ne sommes pas et un corps et un esprit, mais nous sommes notre corps, ce qui est tout différent. n’est pas saint Thomas d’Aquin qui veut.
    De plus l’informatique ne pense pas la plasticité des systèmes nerveux, ni celle des corps tout entier, et part du principe que le cerveau est une machine pensante, ce qui n’est pas prouvé, ni très pensé par des ingénieurs.
    la cybernétique ne fait que mimer la pensée.
    il ne faut pas confondre marketing, et manipulation de masse, avec une réelle réflexion sur ces sujets.

  4. J’ajoute que la même escroquerie sémantique est utilisée pour parler de « l’intelligence animale ».
    L’intelligence est une faculté de l’âme intellectuelle (car spirituelle). Les animaux en sont absolument dépourvus.
    Un animal n’a AUCUNE INTELLIGENCE. Il est doué de sensibilité, d’instinct etc, mais en aucun cas d’intelligence.
    Derrière cette escroquerie sémantique se cachent au moins deux choses :
    1) le matérialisme (l’homme n’a pas d’âme), et donc il n’y a pas de différence essentielle entre l’homme et l’animal. D’où la propagande anti-spéciste, l’animalisation des enfants à l’école publique (ils jouent par terre etc.).
    2) la confusion, qui est une œuvre diabolique, pour détruire la création divine dont une part est la “distinction” : distinction entre la lumière et les ténèbres, distinction entre les eaux d’en haut et celles d’en bas, distinction entre l’homme et l’animal.
    La première chose à faire, pour un vrai chrétien, c’est de ne pas tomber dans le piège sémantique. Car le mot forme la pensée, et la pensée forme la vie.

  5. L’intelligence artificielle, comme la reconnaissance faciale ou le CyberKnife ne sont que des outils, merveilleux certes, mais que des outils, nécessairement pilotés par un être humain.

  6. Rappel nécessaire : étymologiquement, animal vient du latin anima, qui veut dire âme.
    Tout ce qui vit a nécessairement une âme, par définition.
    Seulement ce ne sont pas les mêmes âmes.
    Puisque c’est l’âme qui donne la vie.
    Lorsque l’âme quitte le corps, nous sommes morts.

  7. Rappel : étymologiquement animal vient du latin anima, âme.
    La vie, l’âme habite un corps.
    La mort, l’âme quitte le corps.

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