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France : Société

Les gouvernements ne s’occupent pas des émeutes urbaines

Sebastian Roché, sociologue, directeur de recherche au CNRS au laboratoire Pacte-Institut d’Etudes Politiques, Université de Grenoble, est interrogé dans Le Choc du Mois, qui a consacré un dossier à la police (lire l'intégralité de ce texte dans le numéro 41 qui vient de paraître en le commandant ou en s'abonnant http://blogchocdumois.hautetfort.com/) :

"Peut-on cependant revenir sur un phénomène relativement nouveau, connu désormais sous le vocable de « violences urbaines » : qu’est-ce que cela recouvre ?

C C’est effectivement un phénomène nouveau sur lequel bute le politique. Les gouvernements successifs n’ont jamais souhaité mesurer ces phénomènes. Il n’y a d’ailleurs aucun spécialiste chargé de les étudier ni de les comprendre. Lorsque Lucienne Bui Trong, ancienne commissaire aux Renseignements Généraux avait créé un outil de suivi de ces violences, non seulement elle l’avait fait de son propre chef, et mis en place en contournant sa hiérarchie, mais l’outil a tout simplement été abandonné ensuite, avec interdiction donnée aux services de s’en servir. Il y a un déni du politique, qui refuse de regarder ces phénomènes en face. Imaginez que depuis 1980, date des premières émeutes, l’administration n’a pas de définition ou de doctrine face à ces phénomènes. C’est vrai qu’économiquement, ces violences ne dérangent pas outre mesure (les voitures brulées sont rarement des voitures de luxe, et le tout se passe loin des palais de la République)… On refuse ainsi, sciemment, de connaître les chiffres. Les dernières déclarations de Brice Hortefeux sur la nuit du Réveillon ne préfigurent donc rien de bon quant à la volonté d’affronter politiquement ces problèmes, en les nommant, en les quantifiant pour pouvoir en débattre sur la place publique.

S’il n’y pas de doctrine définie en haut lieu, comment fait la police pour agir ? Elle travaille pourtant bien à faire évoluer ses méthodes ?

Justement, on cantonne les questions d’évolution de méthodes de police à des questions exclusivement techniques des outils : quelle sera la portée du FlashBall ? On introduit le pistolet qui nous électrocute, etc. Mais en amont de tout ça, rien. Quelles sont les finalités de ces outils très médiatisés ? Il faut ainsi comprendre que nous modernisons les outils de police… sans doctrine préalable. Pourtant la police est au contact quotidien de la société civile, elle en a une connaissance fine… à la base. Mais nous sommes en présence d’une structure pyramidale très hiérarchisée qui ne se nourrit pas des retours du terrain. Or ce qui va servir à élaborer la stratégie, c’est la façon dont la « tête » comprend et répercute ce qui remonte « du bas ». Dans ce mammouth de 240 000 fonctionnaires que représentent la police et la gendarmerie française, la logique d’organisation implique une très forte politisation des directions générales. Toute l’organisation est polarisée et se préoccupe d’abord de savoir ce que pense et ce que veut le ministre. La stratégie de la police est donc liée aux échéances électorales dans un débat pauvre, très idéologisé entre les « sécuritaires » et les « laxistes » et peu aux besoins des citoyens sur le terrain."

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2 commentaires

  1. Pourquoi essayer de résoude un probleme que les politiciens contribuent a renforcé a chaque années par de nouveau arrivages de clandestins, de réfugiés économiques et d`immigrant.
    C`est comme pelleter la mer avec une cuillere les politiciens sont laches et des incapables!

  2. Rien de neuf ni de spécifique à la police : c’est ainsi que fonctionnent toutes les administrations françaises… Tout par et pour la tête, rien pour l’administré.
    La seule différence sans doute avec d’autres administration est que l’État prend sans doute les membres de la police et de la gendarmerie pour des c…, ce qu’il n’oserait jamais faire pour les autres administrations.
    D’un autre côté, la police et la gendarmerie sont à l’image des électeurs : de braves beaufs à qui on fait croire et faire n’importe quoi en échange de promesses qu’on ne tiendra pas. L’État aurait donc tort de se gêner…
    Quand on sait qu’en plus, la police et la gendarmerie aiment cela puisqu’ils servent principalement à taper et à ramasser du fric sur les citoyens « normaux », on se dit que le Français moyen a des tendances masochistes aïgues.
    France, réveille-toi : qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ?

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