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France : Politique en France

Les catholiques peuvent-ils être une force capable d’influencer la politique ?

De Guillaume Bernard dans le dernier numéro de La Nef :

N"[…] Au premier tour de la présidentielle 2012, les cathos pratiquants (ceux qui vont au moins une fois par mois à la messe) ont voté à 47 % pour Nicolas Sarkozy (contre 27 % au niveau national), à 17 % pour François Bayrou (contre 9 %) et 15 % pour Marine Le Pen (contre 18 %). Ils votent donc très nettement plus à droite que la moyenne nationale, leur centre de gravité se situant au sein de la droite modérée. Au second tour, 79 % d’entre eux, l’équivalent de ce qui s’était porté au premier tour sur le centre et les droites, ont donné leur soutien au président sortant. Ils étaient 9 % de plus qu’en 2007. Cette progression peut s’expliquer par les positions en matière de mœurs (mariage homosexuel) et de bioéthique (euthanasie) du candidat PS heurtant de front leurs convictions. Les pratiquants occasionnels (qui assistent à l’office moins d’une fois par mois) n’ont été que 62 % à se prononcer pour Sarkozy. Quant au comportement électoral des cathos non-pratiquants, il est quasiment identique à celui du reste de la population. À l’inverse, ceux des électeurs qui se définissent comme sans religion ainsi que les musulmans ont massivement préféré François Hollande : respectivement 70 et 86 % d’entre eux (soit 18 et 34 points de plus que son score national). Tout cela confirme que, parmi les facteurs expliquant le vote, l’enracinement culturel est l’un des plus prégnants.

L’électorat catho présente donc deux faiblesses. Numériquement, les pratiquants ne représentent qu’environ 6,5 millions d’électeurs (sur 45 millions) soit au mieux 15 % du corps électoral (les « messalisants », c’est-à-dire les cathos pratiquants chaque dimanche, n’étant que 4 %). Il s’agit donc d’une minorité. Elle est indispensable à la constitution d’une majorité (pour un candidat de droite), mais elle ne lui garantit pas la victoire. Ces électeurs ne comptent que pour un quart des voix obtenues par Sarkozy tant au premier qu’au second tour de 2012. Mais surtout, la faiblesse politique des cathos vient de ce que leur vote est extrêmement prévisible : il est, a priori, déterminé. Les partis politiques ne les craignent pas. Pour la gauche, ils ne sont que des rétrogrades minoritaires. Pour la droite, ils sont un électorat acquis envers lequel il n’est nul besoin de tenir d’éventuelles promesses pour obtenir ses suffrages.

Que peuvent donc espérer faire les cathos dans le cadre des élections ? Ne pouvant emporter à eux seuls un scrutin, ils sont en mesure de le faire basculer. Ils ne peuvent espérer peser sur la politique qu’à la condition de devenir un électorat flottant, c’est-à-dire susceptible de changer sa participation (vote ou abstention) ainsi que son bulletin (blanc ou exprimé) en fonction des enjeux (circonstances) et de l’offre (candidats, programmes). Leur poids ne sera pris en considération que le jour où de possibles faux « amis » ne seront plus certains d’obtenir leurs suffrages sous prétexte d’un « ennemi » commun.

Mais, outre leur faiblesse électorale, les cathos doivent être également conscients de leur division idéologique. À moins de préconiser l’augustinisme politique (pouvant, d’ailleurs, être tout autant progressiste que conservateur), les divisions politiques entre cathos sont, d’une certaine manière, inéluctables. La pratique d’une même religion ne conduit pas à une pensée politique unique. La supériorité (en raison de sa finalité plus haute) du spirituel ne fait pas disparaître le temporel ; dans l’ordre naturel des choses, le politique dispose de sa propre légitimité. Il existe nombre de questions politiques qui ne sont en rien conditionnées par la foi et ne sont pas tranchées par le dogme. Elles sont donc susceptibles d’être, entre cathos, disputées. Le principe de subsidiarité exclut que soit fixée, a priori et de manière définitive, la répartition des compétences entre les corps sociaux. De même, le régime politique n’est, du point de vue catholique, qu’un moyen destiné à la réalisation du bien commun : en fonction des lieux ou des temps, sa légitimité est donc susceptible de varier. Si, pour certains enjeux, l’adhésion à la position de l’Église est indispensable pour être pleinement catholique (par exemple, la protection de l’innocence et donc le refus de l’avortement), d’autres problèmes (comme celui de la peine de mort) sont laissés à la prudente appréciation du fidèle.

