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Culture de mort : Euthanasie / France : Société

Le «gérontocide» sera-t-il le génocide du XXIe siècle ?

Alexandre Devecchio interrogeait pour le FigaroVox Robert Redeker, professeur agrégé de philosophie  et écrivain. (Son dernier livre, Bienheureuse vieillesse vient de paraître aux éditions du Rocher.) L'auteur exprime des réalités très justement observées : le culte de la jeunesse dans notre société à la pyramide des âges inversée représente un danger à la fois pour la jeunesse et pour la vieillesse, pour le passé comme pour l'avenir. Le refus du péché originel coupe l'être humain de sa rédemption et partant, de la vie éternelle, qu'il veut donc obtenir sur terre, d'où ce culte voué au jeunisme. Extraits :

[…]"Selon vous, la société contemporaine serait obsédée par la jeunesse. Pourquoi?

[…]Depuis les années 60, en lien avec le triomphe planétaire de la société de consommation, la jeunesse a été ontologisée. Elle a été figée en Être excluant le Devenir. De cette ontologisation découle l'impératif collectif de rester jeune jusqu'aux bords du tombeau. Pour nos contemporains, ne plus être jeune, c'est ne plus être. Nous avons refusé de voir dans la jeunesse un devenir sans retour, une transition, un passage, une étape sur le chemin de la vie, un moment dans son écoulement. Disciples de Parménide sans le savoir, nous avons figé la vie dans un seul de ses âges, la jeunesse, déclassant tous les autres, favorisant la honte de ne plus être jeune. Le Tartuffe contemporain, au temps où les corps s'exposent volontiers dans tous leurs charmes, dira plutôt: cachez votre vieillesse que nous ne saurions voir. Oui, nous avons arrêté la jeunesse dans une trompeuse éternité.[…]

Derrière la question de la vieillesse, il y a aussi la question du passé. Le jeunisme est-il aussi un moyen de faire table rase de celui-ci?

Le jeunisme est l'idéologie d'un temps qui veut faire table rase du passé. «Du passé faisons table rase», était l'hymne du progressisme – à tout le moins du progressisme mal compris, éradicateur. Mais l'époque actuelle veut aussi supprimer l'avenir. Elle ne veut de racines ni dans le passé ni dans l'avenir. Elle ne veut être ni redevable ni responsable. Ni redevable au passé ni responsable devant l'avenir – d'où la crise de l'éducation. La destruction irréversible de l'école par Mme Valaud-Belkacem est une suite logique de ce double refus. Comment éduquer quand il n'y plus rien à transmettre et plus rien à promettre? Voilà pourquoi les vieux inquiètent: au sein de ce vide temporel qu'est devenu notre société, ils sont la présence du passé, la présence et le présent des racines, leur présence témoigne en faveur de l'exigence de transmettre, pour que ce qui fut par le passé soit dans l'avenir (les œuvres, la langue, les bonnes meurs).[…]Que la vieillesse soit une promesse d'avenir est, tout en restant incompréhensible à nos contemporains, l'une des plus fortes suggestions de l'idée chrétienne de résurrection.[…]

On a le sentiment que la génération 68, obsédée par son éternelle jeunesse, a refusé l'idée même de transmission. Finalement, les jeunes ne sont-ils pas les premières victimes du jeunisme?

Il est manifeste que les plus âgés détiennent les pouvoirs, tous les pouvoirs, qu'ils n'ouvrent pas la porte aux plus jeunes, qu'ils ne s'effacent pas. Cette vérité touche la politique, l'industrie, la culture, la presse, les professions prestigieuses et valorisantes. Il y a une gérontocratie – rien de plus exact! – mais qui exerce son pouvoir selon une idéologie qui dit l'inverse, une idéologie anti-vieux, une gérontophobie, autrement dit une peur et haine de la vieillesse, le jeunisme. Gérontocratie et gérontophobie sont les deux faces de la même médaille.[…]Un inquiétant paradoxe en résulte: les jeunes sont empêchés d'entrer dans la vie parce que la jeunesse est trop aimée (les vieux gardent le plus longtemps possible les postes et les pouvoirs, les places et privilèges, s'il le faut en étant, pour parler comme Philippe Muray, des rebellocrates). La domination de l'idéologie jeuniste est néfaste aux vieux et aux jeunes, bref à l'ensemble de la société.[…]

Que répondez-vous à ceux qui estime[nt] que l'euthanasie est un moyen de combattre, non pas la vieillesse ou la faiblesse, mais la souffrance?

