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L'Eglise : Benoît XVI

L’essence du libéralisme s’enracine dans l’image chrétienne de Dieu

Les éditions Parole et Silence vont publier l'ouvrage du sénateur italien Marcello Pera, Pourquoi nous devons nous dire chrétien. Le libéralisme, l’Europe et l’éthique (titre français : Pourquoi nous devons être appelés chrétiens). Le pape avait écrit au sénateur en 2008 sur cet ouvrage :

L "j’ai pu lire ces derniers jours votre nouveau livre Pourquoi nous devons nous dire chrétiens. Ce fut pour moi une lecture passionnante. Avec une connaissance remarquable des sources et une logique convaincante, vous analysez l’essence du libéralisme à partir de ses fondements, montrant qu’elle s’enracine dans l’image chrétienne de Dieu : sa relation avec Dieu dont l’homme est l’image et de qui nous avons reçu le don de la liberté. Avec une logique irréfutable vous faites voir que le libéralisme perd sa base et se détruit de lui-même s’il s’éloigne de ce fondement.

Je n’ai pas été moins impressionné par votre analyse de la liberté et par votre analyse du multiculturalisme où vous montrez la contradiction interne de ce concept, et donc son impraticabilité politique et culturelle. Votre analyse sur ce que peuvent être l’Europe et une constitution européenne par laquelle l’Europe ne se transforme pas en une réalité cosmopolite mais trouve au contraire son identité à partir de son fondement chrétien-libéral est d’une grande importance.

Votre analyse des concepts de dialogue interreligieux et interculturel revêt aussi pour moi une importance particulièrement significative. Vous expliquez avec grande clarté qu’un dialogue interreligieux au sens étroit du terme n’est pas possible, ce qui confère une urgence d’autant plus grande alors au dialogue interculturel qui approfondit les conséquences culturelles de l’option religieuse de fond. Alors que sur celle-ci un vrai dialogue n’est pas possible sans que l’on mette entre parenthèses sa propre foi, il faut débattre dans l’espace public des conséquences culturelles des options religieuses de fond. Ici le dialogue, la correction mutuelle et un enrichissement réciproque sont possibles et nécessaires.

Au sujet de la signification de tout cela pour la crise de l’éthique contemporaine, je trouve important ce que vous dîtes sur la parabole de l’éthique libérale. Vous montrez que le libéralisme, sans cesser d’être libéralisme, mais au contraire pour être fidèle à lui-même, peut se lier à une doctrine du bien, en particulier à la doctrine chrétienne du bien, qui lui est connaturelle, offrant ainsi une contribution précieuse à la résolution de la crise.

Avec sa sobre rationalité, son ample information philosophique et la force de son argumentation, votre livre, à mon avis, revêt une importance fondamentale aujourd’hui pour l’Europe et pour le monde. J’espère qu’il trouvera une large audience et qu’il aidera à donner au débat politique, par-delà les problèmes de l’heure, cette profondeur sans laquelle nous ne pourrons répondre au défi de l’époque historique que nous traversons."

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11 commentaires

  1. Progressisme, libéralisme constituent de profondes hérésies spirituelles. On juge un arbre à ses fruits: en à peine deux siècles, par son idéologie mortifère, le libéralisme aura sapé toutes nos valeurs et nos traditions ouvrant ainsi la voie au relativisme, et à la “religion” du Veau d’or.
    Monseigneur Henri Delassus disait:
    « Le libéralisme n’est pas une hérésie ordinaire, c’est l’hérésie propre, personnelle de Satan, puisqu’elle consiste, pour la créature, à usurper à son profit l’indépendance et la souveraineté qui n’appartiennent qu’à Dieu, de toute éternité, et dans l’ordre des temps à Notre Seigneur Jésus-Christ.
    (…) On voit par là en quoi le libéralisme moderne diffère de tout ce qui l’a précédé en fait de révolte et de péché. C’est le péché lui-même, le dernier terme et le plus haut degré du péché.
    Le libéralisme appelle “l’homme de péché”, il prépare les voies à l’Antéchrist. »

  2. J’aime beaucoup ce que dit le pape sur les conséquences culturelles des optioons religieuses. Les religions s’incarnent et s’il est difficile de comparer les théologies, on peut comparer leurs fruits, les cultures, ce qui ne plaira pas bien sûr aux fonctionnaires de l’Unesco pour lesquels toutes les cultures ont la même valeur et qui baignent dans le relativisme culturel. Bien sûr, il faut avancer avec précautions mais nous n’avons pas à rougir de notre culture chrétienne.

