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Sciences

Le “dessein intelligent” : deux critiques

Spontanément, on aurait bien sûr de la sympathie pour le mouvement en faveur de l’ "Intelligent Design" qui suscite une controverse importante aux Etats-Unis. Mû principalement par le Discovery Institute, ce mouvement se présente comme une contestation scientifique respectable du darwinisme, et veut profiter de failles dans la théorie darwinienne pour plaider la nécessité d’une intelligence créatrice, là où la simple sélection n’explique pas l’existant.

On aurait plutôt, donc, de la sympathie pour eux. Mais le débat est d’une extrême confusion : en fait, il se joue parallèlement et simultanément sur les fronts de la biologie, de l’épistémologie, de la métaphysique et de la théologie. Et à des arguments d’un ordre répondent parfois des objections d’un autre ordre. Les partisans de l’Intelligent Design ne font souvent rien pour clarifier le débat, leurs prétentions d’ordre scientique dissimulant souvent un fond néo-créationniste issu des milieux protestants fondamentalistes.

C’est pourquoi bien des intellectuels qui, pourtant, sont du bon côté des barricades dans la guerre culturelle éprouvent de la répulsion pour la théorie de "l’Intelligent Design" :

– Charles Krauthammer dans le Washington Post de ce week-end :

Le dessein intelligent est peut-être intéressant en tant que théologie, mais en tant que science c’est une escroquerie. C’est une "théorie" auto-suffisante et tautologique dont l’unique assertion est que quand il y a des trous dans un domaine de la connaissance scientifique – dans ce cas, l’évolution – il faut les remplir avec Dieu. C’est une "théorie" […] qui viole la condition la plus élémentaire pour quleque chose qui prétend être de la science : être empiriquement réfutable.

Le directeur de l’observatoire du Vatican s’est également prononcé contre : pour lui non plus, ce n’est pas de la science.

Le débat sur le "Dessein Intelligent" ne porte donc pas, en fait, sur l’existence d’un "dessein intelligent" : ces critiques sont bien sûr persuadés qu’il y a, derrière la création, un dessein intelligent. Il porte sur le domaine de la science, et celui de la foi.

Henri Védas

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5 commentaires

  1. Lorsque Krauthammer écrit : “quand il y a des trous dans un domaine de la connaissance scientifique – dans ce cas, l’évolution – il faut les remplir avec Dieu”, il suppose que la ‘théorie de l’évolution’ appartient à la connaissance scientifique, et d’autre part que la rationalité téléologique -laquelle évidemment ne peut que remonter à un Dieu Cause de l’être- ne serait qu’un bouche trou pour esprits non scientifiques qui s’occupent de science.
    Or ces deux points sont pour le moins encore à prouver.
    Concernant le premier, il suffit de se renseigner auprès du Centre d’Etudes et de Prospectives sur la Science 4 rue de Beauvais 91410 Saint Cyr Sous Dourdan, pour se rendre compte que la théorie de l’évolution n’est pas crédible scientifiquement et meme ne répond pas au critère de la vérifiabilité: c’est une hypothèse purement philosophique qui cherche des étais dans les conclusions scientifiques (oubliant d’ailleurs leur relativité due au progrès des ‘modèles’ scientifiques: ainsi les ‘arguments scientifiques’ ‘pro évolution’ d’il y a 30 ans sont tous tombés : la datation des fossiles, la transmissibilité génétique des variations acquises non accidentelles et récédentes etc etc …) Dès 1950 résumant la pensée des scientifiques dans les branches concernées par ‘l’évolution’ Paul Lemoine, directeur de l’Encyclopédie Française écrivait que la théorie de l’évolution n’était qu’un beau conte pour enfants naïfs … De nos jours on ne compte plus les scientifiques de domaines variés qui concluent que ‘l’évolution’ n’est qu’une vue de l’esprit peut etre séduisante dans sa simplicité mais sans aucune réalité : mais ils n’ont le droit de s’exprimer que dans des revues spécialisées (sauf dans le monde … anglo-saxon)
    Concernant le second point, lorsqu’on a un minimum de connaissance épistémologique et aussi d’honneteté intellectuelle, on se garde de nier la différence entre les différents ordres de causes des êtres dans leur existence, leur nature et leur devenir tout comme de nier que ces causes sont en connexions et organisées entre elles puisque leur objet est unique à savoir la réalité existante.
    M Krauthamer dans cette citation, se révèle un parfait scientiste.
    Quant au directeur de l’observatoire du Vatican, il faut savoir qu’il ne représente que lui même en la matière : il suffit de lire les interventions répétées depuis cet été du cardinal Schönborn, (entre autres corrigeant comme il se doit dans le New York Times les ambiguités du discours de Jean Paul II en 1986 sur ce thème), interventions quasi inconnues en France et notamment dans son clergé englué dans le (soi disant) scientifico-théologico correct.
    Abonnez vous à la revue du CEP, de première qualité scientifique, historique, philosophique et théologique, que j’ai connue par hasard lors d’études à l’université, cela vaut vraiment le coup. (PS je n’ai aucun intéret commercial dans l’affaire)

