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France : Politique en France

Les qualités d’une bonne monnaie

Dans le dernier numéro de l'Homme Nouveau, Denis Sureau évoque la politique monétaire. Extraits :

A"Deux éléments principaux sont la marque d’une «bonne» monnaie. D’abord, la monnaie est un simple «instrument d’échange des richesses naturelles», expliquait Nicolas Oresme, théologien et évêque-comte de Lisieux, dans son Traité des monnaies ou de la première invention des monnaies (env. 1355). […] La seconde qualité d’une bonne monnaie est sa stabilité. C’est pourquoi elle avait une valeur propre, celle de la matière dont elle était faite (principalement or, argent et cuivre) et pouvait aussi servir d’instrument de réserve. Des monnaies différentes, émises par les différents corps politiques (seigneurs, évêques, princes, rois…), pouvaient librement circuler dans la société. L’autorité politique n’intervenait qu’à titre subsidiaire : non pour gérer les monnaies mais pour garantir la valeur de celles qu’elle créait, à côté d’autres monnaies. […]

Or toute l’histoire de la monnaie occidentale est marquée par l’abandon progressif de ces deux qualités. En premier lieu, la monnaie a très lentement dérivé par rapport à l’économie réelle, au fil des siècles, engendrant le développement continu de la banque. Elle a été progressivement dénaturée, découplée des activités qu’elle était censée accompagner. Mais ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle qu’elle est devenue l’objet de spéculations massives à l’échelle planétaire. […]

La seconde qualité d’une monnaie, avons-nous dit, est sa stabilité. Or ce souci qui animait saint Louis fut vite abandonné par ses successeurs. On sait que l’État moderne s’est construit par et pour la guerre. Or la guerre coûte cher. Pour la financer, l’État s’est octroyé le monopole de battre monnaie pour, simultanément, se transformer en faux-monnayeur légal. […] Une « politique monétaire » ainsi menée n’est alors qu’un autre nom du vol (et les politiques inflationnistes du XXe siècle en furent des avatars). Cette altération immorale des monnaies est également à l’origine de la concurrence des monnaies des différents pays, source d’immenses désordres. […]

Contester le prétendu « droit régalien » de l’État sur la monnaie ne signifie donc pas cautionner les pratiques du capitalisme financier car, dans la perspective de la doctrine sociale de l’Église, la création de la monnaie ne doit pas être artificielle mais correspondre à la valeur des biens produits et échangés. Or dans le système actuel, la masse monétaire a explosé artificiellement, si bien que la sphère financière n’a plus de contrepartie réelle dans l’économie réelle, la richesse des nations. Le pouvoir de création monétaire est aujourd’hui dans les mains des grands usuriers transnationaux. Dans une économie relocalisée, on peut imaginer que les corps sociaux ayant retrouvé leur souveraineté spécifique puissent créer leurs monnaies, par exemple sur un territoire donné. Ce n’est pas une utopie mais déjà une réalité (encore modeste, on en conviendra) avec les SEL (systèmes d’échanges locaux). Ces monnaies parallèles s’inscrivent dans le cadre d’une économie de proximité et permettent de procéder à des échanges de biens, de services et de savoirs, sans avoir recours à la monnaie d’État. Elles sont pour l’instant limitées aux membres d’associations spécifiques. C’est ainsi qu’à Toulouse, le solviolette rencontre un succès croissant : 20 euros échangés contre 21 sols permettent d’acheter des vêtements, des biens alimentaires ou des livres dans les 77 magasins ayant reçu le label «économie locale durable». Ce « localisme » appliqué rejoint un thème central de la doctrine sociale de l’Église : la défense d’une économie à l’échelle de l’homme et des familles, où la finance est remise à sa vraie place d’auxiliaire de la création de richesses, où l’activité productive est encastrée dans la société (comme disait Karl Polanyi)."

