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France : Politique en France

Le retour de l’objection de conscience électorale

Dans La Nef de décembre, Thibaud Collin relance le débat entre partisans du vote pour un hypothétique "moindre mal" (moindre pire ?) et l'abstention, qui avait déjà fait débat en 2007, à propos du second tour de la présidentielle (pour rappel, la position du père Garrigues – ou ici et ici – en faveur de l'abstention si les candidats proposent d'agraver la situation en regard des principes non-négociables). Thibaud Collin doute de cette option :

N"A l’époque, j’avais été sensible au caractère prophétique et radical de l’interprétation du père Garrigues, même si je considérais que l’on pouvait voter pour un programme maintenant le statu quo. De plus, je considérais que le seul moyen pour les catholiques de peser réellement sur l’élection aurait été de faire valoir, en amont, les exigences éthiques fondamentales, par exemple, sous la forme d’une charte éthique à faire signer par les candidats. Or l’efficacité d’un tel dispositif disparaît s’il est avéré que, quelles que soient les positions prises par les candidats, les catholiques se rallieront, de toute façon, au moins mauvais programme.

Le problème interprétatif se concentre sur la manière de comprendre l’expression du n. 4 de la Note : « favoriser par son vote ». Le père Garrigues considère que l’enjeu ultime est de manifester la cohérence et l’intégrité de la conscience chrétienne. Voter pour le moindre mal serait une manière de la compromettre. « Si le sel s’affadit… » On est donc bien là dans le registre prophétique orientant vers un au-delà du politique. Aujourd’hui, ma question est : le vote est-il le lieu adéquat de ce témoignage ? En effet, la traduction d’une telle attitude est bien « l’objection de conscience électorale » (abstention ou vote blanc). Or, comme le disait très bien le père Garrigues, ce retrait prophétique du jeu électoral ne pourrait avoir un effet politique que s’il est massif et annoncé, donc anticipé et craint par ceux qui, dès lors, auraient « intérêt » à écouter les exigences chrétiennes. Tout cela ne peut se faire sans un engagement massif de la hiérarchie ; tel n’a pas été le cas en 2007. Et en 2012 ?

Dans ces conditions, le refus de voter pour le moins mauvais programme est de facto une manière de privilégier le programme le plus mauvais – dans la mesure, bien sûr, où l’on juge un programme plus mauvais qu’un autre. Car en matière pratique, il n’y a pas de neutralité possible. «Nous sommes embarqués…». Dans des circonstances qu’ils n’ont pas choisies, les citoyens catholiques sont responsables de par leurs actes de la détermination du bien commun, prenant parfois la figure du moindre mal. Autrement dit, c’est le mode pratique du vote qui exige de se déterminer. Dès lors, celui qui refuse de se déterminer… se détermine quand même et son abstention profite, objectivement, à l’aggravation de la situation sociale et politique. Alors même que par son vote, il aurait pu contribuer à la ralentir. Toute cette question présuppose une compréhension des limites et de la nature du vote, comme mode de participation des citoyens à l’autodétermination d’un peuple. Bref, ne pas voter, c’est encore voter…"

Cette vision a le défaut de présenter l'action électorale comme un acte à court terme, sans stratégie, ce que confirme l'usage d'un terme comme "ralentir". Or, si l'abstention peut, à première vue, profiter au programme considéré comme étant le pire, elle peut aussi, à plus longue échéance, peser pour que le programme de celui qui a échoué, comprenant ce qui lui a manqué (2% ?), soit corrigé dans un sens plus conforme aux principes non négociables.

Ajoutons que, par rapport à 2007, la hiérarchie de l'Eglise en France a été beaucoup plus claire, dans son document, quant aux principes non négociables.

Mais Thibaud Collin a raison de souligner les limites du vote, qui ne peut en aucun cas être l'alpha et l'omega de l'action électorale.

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13 commentaires

  1. Voter blanc , c’est voter . Et voter , même pour personne , c’est accomplir son DEVOIR de citoyen , sinon “on laferme”!