  2. Les lecteurs du Salon n’ignorent en effet pas cette intervention du Cal Schoenborn :
    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2005/07/schoenborn_lve_.html
    L’intervention du cardinal portait en premier lieu sur le détournement de paroles de Jean-Paul II; mais il poursuivait, c’est vrai, par de (courageuses) prises de position anti-darwiniennes… dont je me demande, pour être tout à fait honnête, si elles ne passent pas un peu vite de l’ordre de la biologie à celui de la métaphysique,et vice-versa.

  3. Le sort de toute théorie est d’être soit contredit soit absorbé par une théorie plus grande (grec théorein : contempler). Il y a des théories scientifiques et d’autres qui ne le sont pas : La psychanalyse est une théorie et l’inconscient une hypothèse, mais pas une théorie scientifique, et constitue pour beaucoup d’athées un substitut confortable à la foi, avec les idoles Freud, Lacan et sainte Dolto.
    Pour valider une théorie scientifique, autant se fier à l’épistémologie de Karl Popper, bonne méthode : Une seule réfutation a plus de valeur qu’une multitude de confirmations.
    Et que dit la théorie de Darwin :
    *Si les êtres vivants varient et que ces variations conditionnent leur capacité à survivre;
    *Si parmi les espèces qui survivent, certaines d’entre elles produisent plus de descendance;
    *Si les survivants transmettent leurs caractéristiques aux générations suivantes,
    *La conclusion : Alors les caractéristiques qui les ont aidés à survivre deviendront de plus en plus communes au cours des générations.
    Et de cette théorie les scientifiques ont construit le dogme : « L’évolution n’a pas de sens, juste un chaos qui s’organise par le fait du hasard ». Les travaux récents de l’épigénétique (DYOG, Do Your Own Google) réfutent le darwinisme et donneraient plutôt raison à Lamarck qu’à Darwin -pour faire court, et le dogme vole en éclat. Ce n’est pas une raison pour combler la brèche avec des arguments religieux non-scientifiques. En ce sens la démarche finaliste de Teilhard est beaucoup plus honnête, cherchant à donner un sens plutôt qu’une cause à l’évolution.
    N’oublions pas que Newton cherchait Dieu et trouva la gravité, saluons l’honnêteté intellectuelle de l’abbé Lemaitre qui découvrit le Big Bang et s’opposa au Pape qui voulait voir dans sa théorie le ‘Fiat Lux !’ des Écritures.
    Non, foi et science n’appartiennent pas au même domaine.