  3. Pour faire suite au message de Bertrand et à la citation de Mgr Delassus, je renvoie au livre de l’abbé A. Roussel (docteur en philosophie et professeur au Grand séminaire de Rennes) “Libéralisme et catholicisme”, dans lequel l’auteur rappelle la contradiction absolue entre l’erreur du libéralisme et la vérité catholique. Je suis toujours étonné par cette volonté, chez certains catholiques, de réhabiliter le nom si ce n’est la philosophie du libéralisme pourtant maintes fois condamné solennellement par le Magistère. Le P. de Pascal résumait ainsi le libéralisme : “Système qui prétend justifier le dérèglement pratique de la liberté par le renversement théorique des valeurs”.

  4. @ Bertrand et @Jean-Pierre
    Mgr DELASSUS ne parlait pas du libéralisme dont parle le Pr PERA et Benoit XVI, mais de ce qu’on appelait libéralisme au XIX ème et qui était le relativisme des Lumières.
    Mgr DELASSUS, de plus n’a jamais eu une ligne de réflexion originale sur l’économie, mais a créé une synthèse doctrinale fermée, hors de laquelle ses lecteurs doivent penser qu’il n’y a pas de salut : ce n’est pas de la philosophie, ni de l’histoire, mais du moralisme, daté qui plus est. L’Eglise n’a jamais fermé le débat d’idées.
    C’est un peu comme si les catholiques du Moyen Age avaient refusé la synthèse entre la pensée antique et la foi chrétienne : c’eut été condamner St Bonaventure et St Thomas d’Aquin.
    La pensée catholique évolue en assimilant les pensées profanes et en reprenant les éléments en concordance avec l’Evangile.
    Le libéralisme classique contemporain, et c’est ce que souligne le Saint Père, est issu de la notion de liberté spirituelle, que St THOMAS a développée, et qui a trouvé son application au Moyen Age, en libérant la personne des pesanteurs de l’ethnie, de la tribu, etc…., ce qui a permis l’éclosion des nations et des corps sociaux autonomes : les libertés des villes et des corporations contre la pesanteur d’une féodalité devenant de plus en plus inutile.
    La force du libéralisme est de reprendre cet héritage, prolongé par l’école thomiste de Salamanque au XVI ème siècle et qui a retrouvé sa pertinence contre les étatismes de l’absolutisme des XVII et XVIIIème et du Contrat Social des Lumières.
    Les catholiques sociaux du 19 ème, s’ils luttèrent contre les bourgeoisies qui se disaient liébrales, ont contribué à permettre l’éclosion d’un libéralisme fondé sur l’observation : le contrat et la responsabilité des personnes, des métiers, des associations des corps sociaux naturels sont à l’origine de la ”nouvelle” DSE de la fin du XIX ème.
    Il serait temps de sortir des slogans tout faits s’appuyant sur des réalités mortes depuis l’avant 1900, et qui prétendaient alors revenir à un Ancien Régime idéalisé, pour replacer l’Eglise dans le débat d’idées du XXI ème.
    MONTALEMBERT, dans son discours de Malines, avait déjà rappelé cette exigence : c’était en 1863. Ce fut mal compris par beaucoup de catholiques qui rêvaient d’un retour à une monarchie catholique, mais avec le recul du temps, demander la liberté de la presse et de l’enseignement, ainsi que la liberté des association et congrégations apparait comme prémonitoire. Il voyait une Eglise ” dégagée de toute solidarité compromettante, de tout engagement de parti ou de dynastie, apparaîtra au milieu des flots vacillants et agités de la démocratie, seule immobile, seule inébranlable, seule sûre d’elle-même et de Dieu, ouvrant ses bras maternels à tout ce qu’il y a de légitime, de souffrant, d’innocent, de repentant, dans tous les camps, dans tous les pays”.
    C’est bien ce que tente de faire resurgir lEglise après les compromissions idéologiques du XXème et les confusions conciliaires.

