Le progressisme demeure hégémonique idéologiquement

De Guillaume de Thieulloy dans Les 4 Vérités :

Capture d’écran 2017-11-13 à 22.11.26"J’ai lu avec beaucoup d’intérêt le « Rapport de la refondation de la droite et du centre », récemment publié par Bernard Accoyer, secrétaire général des « Républicains ».

Le premier intérêt que je vois à ce rapport, c’est d’enfin accepter le fameux « droit d’inventaire ». Je n’ai jamais compris pourquoi, après la défaite de Nicolas Sarkozy, en 2012, il a été interdit de tenter un bilan critique de la droite au pouvoir. Ce bilan était tout à fait insatisfaisant. Et, bien davantage qu’une victoire de la gauche, les défaites de la droite aux élections de 2012 et 2017 révèlent, à mon sens, un dégoût des électeurs de droite pour la lâcheté et la trahison de leurs dirigeants. Il est donc bon que ce travail ait enfin été entrepris. Il semble l’avoir été assez honnêtement. Cela permet de constater, une nouvelle fois, que les militants et sympathisants sont beaucoup plus à droite que les élus.

Le plus important enseignement de ce rapport réside dans le fait que le désaveu des électeurs est lié aux promesses non tenues. Tant que les dirigeants de droite se contenteront de discours de droite pour être élus, bien décidés à mener une politique de centre-gauche après l’élection, la droite ne reprendra pas durablement le pouvoir.  Il faut aussi écouter l’avertis- sement de l’excellent essayiste québécois Mathieu Bock-Coté: « La gauche a été si longtemps dominante qu’ il lui suffit d’être contestée pour se croire assiégée, alors que la droite a été si longtemps dominée qu’ il lui suffit de se croire entendue pour se croire dominante. La réalité est pourtant simple: le progressisme demeure hégémonique idéologiquement. »

Non, la droite n’a pas gagné la bataille des idées! Certes, les intellectuels de gauche se contentent de la fonction de perroquets savants, tandis que les choses intéressantes dans le débat intellectuel viennent de la droite. Mais l’hégémonie culturelle de la gauche demeure. Il est, en tout cas, extrêmement révélateur que seuls 14% des militants interrogés considèrent que le projet de M. Fillon soit responsable de la défaite. À l’heure où les juppéistes, sèchement battus aux primaires, prétendent « centriser » le discours, rappelons que plus le programme est à droite et plus les électeurs sont mobilisés. Ce n’est pas parce qu’une idée déplaît aux bien-pensants qu’elle n’est pas bonne.

Il est intéressant, à cet égard, de constater un début de mea culpa des élus sur la question de l’identité. L’eurodéputée Françoise Grossetête évoque ainsi timidement l’identité chrétienne de l’Europe et reconnaît l’erreur de Jacques Chirac qui, par laïcisme et islamophilie, avait refusé que la constitution de l’UE fasse allusion aux sources de notre civilisation. Mais, sur cette question civilisationnelle, il reste encore beaucoup de chemin à faire, quand on voit certains poncifs léniants sur la république « chance pour l’ islam » (?). Il est frappant que les experts et les militants sont, sur ces enjeux de civilisation, beaucoup plus clairs que les élus cités dans le rapport. La reconstruction sera longue et demandera de «dégager» les dirigeants soumis à l’idéologie socialo-soixante-huitarde.

Dernier écueil, et non des moindres: le rapport postule qu’aucune alliance, sur aucun sujet, n’est possible avec le FN. Pourtant, il ressort clairement du texte que les militants LR partagent bon nombre de convictions avec le FN. On laissera sur ce sujet le mot de la fin à l’écrivain Denis Tillinac: « Ne commencez pas à trembler à chaque fois que les médias vont dire que vous êtes en train de vous lepéniser. » Il faut être logique: si LR peut s’allier avec LREM sur certaines réformes économiques, il doit pouvoir s’allier avec le FN sur d’autres sujets."

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