Le revenu universel : une utopie ?

C'est l'avis de Pierre Marchand dans l'Action française 2000. Extrait :

Unknown-23"[…] un revenu se définit par une somme perçue en échange d’ un bien ou d’ un service, raison pour laquelle nous préférons parler d’ aide. Mais contester son appellation, c’est déjà remettre en cause le principe en le liant non pas à un état de fait mais à une nécessité. « Aider ceux qui font pour le compte de ceux qui ne peuvent pas », aime à dire le prince Jean de France, ainsi que le rappelait François Bel-Ker lors de son allocution au colloque “Je suis royaliste, pourquoi pas vous ?”. Le revenu de base est-il conforme à ce principe ? Comme souvent, la doctrine sociale de l’Église nous aide à y voir plus clair. Certes, nombre des tenants du revenu de base s’en réclament ou du moins affirment que cette  idée ne lui est pas contradictoire. S’il est difficile d’être aussi catégorique, il convient de rappeler certains préceptes de la doctrine sociale et notamment le suivant:

« Aucun chrétien,du fait qu’il appartient à une communauté solidaire et fraternelle, ne doit se sentir en droit de ne pas travailler et de vivre aux dépens des autres. »

Le revenu universel risquerait à cet égard d’introduire un bien dangereux biais. D’autant que la doctrine sociale définit assez précisément les principes de la redistribution :

« Un bien-être économique authentique se poursuit également à travers des politiques sociales de redistribution du revenu qui, tenant compte des conditions générales, considèrent opportunément les mérites et les besoins de chaque citoyen. »

Le revenu de base ne tient compte ni de l’un – notre pays a-t-il les capacités de prendre en charge un tel revenu, ou doit-il se les donner au risque d’ entrer en contradiction avec d’autres principes ? –, ni de l’autre – ce revenu étant inconditionnel, il exclut de facto la question des mérites, et même celle des besoins.

Pour toutes ces raisons, nous préférerons toujours que les aides soient dictées par le réel et non par les idées. En quoi ce dispositif permettrait-il de remettre en cause la toute-puissance de la finance, de repeupler les zones rurales, de recréer de véritables solidarités, nécessairement locales, et un tissu social harmonieux ? Les multinationales continueront à prospérer outrageusement sur le dos de travailleurs d’autant plus souvent étrangers que les nationaux pourront s’y soustraire en vertu de ce revenu, qui continuerait en outre à tirer les salaires vers le bas. Le revenu de base conforterait ainsi le système libéral tout en achetant le silence de ceux qui en souffrent le plus. Michel Foucault, bien inspiré sur ce sujet, posait déjà les bonnes questions :

« Cette idée […] vise explicitement à une action qui va atténuer quoi ? Les effets de la pauvreté et ses effets seulement. C’est-à-dire que l’ impôt négatif [autre nom du revenu de base] ne cherche aucunement à être une action qui aurait pour objectif de modifier telle ou telle cause de la pauvreté. »

Cet impôt négatif « assure en quelque sorte une sécurité générale, mais par le bas, c’est- à-dire que dans tout le reste de la société on va laisser jouer, précisément, les mécanismes économiques du jeu, les mécanismes de la concurrence, les mécanismes de l’entreprise ». Le revenu universel contre la pauvreté, c’est un peu comme le Soleil vert contre la faim ou Facebook contre l’exclusion sociale. On peut et l’on doit réfléchir à de nouveaux outils de solidarité, mais on est ici plus proche d’un nouveau modèle de société ; une utopie concrète, comme l’ appellent ses partisans. Utopie concrète mais utopie quand même."

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