Le mot d'euthanasie, qui signifie bonne mort, mort douce voire heureuse, est un mensonge, un mot totalitaire qui contient une contradiction: camoufler une mise-à-mort en opération humanitaire. On peut bien sûr en comprendre les raisons, l'approcher avec empathie, mais on ne peut accepter le mensonge. Il y a une grande différence entre laisser mourir et mettre à mort. Il est vrai aussi que, d'une part, la mort et la souffrance sont devenues dans nos sociétés insupportables, et que, d'autre part nous sommes devenus incapables de les penser. Généraliser l'euthanasie signe la fin d'une civilisation, celle dans laquelle le «Tu ne tueras point» est un principe fondamental. C'est entrer dans une civilisation dans laquelle «tuer pour le bien-être» devient la norme. Serons-nous en état d'en fixer les limites? C'est, quoi qu'il en soir, banaliser ce geste de tuer, au nom même du bien de celui qui est tué. Comme il y a l'avortement de confort, il y a aura les euthanasies de confort, comme il y a l'avortement-contraception, il y aura l'euthanasie-tranquillisation. Nous nous apprêtons à ouvrir une terrifiante boîte de Pandore.

A l'inverse, vous dénoncez également l'idéologie «immortaliste». De quoi s'agit-il?

L'immortalisme est l'opposé de la résurrection. Notre société est la société du refus de la vieillesse – donc du passé et de l'avenir – qui est aussi la société de l'immortalisme. Ce refus de la vieillesse est partout signifié, dans le sport, la publicité, le show business, le cinéma, et aussi dans notre vie quotidienne.[…]

L'immortalisme a deux aspects: vivre comme si on était immortel, et le transhumanisme (fabrique artificielle de l'humain par emplacement des pièces obsolètes). L'immortalisme est inhumain parce qu'il repose sur la négation de la mort. L'immortalité inhumaine qu'il propose se différencie de la résurrection, laquelle exige le passage par la mort.[…]

La condition humaine est-elle en train de disparaître?

La condition humaine est bien décrite par Pascal. L'idée de péché originel – le plus puissant garde-fou contre l'inhumain que la sagesse ait pu inventer – exprime à merveille à la fois la persistance de cette condition et la finitude à laquelle l'homme est vouée par essence. Le péché originel pose une limite, un mur, laissant entendre que passer de l'autre côté de ce mur revient à sortir de l'humain, à verser dans l'inhumanité, à transformer l'homme en autre chose, ni un ange ni une bête mais un monstre. Dans la mesure où notre modernité tardive cherche à construire un homme nouveau, hors-sol et hors-nature (ce dont témoigne la faveur de la théorie du genre), régénérable à volonté, interminablement réparable, la réponse est oui. Effacer les limitations – dont, également la vieillesse et la mort, sur lesquelles le péché originel insiste – équivaut à travailler à l'effacement de la condition humaine."

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12 commentaires

  1. « Jeunisme » oui mais dans une certaine limite !
    L’avortement est déjà le génocide des plus jeunes
    et en Belgique on génocide déjà les enfants !
    Le « gérontocide » ne fait que s’additionner aux génocides déjà en cours.
    D’ailleurs en Orient le génocide touche tous les chrétiens, les jeunes comme les vieux.

  2. Quand on analyse un peu toutes ces élucubrations, pour ceux qui possèdent quelques connaissances en histoire, ça ressemble diablement aux théories national-socialistes.
    Adolf Hitler, malgré ce que prétendent toutes nos zélites, a bien laissé un héritage diabolique qu’elles se sont empressées d’adopter.

  3. Texte extraordinaire!
    On voit où aboutit la thèse « sans limite, sans frontières ».

  4. Dans le fond, il existe un courant de « pensée » qui déteste le genre humain, et qui ne rêve qu’à sa disparition pure et simple.
    L’Homme étant l’oeuvre de Dieu, avec sa capacité d’aimer et de créer, il est logique que le Diable, détestant Dieu, veuille la destruction de son oeuvre…
    Je choisis donc de respecter Dieu en respectant sa création, à commencer par les tous petits !

  5. @ Irishman
    Oui, cette détestation de l’humain existe, et elle est largement liée à l’idolâtrie écologique.
    Exemples:
    – « Je veux déshabiller le roi [de la création], mettre à nu ce primate insignifiant et vaniteux qui se prend pour le prince de l’univers. »
    – « Dévorons nos bébés ! […] L’humanité n’a aucun avenir. […] Mes enfants me comblent [… mais] Du point de vue de l’écologie, j’ai conscience d’avoir commis une lamentable erreur. Les engendrer fut un non sens, la pire imbécillité de mon existence, qui n’en a pas manqué. »
    – « L’homme est le cancer de la Terre. » [leitmotiv repris par nombres d’écolâtres.]
    –  » … fini de rêver. […] Je vois venir ma mort avec délectation. »
    Extraits de « L’humanité disparaîtra, bon débarras! », Collection « J’ai lu », Prix du pamphlet, 2006. mis en scène en 2008
    Auteur: Yves PACCALET (ENS, philosophe, journaliste, Pdt de Green Cross France)

  6. Ni passé, ni avenir, c’est l’existentialisme sartrien qui débouche sur l’absurde de Camus.
    L’anthropologie et la cosmologie chrétiennes (tout autant que le judaïsme et l’islamisme) fonde un temps linéaire, avec une création et une fin des temps.
    La négation d’un Dieu créateur se veut libération de l’homme. Dieu transcendant, extérieur au monde, est vécu subjectivement comme oppresseur, obstacle à la Liberté élevée au rang de bien ultime. Mais supprimant la transcendance au profit de l’immanence, cette démarche fonde tous les totalitarismes. La Loi divine immuable est remplacée par la loi humaine relative et nécessairement changeante, aux mains d’un homme.
    L’alternative à un temps linéaire créationniste est un temps circulaire, éternel recommencement, tel que conçu dans les philosophies orientales (bouddhisme, taoïsme, ..) qui prônent la recherche de l’harmonie avec la nature et éventuellement un non agir.
    La conséquence de cette circularité est un « non sens », une absurdité existentielle. C’est bien deux visions du monde incompatibles. Le rejet du transcendant enferme dans le présent.

