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Bioéthique

Les recherches avec des embryons humains n’ont pas permis de développer des thérapies innovantes

Lu dans le numéro spécial de la Fondation Lejeune :

"Une
proposition de loi visant l’autorisation de la recherche sur l’embryon
humain a été votée au Sénat et sera examinée par l’Assemblée Nationale
avant le printemps. Au-delà des arguments éthiques, des scientifiques
interpellent citoyens et responsables politiques : cette libéralisation
n’est pas nécessaire pour faire avancer la recherche, au contraire… Cette semaine, Alain Privat,
professeur en neurobiologie à l’EPHE, ancien directeur de recherche à
l’INSERM, et spécialiste des cellules souches, nous explique les
raisons de son opposition ferme à l’autorisation de la recherche sur
l’embryon humain en France."

Extraits :

"Aujourd’hui, les recherches qui utilisent des embryons humains n’ont pas permis de développer des thérapies innovantes. En effet, il y a eu plusieurs communiqués qui ont avancé que des thérapies innovantes pouvaient être créées à partir de recherches sur l’embryon humain. En fait, il s’agissait essentiellement de duplications de thérapies qui avaient déjà été mises au point par d’autres moyens et qui avaient donné toute satisfaction. Et on ne voit pas très bien comment les choses pourraient changer dans un avenir prévisible. En effet, on constate que la plupart des laboratoires de recherche, qu’il s’agisse d’ailleurs de laboratoires privés ou de laboratoires de recherche publics, ont opté depuis plusieurs années pour le développement de cellules adultes pluripotentes induites, les fameuses cellules IPS, qui ont fait l’objet du Prix Nobel du Pr Yamanaka. […]

Certains estiment que la recherche sur l’embryon humain serait un « mal
nécessaire » pour faire avancer la recherche. Plus précisément : l’interdiction empêche-t-elle réellement le
progrès scientifique à l’aune de ce que vous venez de dire, comme l’affirment régulièrement les partisans
du texte de loi, qui invoquent une « complémentarité » des recherches embryonnaires et nonembryonnaires,
et qui ne souhaitent pas abandonner la recherche sur les cellules souches embryonnaires ?

Ceci est une histoire purement fantasmatique. C’est une distorsion de la réalité. Quand on regarde
un tout petit peu en arrière, les recherches qui ont été conduites sur l’embryon, ce qu’on appelle les
recherches embryologiques ; on constate que l’énorme majorité de ces recherches a été conduite sur des
embryons animaux. On peut citer, il y a bien longtemps, mais c’était très important, un prix Nobel qui a été
donné à un chercheur allemand, Spemann, dans les années 1935, qui avait mené des recherches sur des
cellules d’amphibiens, de grenouilles. Plus récemment, des travaux qui sont extrêmement brillants, et qui
sont reconnus dans le monde entier, d’une chercheuse française, Mme Le Douarin, secrétaire perpétuelle
de l’Académie des Sciences, ont été conduits sur la caille et sur le poulet. On ne voit pas une recherche
embryonnaire, une recherche fondamentale conduite sur l’embryon, qui ne puisse pas être conduite sur
des embryons animaux. A la limite, s’il y a des questions un peu plus spécifiques, on peut éventuellement
conduire ces recherches sur des cellules embryonnaires de singes. Mais pourquoi vouloir utiliser des
cellules embryonnaires humaines ? […]

On peut imaginer deux explications à cela. La première, ce sont des raisons idéologiques. On se retrouve dans la Sorbonne des années 1968 : « il est interdit d’interdire ». C’est-à-dire qu’on peut faire n’importe quoi. Aucun scientifique sensé ne peut balayer d’un coup de main cette préoccupation éthique qui doit être la nôtre. La deuxième explication possible, c’est qu’il y a eu de gros investissements de la part, en particulier, de l’industrie pharmaceutique, qui étaient fondés sur l’utilisation de cellules souches embryonnaires humaines. Ces industriels veulent rentabiliser ces installations, les investissements qui ont été faits, les équipes qui ont été montées, qui ont travaillé là-dessus. Mais il faut savoir tourner une page. Si on ne tourne pas cette page, cela veut dire que l’on reste à une recherche telle qu’on pouvait la faire au XXème siècle et non pas au XXIème siècle. Il n’y a plus aucune raison, en dehors de préoccupations idéologiques et de préoccupations purement mercantiles."

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