Par conséquent, des mesures politiques peuvent être compatibles avec le catholicisme tandis que d’autres ne le sont pas. Mais il n’existe pas de programme politique (global) catholique. Un parti catho est, au mieux, un fantasme, au pire, une escroquerie. La politique, art du possible, ne relève pas du manichéisme ; elle ne consiste pas à choisir entre le bien et le mal, mais à établir des préférences (hiérarchie des enjeux, ordre des priorités). Ainsi, même si elles occupent une place éminemment importante, les questions de mœurs et de bioéthique ne sont pas toute la politique. Se focaliser sur elles, en ignorant les autres tensions, en particulier culturelles, qui traversent la société et frappent les plus faibles, notamment économiquement, de ses concitoyens, ne permet-il pas de se donner bonne conscience à moindres frais ?

Les cathos doivent humblement admettre que, d’une part, ils peuvent être divisés sur certaines questions et que, d’autre part, ils ne sauraient réduire la politique aux seuls enjeux qui les unissent. Cependant, ils peuvent sérieusement envisager d’influencer la politique en faisant l’effort de s’organiser en authentiques et professionnels groupes de pression thématiques agissant sur l’ensemble des partis. Indépendamment de leurs possibles engagements partisans, cela permettrait aux cathos de s’accorder ensemble (et avec d’autres) sur des questions précises pour œuvrer, en catholiques, au bien commun politique."

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5 commentaires

  1. Pas un mot sur les cathos de gauche qui depuis très longtemps votent socialiste en Bretagne et dans le Nord et qui ont porté les socialistes au pouvoir ?

  2. ……. ni de ceux qui trahis par l’UMP (s) et le PS voterons dorénavant …….. pour le ROY !!!!!
    Et que la gueuse aille à sa perte.
    Christus Imperat !!!

  3. Vu que les promesses ne sont pas tenues, se diviser et devenir flottant uniquement pour obtenir de nouvelles promesses n’est pas une bonne idée.
    Par contre il serait peut-être temps de se rendre compte que les élections ne servent qu’à maintenir en place l’illusion de la démocratie.
    On ferait mieux de s’informer vraiment et de se former entre-nous afin de ne plus gober aveuglément ce que l’on nous dit. Le peuple a les dirigeants qu’il mérite. Si l’on veut des dirigeants honnêtes il nous faut d’abord nous-même chercher la vérité et refuser l’erreur. Pas chacun dans son coin, mais entre-nous. Les JRE sont un bon exemple.
    Extrait d’Alain Soral – Pourquoi une solution politique est vaine:
    http://www.youtube.com/watch?v=brnTiGlAO8I
    Enfin pour un catholique, ne pas mettre de côté la prière. La perspective catholique doit être avant tout surnaturelle. Le monde matériel est secondaire. Les problèmes actuels de notre société viennent en premier lieu de notre abandon de la vérité. Commençons par nous sanctifier les uns les autres, car le reste dépend en dernière analyse de Dieu seul.
    Si vous ne me croyez pas, demandez-vous simplement si les politiques ont plus peur des élections ou des JRE… Pourquoi ?

  4. curieuse définition de la politique comme “art du possible”, plutôt nietzschéenne que chrétienne. l’art politique chrétien consiste en la recherche du bien commun temporel, mais un bien inséparable de la fin surnaturelle. autrement dit la loi civile se doit d’être morale et orientée vers le bien. elle consiste donc à choisir autant que faire se peut entre le bien et le mal.

  5. Ce serait bien de dire et d’écrire en entier “catholiques” plutôt que “cathos”.
    Parce que sinon, un “pro” pourrait être un protestant et non un “professionnel”.
    Et un orthodoxe, c’est un “ortho” ?

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