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Communisme / France : Politique en France

Les bobolchéviques

C'est ainsi que François Bousquet qualifie les électeurs de Jean-Luc Mélenchon dans Valeurs actuelles :

"Le peuple était omniprésent, mais seulement dans les discours. Plus Mélenchon invoquait « les damnés de la terre » et leur « bleu de chauffe », plus les bobos affluaient place de la Bastille ou sur celle du Capitole à Toulouse, et à Marseille, Lille et ailleurs. Pendant ce temps, les “prolos” se préparaient à glisser dans l’urne, du fond de leur région sinistrée, un bulletin Marine Le Pen (à 35 %, selon une enquête OpinionWay-Fiducial réalisée le 6 mai, jour du premier tour), Mélenchon n’arrivant qu’en quatrième position chez les ouvriers, derrière Hollande et Sarkozy.

Il faut bien le concéder : les prolos reviennent à la mode, du moins dans l’édition et les partis politiques, contrairement aux bobos. Personne ne les aime, ceux-là, ni les sociologues qui trouvent l’expression trop floue, ni Mélenchon qui ne jure que par les sectionnaires en haillons de 1789, ni les bobos eux-mêmes qui ne se reconnaissent qu’à contrecoeur dans ce Bobo sapiens exaspérant, nouveau Bourgeois gentilhomme aspirant non plus à se pavaner parmi la noblesse mais à intégrer les rangs de la bohème artistique. […]

Leur idéal ? Consommer bio, équitable, solidaire, se déplacer à Vélib’, flâner le long du canal Saint-Martin et bien sûr résider dans l’Est parisien, à Montreuil, aux Lilas ou dans les quartiers naguère populaires des grandes villes qui ont vu les prix de l’immobilier flamber. On peut les retrouver le soir, à l’heure de l’apéro, dans des bistrots branchés qui répondent aux noms kitschissimes d’Usine, de Réfectoire ou de Cantoche. Ou comment recycler la culture ouvrière – des tables en Formica au folklore kolkhozien – et la marier à la contre-culture “pop”. […] 

Ils ont “ado-ré” Besancenot en 2002, Bayrou en 2007, Cohn-Bendit en 2009 (aux européennes) et Mélenchon en 2012. […] Si on devait les identifier sur un atlas politique, ils se situeraient quelque part entre le Jurassic Park trotskiste, avec ses fossiles du crétacé issus de la quatrième Internationale que sont Lutte ouvrière et le NPA, et le monde des Bisounours familier du PS et des Verts. Philippe Muray les appelait les “mutins de Panurge”. Sans eux, Mélenchon n’aurait réuni qu’une poignée de trotskistes orphelins d’Arlette Laguiller et d’Olivier Besancenot, quelques débris de l’altermondialisme, d’inoxydables staliniens et des écologistes découragés par “Eva dans le mur”.

Mélenchon savait si bien qu’il s’adressait d’abord à cet intello-bobo (plutôt qu’au prolo-métallo) qu’il a soigneusement pris soin d’installer son QG de campagne aux Lilas (93), dans un bâtiment surnommé, selon les codes en vigueur chez les bobos, “l’Usine”. À partir de là, il a pu jouer au sans-culotte avec le culot d’un ex-sénateur de l’Essonne. […]"

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5 commentaires

  1. L’expression ‘bourgeois-bohème’ est une très mauvaise traduction, forgée pour coller à l’acronyme “bobo”, d’origine anglophone.
    Et qui signifie à l’origine ‘bolchevik-bollinger’ (oui, la grande maison de Champagne).

  2. Merci Pitch de cette précision étymologique importante. Ils n’ont de bourgeois que le confort, et le champagne leur convient bien que la note “bohème” qui ne s’applique guère qu’à leur vie sexuelle/sentimentale.

  3. Sublime ce billet ! Je fais tourner, c’est tellement vrai !

  4. bolchevik-bollinger pourrait être traduit assez justement par gauche-caviar qui on ne sait pourquoi est passé de mode. Ceci dit le côté fausse bohème confortable de bo-bo est assez bien vu.

  5. Sans oublier qu’ils sont gays de préférence ou bi pour faire genre, hétéro marié c’est tellement rigard. Maintenant ils auront en plus le canabis à gogo, merci cécile ! Une plante saine, naturelle, bio presque, de quoi se plaint-on ?

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