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12 commentaires

  1. démonstration claire et de bon sens qui devrait conduire un gouvernement de salut public à rétablir le Franc …

  2. “Pour la financer, l’État s’est octroyé le monopole de battre monnaie pour, simultanément, se transformer en faux-monnayeur légal.” (…)
    “Le pouvoir de création monétaire est aujourd’hui dans les mains des grands usuriers transnationaux.” ????!?
    Tout à fait d’accord avec Monseigneur, à quoi il faut ajouter qu’aujourd’hui la monnaie repose sur la confiance, comme d’ailleurs les banques et les assurances qui sont également soumises au jugement des agences de notation.
    La circulation de monnaie à travers le commerce augmente la masse monétaire, tout comme le crédit.
    Je ne suis pas sûr que revenir à l’étalon or couvrirait tous nos besoins avec l’explosion du commerce international. Il est à noter que la République de Venise jouait déjà sur les différents cours de métaux entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
    Effectivement, de même que Philippe le Bel faisait limer les pièces de monnaie pour augmenter son trésor, les gouvernements modernes ont déconnecté la monnaie de la réalité : par démagogie, comme l’augmentation des salaires après 1968. Mais la réalité finit toujours par rattraper la monnaie.

  3. Denis Sureau n’est pas “Mgr”, sauf erreur.
    Je ne peux résister au plaisir de vous écrire que les élucubrations de monsieur Sureau ne pèsent pas lourd face aux réflexions lumineuses du conseil pontifical “Justice et paix”.
    http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20111024_nota_fr.html
    Je sais que je ne serai pas publié, mais c’est pour votre gouverne et dans l’espoir que vous cesserez de recommander n’importe quoi du moment que c’est “de droite” et catholique.

  4. Quel étonnant éloge de l’anarchie féodale, et de l’anarchie tout court !
    Une monnaie ne vaut que par la confiance qu’on lui accorde. Si elle n’a pas de valeur intrinsèque (comme les monnaies d’or et d’argent d’autrefois), cette confiance ne peut venir que de la puissance politique de l’émetteur, qui garantit que ladite monnaie sera acceptée partout. Nicolas Oresme dit qu’une monnaie est le bien commun de la nation, et il a raison. Mais il faut un pouvoir politique (idéalement, à mon sens, un roi) pour garantir ce bien commun-là, et tous les autres aussi.
    Accessoirement, Philippe-le-Bel n’a jamais été un faux monnayeur (et n’a jamais, évidemment, fait limer les pièces de monnaies). Il a simplement tenté d’introduire une part de fiduciarité dans la monnaie royale, qui était indémêlablement celle de la France.

  5. On a au moins appris que la crise financière a commencé dès après saint Louis. Il est en effet grand temps de faire quelque chose.

  6. Avec M. Sureau il faudait deux porte-monnaie, deux comptes, etc.
    Avec l’Eglise il y aurait une Autorité Mondiale. Non merci on a déjà donné.
    Espérons qu’il y a une autre solution…

  7. Il y a quelques temps, déjà, que l’état ne crée plus l’argent, mais bien les banques. Et c’est une source de profonds problèmes…

  8. Au risque de déplaire à Denis Merlin, il y a une contradiction radicale absolue dans la note finale de
    http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20111024_nota_fr.html
    qui constitue un véritable scandale intellectuel et religieux !
    Après avoir promu tout ce qui pousse à l’installation d’un système de gouvernance mondiale que Sarkozy nous a promis un jour et auquel personne ne pourrait s’opposer, la note conclut benoitement :
    ” L’esprit de Babel est l’antithèse de l’Esprit de Pentecôte (Ac 2, 1-12), du dessein de Dieu pour toute l’humanité, c’est-à-dire de l’unité dans la vérité. Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être véritablement une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun.
    L’esprit de Babel est l’antithèse de l’Esprit de Pentecôte (Ac 2, 1-12), du dessein de Dieu pour toute l’humanité, c’est-à-dire de l’unité dans la vérité. Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être véritablement une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun.”
    Et on note aussi très curieusement que l’Apocalypse de St Jean n’est pas citée une seule fois ; ce qui serait certainement plus judicieux que de citer la Tour de Babel ! …
    Pour ceux qui souhaiteraient imaginer s’il est possible de sortir de la boîte logique infernale dans laquelle nous sommes enfermés et tenter de reprendre notre destin en mains autant que faire se peut, avec l’aide de la Divine Providence :
    Dystopie, uchronie et … futurible ?
    http://cril17.info/

  9. Mille excuses pour l’erreur de copié-collé :
    ” Dans un monde en voie de mondialisation rapide, la référence à une Autorité mondiale devient le seul horizon qui soit compatible avec les nouvelles réalités de notre époque et avec les besoins de l’espèce humaine. ”
    doit remplacer le premier texte ( en doublon )
    ” L’esprit de Babel est l’antithèse de l’Esprit de Pentecôte (Ac 2, 1-12), du dessein de Dieu pour toute l’humanité, c’est-à-dire de l’unité dans la vérité. Seul un esprit de concorde, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à l’humanité d’être véritablement une seule famille, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une Autorité publique mondiale, au service du bien commun.

