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France : Politique en France

L’Etat jacobin face au respect des particularités provinciales

Extrait de l'éditorial de Monde & Vie, à propos de la victoire des nationalistes en Corse :

M"[…] Que veut réellement Simeoni, aujourd’hui l’homme fort de l’île ? Désire-t-il vraiment doter la Corse d’un statut particulier au sein de la nation française ? Si tel est le cas, rien n’est plus légitime et d’autres provinces historiques pourraient à bon droit formuler la même requête : pourquoi les Lillois devraient-ils être soumis aux mêmes règlementations que les Ajacciens ? Le respect des particularités provinciales ne serait même pas une nouveauté, puisque c’est ainsi que la France s’est construite. Voilà plus de deux siècles qu’au contraire, la centralisation républicaine et le jacobinisme ligotent ses forces vives et asphyxient les énergies locales.

Reste à savoir si les libertés des provinces sont conciliables avec l’État républicain. Sous l’Ancien régime, le roi incarnait la France dans sa diversité et l’État était l’instrument de sa politique et de sa puissance. Après l’assassinat de Louis XVI, les révolutionnaires ont idéalisé la nation et pour sauvegarder l’unité de l’ensemble, l’État s’est fait roi, s’est superposé à la France, l’a investie et soumise. Cette évolution était inévitable : pour conserver la cohésion du corps dont on venait de couper la tête, il fallait que la colonne vertébrale – l’État – se solidifie, au prix d’une sclérose de la société française. C’est toute l’équivoque de la notion d’État-nation, alors que nos aïeux parlaient du royaume. De même parlaient-ils de la France, que nos politiciens résument à la République. Nous ne sommes jamais réellement sortis de cette logique – pas même avec la « décentralisation » en trompe-l’œil entreprise sous la présidence de Mitterrand.

S’y ajoute aujourd’hui la tutelle eurocratique et, à cet égard, le mondialisme des « élites » parisiennes menace davantage l’existence et l’intégrité du pays que l’aspiration des Corses à l’autonomie. Emmanuel Macron en fournit lui-même un bel exemple, comme en témoigne le discours qu’il a prononcé en septembre à la Sorbonne : à ses yeux, la France n’a plus d’autre avenir que celui d’une supra-région intégrée au sein d’un grand ensemble européen supranational. Dans les années 1970, déjà, Giscard d’Estaing estimait qu’elle ne pouvait rien espérer de mieux qu’un strapontin à la Bundesbank."

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