Le célibat ecclésiastique, un signe de contradiction

L'abbé Guillaume Seguin réagit à la récente et pitoyable émission diffusée sur France 2 :

"Malaise … c’est le mot qui revient sur les lèvres de beaucoup après la récente et pitoyable émission « La vie amoureuse des prêtres » (parue sur France 2 dernièrement). […] Dès l’introduction du reportage, la thèse officielle est annoncée : le célibat est d’un autre âge, il est d’ordre disciplinaire, imposé par un diktat de Rome, où l’autorité se fait rétrograde et oppressante. Toute transgression vaudra exclusion. C’est un premier mensonge … sur fond d’émotion télévisuelle. Ces hommes ne s’étaient-ils pas engagés, en toute liberté et connaissance de cause, après six années de discernement ? S’ils ne tiennent pas leur engagement, et qu’ils sont donc infidèles à la parole donnée, quel crédit accorder à leur témoignage ?

Où est le vrai « tabou » dont on nous rabat les oreilles tout au long de l’émission ? Certainement pas dans les amalgames et fausses vérités ressorties pour étayer la thèse officielle. On y entend par exemple que la moitié des prêtres vivraient une double vie. Mais d’où sortent ces chiffres ? Soyons sérieux ! La vie des prêtres est transparente ; on est ici dans la quasi-calomnie et, en tous cas, très loin du journalisme professionnel ! Mgr Ulrich, en première ligne sur cette affaire (voir son interview ici) monte courageusement au créneau sans oublier de faire part de sa douleur. […]

La vérité, c’est que dans un monde déboussolé, où l’on doit même redonner la définition du mariage et expliquer le caractère fondamental de la plus petite cellule vitale de la société qu’est la famille, le célibat est une force. Il n’est ni mépris de la chair ni aversion de la sexualité mais un choix libre, exigeant et fécond. Padreblog en avait déjà parlé. La confession publique de ces hommes devant les caméras est pour nous l’aveu d’une infidélité : un peu de pudeur et de discrétion auraient été plus honnêtes. Et disons-le : savoir que des chrétiens puissent applaudir à la "sincérité" d'un tel choix fait mal …

 L’émission a paradoxalement un avantage : celui de montrer qu’au 21ème siècle, le célibat est un témoignage et un signe de contradiction, plutôt qu’un décalage social. Il s’agit ni plus ni moins de l’anticipation du Royaume de Dieu : une annonce des noces éternelles où le Bien-Aimé comblera les cœurs de tous. Il est aussi une force de conversion et un réel témoignage. Le prêtre n’est ni un fonctionnaire, ni un permanent en pastorale, ni un acteur de lien social. Il est un « autre Christ » […].

Disons-le : ce reportage est exhibitionniste. Il préfère faire la part belle à des « soldats perdus » plutôt qu’aux milliers de prêtres heureux et fidèles. Il n’aborde encore moins l’enseignement de Jean-Paul II, récent et moderne, sur le mariage et la sexualité humaine. Cette exhibition est malsaine et manipule l’opinion. On attendait mieux d’une chaîne du service public ! […]"

15 réflexions au sujet de « Le célibat ecclésiastique, un signe de contradiction »

  1. François

    Je n’ai pas vu cette emission et ne doute pas de sa partialité. Cependant je ne vois pas en quoi le célibat des pretres seraient une “force”. La force de l’Eglise c’est Jesus Christ et Ses Sacrements. Que ceux qui les dispensent soient mariés ou pas je ne vois pas très bien la différence.
    [La force d’être configuré au Christ et de ne faire que ça. Car avec une famille en plus… MJ]

  2. Jacques

    J’ai regardé l’émission en replay, car il est bon de savoir de quoi on parle.
    Je rejoins pleinement l’analyse de l’abbé SEGUIN.
    J’ai ressenti moi aussi un malaise, et ai été quelque peu conforté dans ce que je pensais jusqu’alors. En effet le profil de ses trois prêtres est le même: ultra sécularisé, ayant fait disparaitre tout signe extérieur, pratiquant assidu de la réunionite aïgue: l’un d’eux le reconnait d’ailleurs.
    Je ne veux pas dire que nos abbés plus “classiques” sont à l’abris, et j’ai malheureusement des exemples autour de moi douloureux. Mais il est vrai que si l’habit ne fait pas le moine il peut au moins le protéger… un peu.
    Les arguments développés sont terre à terre, mais font sans nul doute effet sur des chrétiens à la formation proche de l’encéphalogramme plat. Car finalement si pour le sacerdoce contrairement au mariage, on parle de vocation, c’est bien parce que l’on transcende l’état naturel de l’homme qui consiste à se marier. C’est bien ec qui manque dans le discours tenu par ceux qui dans le reportage sont là pour apporter la contradiction. Je ne les blâme pas, car s’il l’ont dit cela a du être coupé au montage.
    En tout état de cause nous nous devons de prier pour nos prêtres car ce choix dans le monde qui est le notre est sans doute encore plus radicale qu’à des périodes où le statut social du prêtre le protégeait un peu plus.