  10. Que veut dire une monnaie stable ? Stable vis à vis de quoi ? de l’or ?
    Ce malthusianisme monétaire condamnerait la population à s’appauvrir si elle venait à croître, à s’enrichir si elle diminue.
    Avez-vous bien conscience que c’est l’emprunt qui crée la monnaie ? Et que si vous faites une monnaie stable, vous asphyxiez rapidement une économie ? Que si la zone euro est la seul région du monde que le FMI voit en récession en 2012, c’est parce que l’Allemagne tient à ce que l’euro soit stable ? Que le succès commercial de la Chine est due en partie à la sous-évaluation de sa monnaie ? Que les trente glorieuses on été faites avec un franc constamment dévalué ?

  11. La citation donnée par Cril17 est étonnante, puisqu’un conseil pontifical, organe consultatif certes pas infaillible sérieux, ressemble à du millénarisme, doctrine condamnée formellement par l’Eglise. Voici par exemple une citation du catéchisme de l’Eglise Catholique (676):
    “Cette imposture antichristique se dessine déjà dans le monde chaque fois que l’on prétend accomplir dans l’histoire l’espérance messianique qui ne peut s’achever qu’au-delà d’elle à travers le jugement eschatologique : même sous sa forme mitigée, l’Église a rejeté cette falsification du Royaume à venir sous le nom de millénarisme, surtout sous la forme politique d’un messianisme sécularisé, ‘intrinsèquement perverse’ (cf. Pie XI, enc. Divini Redemptoris condamnant le ‘faux mysticisme’ de cette ‘contrefaçon de la rédemption des humbles’).”
    Non l’histoire ne s’achèvera pas dans la construction par les hommes d’un monde enfin bon et juste. Même s’il en revêtra les atours, ce sera une imposture.
    Pour préciser ce qui nous attend, le Magistère (infaillible ici) de l’Eglise est clair:
    “Avant l’avènement du Christ, l’Église doit passer par une épreuve finale qui ébranlera la foi de nombreux croyants. La persécution qui accompagne son pèlerinage sur la terre dévoilera le ‘mystère d’iniquité’ (…)
    et
    “L’Église n’entrera dans la gloire du Royaume qu’à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection. Le Royaume ne s’accomplira donc pas par un triomphe historique de l’Église selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (…)”
    (Catéchisme de l’Eglise catholique, 675-677)

  12. Merci Antoine pour votre citation qui s’oppose parfaitement à celle de la note pontificale,
    http://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/justpeace/documents/rc_pc_justpeace_doc_20111024_nota_fr.html
    d’où est extraite la citation que je peux rappeler dans l’ordre, en soulignant par des majuscules quelques mots clefs :
    ” Dans un monde en voie de mondialisation rapide, la REFERENCE A UNE AUTORITE MONDIALE DEVIENT LE SEUL HORIZON qui soit compatible avec les nouvelles réalités de notre époque et avec les besoins de l’espèce humaine.
    …/…
    L’esprit de Babel est l’antithèse de l’Esprit de Pentecôte (Ac 2, 1-12), du dessein de Dieu pour toute l’humanité, c’est-à-dire de l’unité dans la vérité. SEUL UN ESPRIT DE CONCORDE, qui surmonte les divisions et les conflits, permettra à L’HUMANITE d’être véritablement une SEULE FAMILLE, jusqu’à concevoir un monde nouveau avec la constitution d’une AUTORITE PUBLIQUE MONDIALE, au service du BIEN COMMUN.” [Point final ou in cauda venenum ? ]
    En relisant ce texte, on est appelé à se demander si PAR REFERENCE A CETTE NOTE, tout ce qui pourra à l’avenir s’opposer à l’établissement d’une Autorité Mondiale ( politique et économique donc, compte tenu du sujet traité ici ) ne sera pas considéré comme un ESPRIT DE DIVISION qui s’oppose à l’ESPRIT DE CONCORDE nécessaire au service du BIEN COMMUN !
    N’y a-t-il pas là une terrifiante confusion aux conséquences apocalyptiques, soulignées par la citation même que vous avez extraite du CEC ?
    Et n’est-ce pas à cause d’une argumentation identique que s’est faite la construction de l’UE, dont on commence à discerner aujourd’hui tous les tenants et aboutissants ?

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