  2. Est ce que les catholiques “non pratiquant” iront lire cette info ?
    car des catho “de gauche” votent n’importe quoi sans avoir lu le document de l’Eglise …
    là c’est dommage et très embêtant

  3. Pourquoi ne proposer comme dilemne que le choix entre abstention et vote pour le soi-disant moindre mal ? le vote blanc existe, lequel augmente régulièrement d’ailleurs et atteint maintenant plusieurs millions de voix à chaque fois et il est révélateur qu’il soit bien plus la ‘bête noire’ des ‘installés du système et prolongateur de l’impasse politique du pays’ qui, pour forcer à voter pour l’un d’eux, n’en parlent jamais (alors qu’il exprime un vrai choix politique contrairement à l’abstention) et ne font croire qu’il n’y a comme choix que voter pour l’un d’eux ou aller à la pêche

  4. on va dire que les “idiots de cathos” n’auront pas d’autre choix si ils veulent éviter la gauche…
    Conclusion :
    vote blanc…

  5. Les points non-négociables, c’est une chose.
    Mais après, il reste quand même l’économie, l’immigration, la sécurité, l’Union européenne, l’enseignement supérieur…
    Ne baser son vote que sur des aspects “éthiques”, en oubliant tout le reste ?
    [Non : mais les solutions sont négociables sur ces autres sujets. Ils n’ont pas le même poids moral. Les premiers sont même indispensables pour résoudre les autres. Prenez l’économie : sans remettre la famille, libre et responsable, à la base de la société, il y a peu de chance à ce que l’économie se porte mieux. MJ]

  6. Il est possible de voter pour un parti qui n’aille pas à l’encontre des points non négociables, ou du moins qui, en votant pour lui, permettrais de limiter efficacement leur action.
    Et d’autres problèmes de société existent à prendre en compte qui ne sont pas abordés, liberté scolaire et éducative, indépendance nationale, etc.
    Nous ne sommes pas des spiritualistes, ou des purs esprits.
    Il existe des propositions pour voter conformément à ce que nous demande l’Eglise. Certes, pas dans l’absolu, mais pas non plus dans un relativisme.
    Cherchez un peu, là ou nos évêques ne nous invitent pas forcément à aller. Et pourtant!
    Désolé, bergère, j’aime pas les moutons!

  7. Le danger est celui du candidat qui, drapé dans ses convictions morales parfaitement nobles, mais qui n’a à peu près aucune autre proposition, qui, ayant ses signatures, ferait 1% des voix, disant: je suis en accord avec ma conscience et avec Benoît XVI…
    Quant au vote blanc, dans le système actuel il ne sert à rien, hélas, parce que les politiques n’en tiennent pas compte.
    S’il n’y a que 3 suffrages exprimés: celui qui reçoit deux voix hurlera victoire: j’ai 66%! il se moquera des millions de bulletins blancs.

  8. Voter blanc est voter nul = abstention.Il faut voter pour le moindre pire,avec une pince à linge sur le nez….mais il faut y aller…Fallait pas se rallier à la république avec Léon XIII…Les absentionnistes ont les mains pures , mais ils n’ont pas de mains….

  9. La démarche d’audace 2012 est plus intéressante , pour le moment , que le vote blanc car elle donne quelques points de résistance au nihilisme ambiant . pour la guerre contre les ennemis de la civilisation européenne la résistance vaut mieux que l’abandon du combat .

