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Culture : cinéma

Leur souffle de Cécile Besnault & Ivan Marchaki

Leur souffle  de Cécile Besnault & Ivan Marchaki

De Bruno de Seguins Pazzis :

Au milieu des paysages chers à Cézanne, Sœur Bénédicte va faire ses vœux perpétuels. Elle s’apprête à vivre cloîtrée dans une abbaye bénédictine surplombant la vallée de la Durance, à Jouques. Avec d’autres sœurs, elle consacrera ses journées au travail et à la prière.

Scénario : Cécile Besnault, Ivan Marchika. Direction de la photographie : Ivan Marchaki. Réalisation : Cécile Besnault, et Ivan Marchaki.

Ora et laboraDistribué dans seulement 23 salles de cinéma pour toute la France avec la plupart du temps seulement deux séances quotidiennes, on peut dire que Leur soufflen’est pas promu par les distributeurs et les exploitants de salle et qu’il ne bénéficie pas du même engouement que ces derniers  eurent pour Grâce à Dieu, le film anti catholique et anticlérical de François Ozon, le cinéaste  qui, lorsqu’il n’est pas derrière la caméra milite pour le « dé-baptême ».

Il faut dire que Cécile Besnault et Ivan Marchika ne cherchent pas à créer le scandale, encore moins à capitaliser sur lui ! Ils posent très simplement leur caméra dans l’abbaye bénédictine Notre-Dame de la Fidélité à Jouques dans la vallée de la Durance et là, ils filment le quotidien de la vie monastique d’une quarantaine de sœurs bénédictines âgées de 26 à 82 ans. Beaucoup voudront faire le rapprochement ou la comparaison avec  Le Grand Silence (2006) de l’allemand Philip Gröning qui filme les moines de la Grande Chartreuse ou avec De silence et d’amour (2010) du britannique Michael White qui choisit lui de s’immiscer dans le couvent des Carmélites de Nothing Hill à Londres. Certes, il s’agit d’une même famille de films qui s’intéressent à l’observation de la vie monastique. Mais chez Philip Gröning comme chez Michael White, en dépit de la très grande beauté des images, ne transparait pas, parce que les cinéastes ne le veulent pas ou parce qu’ils n’y parviennent pas, le quotidien invisible, l’indicible, le dialogue permanent du moine avec Dieu au point de réduire à des documents de nature ethnologique ce qui aurait dû constituer des expériences contemplatives. Chez Cécile Besnault et Ivan Marchaki, c’est pratiquement l’inverse. Les images sont belles mais reconnaissons qu’elles n’ont rien d’exceptionnel, l’écriture cinématographique développe une syntaxe très simple qui se limitent essentiellement à des plans fixes et longs. Mais ces éléments, que certains considèreront être des faiblesses, sont compensés par une illustration, une mise en évidence très réussie de la règle bénédictine « Ora et labora ».

La grande force du film est en effet de poser un regard approfondi, qui semble de prime abord parfois très long, sur toutes les activités des moniales, qu’il s’agisse du travail ou de la prière. Chaque activité, chaque geste, chaque petite action, même celle de planter des pousses de salade, apparaît comme faite sous le regard de Dieu, pour Dieu, avec Dieu, en Dieu. Les réalisateurs insistent donc volontairement sur la longueur des plans au point de créer un sentiment d’ennui proprement pascalien, cet ennui salutaire qui est l’ennemi du divertissement et qui doit provoquer la réflexion. Cécile Besnault, rentrée entre temps au Carmel, ne peut plus en parler, mais Ivan Marchaki, pourtant incroyant, confirme bien cette intention : « L’ennui est construit pour nous ouvrir à une autre perception et nous permettre d’apercevoir des choses qu’on ne verrait jamais autrement ». Mais il est vrai qu’il faut consentir ou arriver à percevoir cette autre perception, accepter l’effort de cette dilatation du temps. Et ce n’est pas donné à tout le monde car même Mélinée Le Priol, critique cinématographique au journal La Croix finit par trouver que « cette rare plongée dans la vie monastique finit par tirer en longueur »… Aussi, dire que le film est facile ne serait pas juste, mais le spectateur qui veut bien se laisser conduire par nos deux jeunes cinéastes, et abandonner les préoccupations quotidiennes du moment, peut aller jusqu’à joindre sa prière à celle des religieuses, en tous les cas au moins vivre un moment de cinéma contemplatif.

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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