  5. @ PG,
    Vous ne pouvez pas nous reprocher de citer un auteur que vous désignez bien témérairement comme périmé, car datant d’avant 1900, et nous opposer dans le même temps un texte datant… de 1863 ! Votre argumentation est donc assez cocasse, d’autant plus que Mgr Delassus ne date pas d’avant 1900 puisqu’il est mort en 1921 et que la plupart de ses ouvrages ont été publiés au début du vingtième siècle et après la première guerre mondiale. Je vous invite à découvrir cet auteur catholique plusieurs fois félicité spécialement par le pape saint Pie X pour son oeuvre et son combat : son ouvrage majeur “La Conjuration antichrétienne” (3 volumes) reçut même une approbation romaine. Opposer ainsi ce prélat à l’Eglise qui refuserait de fermer le débat relève de l’ignorance ou de la malhonnêteté. Tout comme de réduire la réflexion économique et sociale de Mgr Delassus à du moralisme. Très visiblement, vous n’avez pas lu “Vérités sociales et erreurs démocratiques” : l’auteur alimente sa réflexion de la pensée d’auteurs orthodoxes comme de penseurs intelligents mais pas forcément catholiques. Comparer la pensée de Mgr Delassus à un refus de la pensée antique est totalement extravagant et hors de propos. Vous parlez (avec beaucoup d’aplomb et surtout avec un certain sectarisme que vous reprochez aux autres) d’un auteur qu’apparemment vous méconnaissez absolument.
    Par ailleurs vous utilisez un argument très répandu dans les milieux libéraux catholiques : le libéralisme d’aujourd’hui n’est celui que condamnait les papes il y a un siècle et plus. Il faudrait alors le prouver. Jusqu’à preuve du contraire le libéralisme n’a pas changé de forme ni de nature et reste donc condamnable tout simplement parce que c’est une erreur (on peut relire l’encyclique “Libertas” du pape Léon XIII, à moins que les encycliques ne se réduisent elles aussi à du “moralisme” étroit et rigide). Quand bien même y aurait-il un nouveau libéralisme distinct du premier, cela poserait la question d’une terminologie malheureuse car mal choisie. Viendrait-il à l’idée d’un catholique orthodoxe de défendre une cause juste en utilisant pour la désigner le nom d’une hérésie condamnée qui sévit et continue de menacer la Foi ? Cela semblerait passablement saugrenu : pourquoi le terme “libéralisme” est-il donc retenu si la cause est authentiquement catholique ? Est-ce que les catholiques sociaux se nomment socialistes ou communistes ? Non. Pourquoi alors revendiquer le terme libéralisme ? Parce que, de toute évidence, ceux qui le revendiquent gardent une attirance pour un mot, voire pour une notion, qu’ils chérissent. Pour preuve, l’auteur que vous citez est Montalembert, un compagnon de route du malheureux Lamennais, et un authentique libéral du libéralisme condamné par les Souverains pontifes : votre défense d’un libéralisme prétendument acceptable est liée à l’authentique libéralisme réprouvé.
    Ne pas nous faire prendre les vessies pour des lanternes : c’est le proverbe qui m’est venu à l’esprit pour conclure.

  6. Un libéralisme qui rejette le multiculturalisme, un libéralisme qui rejette le dialogue inter-religieux mais prône un dialogue interculturel, un libéralisme qui a une doctrine du bien, n’est pas un libéralisme tel que l’entendaient don Sarda et Mgr Delassus. De plus cette notion de “libéralisme” est destinée au débat politique et semble-t-il exclusivement à lui.
    Il faut lire très attentivement ce que dit le Pape.