  3. Jean Theis

    Je n’ai pas vu cette émission, je ne l’ai vue annoncée nulle part.
    Enfin je vois que je n’ai rien perdu.
    Il faut se dire que toute émission “religieuse” par les tenants de la laïcité ne peut qu’être mensongère et cathophobe !

  4. lama12

    La question que l’on peut se poser, c’est de savoir comment, de nos jours, on peut être ordonné prêtre et, ignorer le “Notre père” :
    “Et ne nos inducas in tentationem”
    ou “Et ne nous laissez point succomber à la tentation”.
    Car que l’on le veuille ou non, nous sommes tous “soumis” à la tentation.

  5. Oktavius

    Il serait intéressant de comparer le % de prêtres qui vivent mal un célibat sinon choisi, du moins accepté, au % de la population générale qui vit mal un célibat non choisi,mal assumé et pas accepté du tout.

  6. denis

    citation de jejomau:
    Tiens… “La Croix” pense différemment de l’abbé Guillaume Seguin. Question de génération sans doute…
    Effectivement, les lecteurs de la croix ont quelque chose comme 40 ans de plus que lui…
    Vivement que ce journal poursuive le cours naturel de son existence !
    Je me souviens encore du jour où ma grand mère m’a sorti que telle récente congrégation étaient de dangereux extrémistes…
    Il ne reste plus qu’à prier pour cette génération qui n’a su ni conserver ni transmettre la foi, et admirer la force et le courage de ceux qui se battent aujourd’hui pour rebâtir une civilisation chrétienne dans ces terres barbares.

  7. yf

    chacun sait ici que Rome a décidé du célibat pour tous ses clercs pour des raisons politiques. L’Eglise d’Orient a maintenu pour les prêtres (hors moines et évêques) le Célibat. Cet équilibre n’a pas conduit aux pires malheurs.
    [“chacun sait ici que Rome a décidé du célibat pour tous ses clercs pour des raisons politiques.”
    Et bien non, ce n’est pas vrai. Relisez les textes. MJ]

  8. soizic

    Au Liban, les hommes qui débutent leurs études pour devenir prêtre peuvent être dans deux situations :
    si’ls commencent mariés il seront des prêtres mariés
    et s’ils commencent célibataires, ils le resteront
    j’ai visité ce pays et j’aimerai trouver chez nous cette foi si puissante, si vivante, si communicative et surtout si joyeuse dans ce pays si meurtri.
    Je n’ai pas regardé volontairement cette émission
    J’aimerai qu’on m’explique pourquoi le clergé a été marié au début et pourquoi cela a été interdit par la suite et par qui ?

  9. yf

    “chacun sait ici que Rome a décidé du célibat pour tous ses clercs pour des raisons politiques.”
    Et bien non, ce n’est pas vrai. Relisez les textes. MJ]
    je suis preneur desdits textes pour juger sur pièce.
    en tout cas l’Eglise a attendu un millénaire pour imposer cette pratique sans donc juger pendant les mille ans précédents que cela posait un problème considérable.
    [Un peu simpliste.
    En 325 , Concile de Nicée : après une ordination, un prêtre ne peut plus se marier.
    Vous aurez un regard plus approfondi ici :
    http://www.sacristains.fr/2010/03/30/vive-le-celibat-des-pretres-12-six-idees-fausses/
    MJ]

  10. yf

    entièrement d’accord avec Soizic :
    est-ce un point de doctrine non négociable, vraiment ?
    les Catholiques orientaux (sans parler des Orthodoxes) s’en accommodent, sous condition, fort bien !
    [Pas si simple :
    le principe même du célibat est contenu dans la discipline orientale puisqu’il est obligatoire pour les évêques. On peut donc dire qu’il y a une convenance universellement reconnue du célibat des clercs, qui est depuis l’origine connue si ce n’est vécue. On remarquera aussi que l’idéal du célibat sacerdotal semble bien compris en Orient. Il y a, en dehors des moines, des prêtres orientaux célibataires et quelques Églises orientales ont même adopté la discipline latine au XIX° et XX° siècle.
    Et oui, c’est un point de doctrine :
    http://www.vatican.va/holy_father/paul_vi/encyclicals/documents/hf_p-vi_enc_24061967_sacerdotalis_fr.html
    MJ]

Laisser un commentaire