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France : Société

Les voyous des cités, héritiers du grand banditisme

Jérôme Pierrat, spécialiste de la grande criminalité française, répond au Figaro :

"Cela fait 40 ans qu'on s'entretue à Grenoble, où il y a une tradition ancienne de grand banditisme. En 2007-2008, il y avait d'ailleurs eu une série de règlements de compte, dont justement dans le quartier de la Villeneuve. Depuis la fin des années 1960 et la mort du «parrain» Mattéi, ça été la guerre ininterrompue. […] En tout, presque 200 morts en 40 ans : c'est pire qu'en Corse ou à Marseille. Les criminels de Grenoble ont donc baigné dans cette culture de violence et de règlements de compte. Leur radicalité est liée à l'histoire de la ville et de ses criminels.

Le grand banditisme se nourrit là où il l'a toujours fait : aux marges de la société. Aujourd'hui, les zones défavorisées, ce sont les cités des grandes villes. Mais elles ne sont pas un vivier, elles sont le grand banditisme, à Grenoble comme à Lyon, Marseille ou Paris ! Le grand banditisme n'appartient pas au milieu traditionnel, il change de visage et de mains.

À partir des années 1990, les voyous des cités sont montés en gamme dans le trafic de stupéfiants, passant du petit dealer au grossiste, puis à l'importateur. Pendant dix ans, ils se sont aguerris, enrichis, ils ont pu acheter des armes. Ils sont montés en puissance discrètement, dans l'ombre du milieu traditionnel, sur lequel tout le monde restait focalisé. Aujourd'hui, ils tiennent toute la chaîne et ils jouent dans la cour des grands. […]

aujourd'hui, clairement, le milieu traditionnel s'estompe face au nouveau milieu des cités. Les «parrains» se font vieux et sont de plus en plus dépassés par les nouvelles techniques. Ceux des cités n'ont plus rien à leur envier, ils sont plus riches et plus dangereux. Signe de ce renversement, à Grenoble par exemple, les policiers se sont rendu compte que ce sont désormais les gars des cités qui jouent les juges de paix au sein du milieu traditionnel."

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2 commentaires

  1. Assez décevante analyse, ambiguë, car pouvant contribuer à atténuer, en le reliant à un habitus local ancien, un phénomène intégralement nouveau.
    Le grand banditisme d’antan était composé de gangs rivaux qui n’étaient pas unis par une même haine du « français moyen », ces gangsters n’auraient pas massacré quelqu’un pour des cigarettes ou un walkman, cela leur aurait paru débile et contraire à leur « honneur ». Surtout, ils n’étaient pas prêts à s’unir, de Roubaix à Perpignan, en passant par Rennes, Paris, Tours, Lyon, Grenoble, Marseille, etc. pour menacer globalement l’ordre public et l’État lui-même…
    Attention à ne pas verser dans l’antienne : « Rien de nouveau sous le soleil », c’est l’un des pitoyables échappatoires par désinformation, employé par le politiquement correct.

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