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Pays : Liban

Le Liban, entre la Syrie, l’Iran et le Hezbollah

Le Liban, entre la Syrie, l’Iran et le Hezbollah

« L’Orient-Le Jour » a réalisé un grand entretien avec le chef des Forces libanaises Samir Geagea. Extraits :

« Il est d’abord totalement erroné de penser que Téhéran est victorieux dans la région. Les faits le prouvent quotidiennement. La dernière preuve en date sur ce plan est la déclaration du président de l’Agence nucléaire iranienne qui a indiqué qu’ils ont été contraints de fermer la centrale de Bouchehr en raison des sanctions économiques. Sans compter la conférence de Varsovie qui est un précédent en la matière et qui s’est tenue en présence de plus d’une quarantaine de pays dans le but d’accroître la pression sur l’Iran. De plus, l’Égypte, qui adoptait une attitude souple à l’égard de Téhéran, a durci sa position au cours des derniers mois. »

« Au niveau syrien, en dépit de tous les développements sur le terrain depuis un an, Bachar el-Assad (principal allié stratégique de l’Iran) reste en équilibre instable. Même la visite d’un ministre (libanais) en Syrie pour rencontrer officiellement Bachar el-Assad reste problématique. De plus, la Syrie n’a pas encore été réintégrée à la Ligue arabe. Tous ces indices tendent à prouver qu’il n’est pas vrai que l’axe iranien est victorieux dans la région. Cet axe fait face à de très fortes pressions, comme le montrent d’ailleurs les raids aériens israéliens répétés contre l’Iran et ses alliés en Syrie sans qu’il y ait une réaction iranienne. »

« En ce qui concerne le cas spécifique du Liban et le fait de savoir si l’axe iranien est victorieux sur la scène libanaise, certains faits démentent l’assertion selon laquelle Téhéran est en position de force sur la scène locale. Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah a souligné récemment que l’Iran est disposé à fournir une aide militaire à l’armée libanaise et à exporter, entre autres, des produits pharmaceutiques au Liban. Quelques jours après ces déclarations, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Jawad Zarif, a effectué une visite à Beyrouth et a réitéré cette offre. Toutefois, il n’a pu conclure aucun protocole d’accord au cours de cette visite. Comment le gouvernement actuel serait-il ainsi le gouvernement du Hezbollah et comment pourrait-on dire que Téhéran est victorieux au Liban? »

« Au-delà de ces facteurs conjoncturels, réfléchissons à ce que désire le Hezbollah au Liban au niveau de la présidence ou du gouvernement. Je prends l’exemple de la milice chiite dite de “la mobilisation populaire” en Irak (“al-Hachd ach-chaabi”). Un an seulement après sa formation, cette milice a été légalisée et elle est devenue l’un des bataillons de l’armée irakienne. Le Hezbollah, par contre, est présent au Liban depuis trente ans. Non seulement sa milice n’a pas été légalisée, mais la question ne se pose même pas. C’est le contraire qui est au centre du débat, à savoir la dissolution de son appareil militaire. Comment peut-on donc dire que le Hezbollah est maître du jeu sur la scène libanaise ? »

« Le deuxième objectif que cherche à réaliser le Hezbollah, comme l’illustrent certains médias proches de lui, est le partage du pouvoir suivant le principe des trois tiers (entre sunnites, chiites et chrétiens) et non pas sur base de la parité (islamo-chrétienne). Or, le Hezbollah n’a même pas encore réussi à soulever cette question publiquement. Donc, contrairement à ce que tout le monde pense, il n’est pas vrai que le rapport de force est en faveur du Hezbollah. Non moins de 70 ou 80 pour cent des parties politiques au Liban sont contre le projet du Hezbollah. »

« Ceux qui estiment que le parti chiite est devenu maître du jeu s’appuient sur les résultats des élections législatives. Ces résultats auraient pu être plus favorables si la faction opposée au parti chiite avait su conclure les alliances de manière plus opportune. Si ces alliances avaient été mieux mises en place, nous aurions pu remporter une dizaine de sièges parlementaires supplémentaires entre le courant du Futur et les Forces libanaises. Donc, la perception qu’ont eue les gens au sujet du renforcement de la présence du Hezbollah est due beaucoup plus au manque de cohésion au niveau de la faction opposée au parti chiite qu’au renforcement en tant que tel du parti. Le Hezbollah n’a pas et ne peut pas mettre la main sur le Liban, en raison de la spécificité même du pays. »

En ce qui concerne la conjoncture à l’échelle régionale, M. Geagea souligne que « la confrontation dans la région est à son paroxysme ».

« Cette confrontation est très sérieuse et elle se poursuit. Sur quoi peut-elle déboucher, c’est difficile de le savoir. Mais ce qui est sûr, c’est que sur les plans politique, économique et diplomatique, la confrontation contre l’Iran se poursuit jusqu’au bout. Le président Trump va jusqu’au bout dans cette confrontation, appuyé en cela par la plupart des pays arabes, dont l’Égypte, Israël et même les Européens qui, en apparence, ne suivent pas, mais qui dans les faits s’y associent. »

Commentant en outre les polémiques qui surgissent de temps à autre entre les Forces libanaises et le Courant patriotique libre, M. Geagea affirme :

« Cette réconciliation avec le CPL avait pour but de tourner la page d’une phase d’hostilité pour la remplacer par un climat de coopération dans les limites que permet le positionnement politique de chaque partie. Il en est de même de la réconciliation avec les Marada. Nul d’entre nous n’a menti à l’autre. Cette réconciliation avec le CPL a abouti à la présence d’un président de la République en bonne et due forme ; elle a abouti à une nouvelle loi électorale dont le résultat est que, pour la première fois en 40 ans, il y a un équilibre au sein du Parlement, un équilibre très représentatif, d’autant qu’avec cette loi, nul ne peut fausser le jeu en termes de représentativité. La réconciliation a abouti aussi à la mise sur pied d’un gouvernement au sein duquel il y a un équilibre sur le plan de la représentation communautaire, les quinze ministres chrétiens représentant réellement les chrétiens. Donc, de ce point de vue, cette réconciliation a abouti à des résultats. »

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Guillaume de Thieulloy
Directeur du Salon Beige

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