  7. tres logique tout çà , comme ils dilapident frénétiquement sur des étrangers méprisants et imbus de leur personne et qui n ont jamais ni travaillé ni meme cotisé un centime en France l argent de nos cotisations retraite de toute notre vie active a trimer au bureau ou a l usine , et que tout ceci est murement organisé par le grand patronat apatride UMPS il faut bien trucider les vieux français de souche lorsqu ils arrivent a l age du repos bien mérité
    l’UMPS dégage ! et loin de France !

  8. Jeunisme?
    oui parce que leurs esprits sont malléables:
    entendu ce matin sur France-Info:
    des enfants interrogés sur « l’avenir de la planète »:
    un môme de 10 ans dit:
    « il faut éviter de prendre des douches ou trop de douches pour sauver le Tiers-Monde ». Inciter des gamins de 10 ans à ne plus se laver! facile!
    Quand l’eau des Français reste dans les tuyaux le Tiers Monde boit???
    Doktor Goebbels nicht tot!

  9. Le libertin pour fonder en droit son libertinage est volontiers libertarien. La libre pensée se veut aussi liberté d’action et promeut volontiers l’amour libre.
    La loi est vécue subjectivement comme limitative et oppressante et non comme libératoire.
    La Loi donne un sens interdit (horreur !) et un sens obligatoire (horreur!), mais c’est la transcendance de la Loi qui permet de la transgresser ou de l’observer.
    Sans Loi pas de liberté. Mais aussi sans Loi pas de SENS. Même dans le désert, pour s’orienter (!) on a besoin du soleil.
    A défaut d’une Loi Naturelle ou d’une Loi Divine, on perd le sens de son orientation et l’on ne peut que se raccrocher au totalitarisme de l’idéologie de l’homme providentiel. Toutes les idéologies, car précisément idéologie c’est-à-dire coupée de la nature, sont finalement d’essence totalitaire.

  10. L’idée de péché originel n’a pas été inventée mais révélée ! [Bien sûr, pour vous qui avez la foi, mais pour un non croyant, ça ne crève pas les yeux. Déjà, admettre qu’il puisse exister un péché originel, qui conditionne la vie de l’homme, c’est une belle performance si on n’est pas catholique. MB]

  11. Certes! Il n’empêche que vivre dans une société qui vieillit, où le nombre des « très vieux » augmente sans cesse est déprimant! Certes, nous vieillissons mieux qu’il y a 100 ans, mais on ne nous montre pas facilement le nombre de vieux qui n’en peuvent plus de « jouer » les prolongations à plus de 85 ans, dans des EHPAD où le personnel manque sans cesse et les arrêts de travail se multiplient, où finalement, en dépit du dévouement du personnel, règne une tristesse ambiante délétère. Nous vivons dans des sociétés où , en amont il est difficile de naître et en aval il est difficile de mourir: nous sommes piégés par le progrès de notre « qualité de vie » selon les critères de l’OMS.
    Les femmes des pays riches n’accepteront plus de faire des enfants comme « au bon vieux temps »: il faut donc accueillir les immigrés, réfugiés, migrants, appelons-les comme on veut! Bref, il faut du sang neuf , de la jeunesse! C’est naturel et écologique!

  12. Louis,
    Si le « personnel » manque et est surchargé pour s’occuper des personnes âgées et dépendantes, c’est qu’ils ne sont pas suffisamment payés, surchargés et manquent de considération. Il est tellement plus valorisant d’assister un grand patron en salle d’op pour des opérations médiatiques.
    Pourtant l’aide aux personnes âgées (tout comme l’aide aux mamans) sont des « bassins d’emplois » non délocalisables. La construction, l’entretien et le fonctionnement de telles structures d’accueil sont une mine de revenus et d’impôts.
    Si par ailleurs beaucoup de personnes âgées se sentent dévalorisées, c’est par l’inactivité. Il serait utile de leur ouvrir la possibilité d’activités vraiment utiles, sans charges et sans impôts. Au Japon les personnes centenaires travaillent et cela contribue à les maintenir en forme et à réduire le coût des charges « médico-sociales ».
    Bien sûr on empêchera jamais les personnes de mourir ou d’être malades, mais le regard sur leur situation et la réponse donnée pourraient être très différents. C’est une question de volonté politique.
    Shimon

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