Les nostalgiques de la Révolution bolchevique sont plus nombreux à Paris qu’à Moscou

Dans Les Echos, Stéphane Courtois met les pieds dans le plat :

"On établit souvent, surtout en Russie, un lien entre la Révolution française et la russe. C'est pertinent ?

CToutes les deux, après une première phase de révolution politique démocratique, en mars en Russie et en 1789 en France, basculent dans la dictature et la terreur, sauf qu'il faut de trois à cinq ans en France et huit mois en Russie. L'autre différence, c'est que les premiers acteurs de 1789, Mirabeau, Sieyès, etc., n'imaginaient pas qu'ils s'engageaient dans le renversement violent du régime, Robespierre et Saint-Just n'apparaissent que plus tard. Au contraire, en Russie beaucoup s'y préparaient depuis longtemps, au premier chef Lénine depuis l'exécution de son frère en 1887. La mythologie de gauche oppose souvent le « gentil » Lénine au « méchant » Staline dévoyant la révolution. C'est faux, Lénine montre clairement dans un discours dès avril qu'il prépare la guerre civile, avec des slogans comme « Pillez les pillards ». Durant trente années de radicalisation, Vladimir Ilitch Oulianov a théorisé et préparé un totalitarisme inédit dans l'Histoire. […]

Que reste-t-il de la révolution d'Octobre aujourd'hui ?

En Russie, 75 ans de Régime soviétique ont forcément façonné les mentalités, les gens sont habitués à obéir à la violence pure. Mais de quoi les Russes peuvent-ils être fiers sur cette période ? De pas grand-chose, hormis leur participation à la défaite de Hitler en mai 1945. Pourtant, d'août 1939 à juin 1941, Staline s'entendit à merveille avec les nazis. Le pacte de non-agression Molotov-Ribbentrop de l'été 1939, en assurant à Hitler sa tranquillité sur le front de l'Est, lui permit d'attaquer la Pologne puis a contribué à la défaite de la France.

Et dans le reste du monde ?

Les régimes communistes se sont effondrés en 1989 en Europe de l'Est puis en URSS en 1991 ; les survivants sont, en sus de Cuba, concentrés en Asie : Chine, Vietnam, Laos, Corée du Nord. Avec des traits dynastiques propres à l'Asie, mais aussi des éléments d'économie de marché, tant que les entrepreneurs ne font pas d'ombre au Parti. Pékin a tiré la leçon des échecs de Gorbatchev, ne pas relâcher le contrôle politico-idéologique de la population et rappeler aux oligarques qui tient les rênes, c'est le sens des campagnes anti-corruption actuelles de Xi Jinping. Mais ce ne sont plus des régimes totalitaires de haute intensité : les gens ont le droit de voyager, une classe moyenne se crée et « Le Livre noir du communisme » va paraître en chinois. A moins que le pouvoir absolu que vient d'obtenir le chef du Parti communiste chinois ne préfigure un retour en arrière, peut-être que le dernier carré communiste est formé d'une partie de l'intelligentsia française.

Vous pouvez préciser, au-delà de la provocation ?

On fête plus la révolution d'Octobre à Paris qu'à Moscou, où Poutine, même s'il ne peut pas renier ce pan d'Histoire, déteste Lénine et Trotski, les naufrageurs de la Grande Russie slave, tsariste et orthodoxe. Je ne compte plus les articles complaisants dans la presse française sur le sujet, qui zappent la période 1917-1923 pour nier la responsabilité de Lénine dans la création du premier régime totalitaire de l'histoire. La présence dans les médias et l'université de marxistes ou d'anciens gauchistes refusant de reconnaître leurs égarements est prégnante. Quand je vois que le président Macron veut commémorer Mai 68, qui a dévasté l'université française et l'exigence intellectuelle dans les sciences humaines… Veut-il soigner sa gauche sociétale, pour faire passer certaines décisions sur le plan fiscal ? […]"

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