  10. Une solution dans l’incertitude : le vote nul explicité
    1 – Le vote blanc n’est pas comptabilisé comme “suffrage exprimé” (il est donc comme “nul”). Sous peine de nullité, la loi ne permet pas non plus l’expression citoyenne indispensable à un bon exercice démocratique (dans la ligne du message de Noël 1944 de Pie XII). Pourtant il est utile et intéressant de faire savoir clairement pourquoi on ne peut ni ne veut voter.
    La solution est de s’exprimer sur son bulletin.
    C’est plus constructif qu’un vote blanc lui aussi considéré actuellement comme nul…
    Voter nul en s’exprimant positivement et brièvement vaut donc mieux que voter nul blanc.
    2 – On place donc dans l’enveloppe un papier format bulletin de vote où, préalablement, on a lisiblement écrit le message (100 signes maximum, imprimé si possible). Les scrutateurs en feront l’usage que leur conscience leur indiquera (et ils ne manquent pas de les lire).
    —————————————–
    Travailler par ailleurs pour que la loi électorale accepte comme suffrage “exprimé” des bulletins comportant des expressions courtes et constructives. Faire valoir que l’outil informatique permet de synthétiser et de publier ces observations le temps qu’il faudra après la proclamation des résultats.
    Cela ne pourrait-il pas diminuer l’abstentionnisme et baliser la superbe de certains élus ?

  11. Il y a une réforme électorale de fond à entreprendre.
    Quelques suggestions limitées (pour tous élus sauf présidence de la République) :
    On ne doit pouvoir voter que pour des candidats et des équipes qu’on peut voir à l’œuvre et qui nous sont proches.
    – Renforcer une démocratie de proximité, par des recommandations solennelles des candidats municipaux, conseillers régionaux et députés par un “Conseil de candidatures (CC)” composé de ceux qui sont compétents, c’est-à-dire les élus locaux connus, proches du peuple, et plus à même d’évaluer les capacités et honnêteté, de personnalités locales dont la pratique est digne de confiance (médecins, clergé, juges, …) en dehors des partis auxquels il serait interdit de “présenter” des candidats….
    Fonds de campagne limités (avances remboursables par le budget correspondant) à disposition du CC. Accès aux médias locaux exclusivement (les nationaux étant réservés aux scrutins présidentiels seulement)…. Pas d’interventions directes de tous élus.
    – Les partis se sont emparés de pouvoirs exorbitants : Exclusivité dans la désignation des candidats, financement de campagnes dispendieuses payées en réalité par les contribuables, interventions exclusives dans les médias, pignon abusif sur rue aux assemblées d’élus, etc…, chantage électoral et électoralisme…
    Envisager des limitations importantes de ces pouvoirs. Par exemple : Intervention dans les médias limité à l’exposition d’un programme, fin des débats-empoignades qui exacerbent les passions sans rien clarifier, interdiction de présenter des candidats, réduction sensible de leur financement… etc…
    Quel organisme politique salubre en jettera les bases et ouvrira un débat de fond ?

  12. Sempiternel débat, en effet.
    “Le vote nul explicité” de Jo Lebout est intéressant, surtout s’il est explicité publiquement.
    Qu’on vote nul (blanc), qu’on s’abstienne, ou qu’on soutienne un candidat, je crois qu’il faut savoir le justifier publiquement afin que le vote catholique prenne du sens : quels critères de choix, quelle stratégie ?
    Mais rendre visible notre exigence de fondements non-négociables à la vie de la Cité exige une structuration collective pour mieux faire pression.
    Audace 2012 constitue une très prometteuse initiative, soutenons-la !

  13. Désolé Thibaud Collin, mais il y aussi le point de vue eschatologique.
    Si l’on ne peut que “contribuer à ralentir”, un décours politique qui est une évidente course à l’abîme, lequel correspond au seul goulot d’étranglement d’où puisse ressurgir le seul Renouveau possible… alors, la sagesse nous conseille t-elle d’aider cette époque de pourriture à “durer”? N’est-ce pas alors augmenter l’intégrale (mathématiquement parlant) du mal réellement vécu par l’humanité?
    Je ne dis pas cela uniquement parce que je ne prends pas à la légère les écrits de Marie-Julie Jahenny, mais par ce qu’en terrain boueux, tout ralentissement est le meilleur moyen de s’enliser.
    Voter n’est plus que le jeu dérisoire de tenter de hiérarchiser des politiciens qui ne sont guère que des suppôts de l’esprit du Mal.

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