  4. D. Lambert, spécialiste de G Lemaître inventeur du Big Bang (Un atome d’univers, la vie et l’oeuvre de G lemaître, Bruxelles, Racines/Lessius 2000)fait justement remarquer Lemaître a eu raison d’intervenir auprès de Pie XII pour que ce dernier ne renouvelle pas son imprudence de 1951 rapprochant un peu vite le Fiat Lux biblique de la symple hypothèse du big bang, dans un texte tardif s’était rendu compte que son ‘discordisme’devait plus relever de la prudence méthodologique que d’une ‘option profonde’. Or malheureusement beaucoup d’intellectuels chrétiens confondent les deux, aboutissant à une vraie schizophrénie. S’il ne faut pas assimiler les différentes voies rationnelles de la connaissance du réel, le réel n’est pas pour autant ojet de double ou triple vérité qui ne se rencontreraient jamais : le discours scientifique le sait lui même qui sous peine sombrer dans un pur conventionnalisme quasi idéaliste et ensuite inopérant, ne peut pas ignorer qu’il possède une réelle portée métaphysique, quoi que seulement partielle. L’ignorer (= philo de la nature, métaphysique, théologie ne sont que des opinions et non des savoirs scientifiques) ou l’exagérer (seule la science expérimentale a le dernier mot sur la connaissance de la réalité), c’est le vice d’une pensée de type scientiste. Les êtres réels relèvent de quatre types de causalité d’ailleurs hiérarchisées entre elles que la raison peut découvrir: matérielle, instrumentale, formelle et finale. La science expérimentale vise les deux premières mais ses instruments ne sont pas prévus pour les deux autres, ce qui ne les empêchent pas d’exister ni d’être aussi objet de connaissance rationnelle.
    Par parenthèse, il est bon de savoir que le Big Bang a plus que du plomb dans l’aile chez les astrophysiciens qui se plaignent que partout on ne leur donne des crédits que pour travailler cette hypothèse et qu’on leur refuse des crédits pour en chercher d’autres, alors que cette hypothèse comme l’ancienne cosmologie de Ptolémée ne survit qu’à coup de suppositions improbables et toujours plus nombreuses pour colmater l’augmentation de ses apories qui s’accumulent par le progrès des observations. (cf. Eric Lerner 2004. Bucking the Big Bang, New Scientist 20, May 22 et Marcus Chown 2005 Did the Big Bang really happen ? New scientist, July 2)
    Le problème de Teilhard comme l’a montré Etienne Gilson dans ‘D’Aristote à Darwin et retour’, c’est qu’il ne fait ni de la théologie ni de la philo mais qu’il plaque un donné de foi quasi vidé de son poids rationnel, sur un donné dit scientifique déjà contestable à l’époque et dont on sait maintenant qu’il ne vaut pas grand chose. La pensée rationnelle se leurre dans son travail si elle cherhce à donner un sens plutot qu’une cause à des faits établis, elle progresse plutot les ayant établis à tâcher de les comprendre par les quatre type de causalité susdites et ce faisant la connexion des résultats de chaque ordre fait apparaître le sens inclut dans la réalité. Il est plus qu’osé de dire, malgré le dogme ambiant et non rationnel de ‘lévolutionnisme chrétien’ que Teilhard était plus honnête intellectuellement. Il l’était peut etre comme homme, cela ne nous regarde pas, mais vraisemblablement pas comme penseur.

  5. En évoquant Teihard je pensais aussi aux travaux d’Anne Dambricourt ; de ses recherches elle aboutit à la conclusion que l’évolution n’explique pas tout et qu’il existerait un certain nombre de ‘plans’ évolutifs communs aux espèces. Anne Dambricourt vouée aux gémonies par beaucoup de ses pairs et accusée de promouvoir l’Intelligent Design ce qui est archi-faux, la théorie constructale (par exemple)de Adrian Bejan appliquée à la biologie peut aboutir aux même conclusions. Teilhard raisonnait avec les acquis de son époque, mais ne spéculait pas. Mme Dambricourt = néo-teilhardienne ?

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