  7. PG,
    vous blaguez sans doute en invoquant l’Ecole de Salamanque qui est, de fait, à l’origine de la doctrine, hétérodoxe pour l’Eglise, de la souveraineté, c’est-à-dire au fondement de l’Etat moderne et du libéralisme économique en même temps.
    Je veux bien ne pas vous prêter de “politique ” et regarder votre “mystique” pour appliquer Péguy, et croire que vous croyez de bonne foi que ce serait la poursuite des libertés médiévales qui se manifesterait là-dedans. Veuillez cependant au moins considérer ceci :
    -Salamanque révoque la condamnation de l’usure ;
    – Salamanque invente la théorie de la valeur moderne ;
    – Salamanque est proche de la doctrine luthérienne sous certains aspects de la compréhension de la doctrine de la liberté humaine ;
    – Salamanque jette les bases de la casuistique et du probabilisme ;
    -Salamanque absolutise la propriété privée, ce qui va contre la destination universelle des biens ;
    – enfin, et c’est le plus important, Salamanque invente la séparation du naturel et du surnaturel.
    Pour éviter de croire que Suarez et ses amis seraient dans la droite ligne de Saint Thomas, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de Lubac qui montre de manière lumineuse leur perversion involontaire du thomisme.
    En vérité, Salamanque est véritablement au fondement de la modernité. C’est sans doute ce que vous vouliez démontrer, mais vous ne pouvez soutenir cela et soutenir en même temps que ce serait la poursuite du meilleur du Moyen-Âge, quand c’est au contraire sa destruction.

  8. Il voyait une Eglise ” dégagée de toute solidarité compromettante, de tout engagement de parti ou de dynastie, apparaîtra au milieu des flots vacillants et agités de la démocratie, seule immobile, seule inébranlable, seule sûre d’elle-même et de Dieu, ouvrant ses bras maternels à tout ce qu’il y a de légitime, de souffrant, d’innocent, de repentant, dans tous les camps, dans tous les pays”.
    Le “discours de Malines” a un petit défaut c’est qu’il condamne ce qu’il pratique. Il condamne une mouvance, le royalisme catholique, au nom du catholicisme. Or c’est le droit des peuples de vouloir le Christ-Roi (parce que c’est leur devoir moral) et c’est leur devoir de refuser le laïcisme, ce qui ne signifie nullement des condamnations sans titres d’individus ou de mouvances, y compris le monarchisme et surtout pas ceux qui réclament le règne du Christ sur la société politique et sur la société civile.

  9. @ JG :
    L’encyclique “Vix pervenit” a dirimé la controverse au sujet de l’usure : selon cette encyclique, la perception d’intérêts est interdite si elle est fondée sur le prêt (l’argent ne fait pas de petits), mais elle est licite si elle est fondé sur un autre titre (dépréciation monétaire, risque de non-remboursement, manque à gagner (impossibilité d’investissement). En pratique la perception d’intérêts est donc licite, dans la mesure de ces titres (et de quelques autres…) Il ne faut donc pas confondre intérêts avec usure. Il existe des intérêts usuraires, mais la plupart des intérêts ne sont pas usuraires.
    À ma connaissance, il n’y a pas de traduction française de cette encyclique accessible sur le Net, en revanche, je vous donne les liens en latin et en anglais
    http://www.domus-ecclesiae.de/magisterium/vix-pervenit.html
    http://www.papalencyclicals.net/Ben14/b14vixpe.htm
    Vittoria semble avoir d’autre part été d’un grand secours au sujet des problèmes moraux posés aux Espagnols par la colonisation. Il est, pour moi et pour bien d’autres me semble-t-il, une référence doctrinale.
    La condamnation en bloc de l’école de Salamanque me paraît très injuste.

  10. Pour en revenir au pape, je trouve ses propos très mesurés, précis et en prise avec les défis actuels. Sa critique du multiculturalisme va à l’encontre des idées à la mode à gauche, son insistance sur l’importance du dialogue interculturel par rapport au dialogue interreligieux et sa défense d’un libéralisme qui a pour fondement le fait que l’homme est créé à l’image de Dieu, tout cela donne envie de lire le bouquin de M. Pera..

  11. A Merlin : eh, je ne suis pas un contempteur de Vitoria en général, et ce fut sans doute un grand homme, notamment sur cette question des Indiens que vous évoquez.
    Reste que l’Eglise condamne toujours l’usure – ce que ne font pas les cathos – et que Vix perennit, de même que le Catéchisme autorisent en fait le retour sur investissement plutôt que l’intérêt lui-même.

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