Le cardinal Angelo Bagnasco, primat de l'Eglise italienne

BPoursuivons le tour d'horizon des cardinaux avec un Italien cette fois, le premier d'entre eux puisqu'il est le président de la conférence épiscopale d'Italie (choisi directement par le pape) : le cardinal Angelo
Bagnasco
. Successeur du cardinal Ruini, l'archevêque de Gênes n'a pas la langue dans sa poche, au point d'avoir été maintes fois l'objet de menaces, qui ont entrainé sa protection rapprochée.

En mars 2007, à quelques heures d'une manifestation à Rome en faveur de la reconnaissance des unions civiles, il déclarait :

"La
famille, et c'est ce que dit aussi la constitution italienne, est
fondée sur le mariage entre un homme et une femme. C'est une valeur qui a
traversé les millénaires et les cultures aux quatre coins du monde. Quand le concept de la vie est en jeu, sa défense de la naissance à la mort ; le concept de famille fondée sur le mariage ; la justice ; la paix :
ce sont des choses qui touchent à la personne et qui ne sont pas
accessoires. Et pour cette raison, selon nous, elles ne peuvent pas être
discutables, car c'est la dignité et la valeur de la personne qui sont
en jeu
". "[S]ur certains points nous ne pouvons pas faillir: ce serait trahir l'homme.
Nous n'avons aucune intention d'ingérence, d'intérêt ou d'hégémonie.
Nous parlons de la valeur de l'être humain, et sur ce terrain l'Eglise a
beaucoup à dire".

Récemment, il a réagi au vote en première lecture du projet de loi Taubira.

«de nombreux pays européens qui ont déjà
adopté des lois erronées sur la vie, la famille, la liberté, démontrent
qu'elles ne les acquièrent pas en termes de civilisation plus humaine
et solidaire, mais au contraire plus individualiste et plus régressive».

Diplômé en philosophie et en théologie, avec la spécialisation «métaphysique et athéisme contemporain», il dénonce aussi le laïcisme :

"La
laïcité, c’est l’autonomie de la sphère civile et politique par rapport
à la sphère religieuse, mais pas par rapport à la sphère morale
".

Il s'en est également pris à la presse :

"[Même si] résumer une
encyclique en un article est difficile, on ne peut
accepter les ‘précompréhensions' de la part des médias".

"Il n'existe aucune forme et volonté
d'ingérences dans les choses publiques
. Les évêques
exercent tout simplement leur magistère sur des thèmes d'éthique. Pour
comprendre cela, il faut que les faits soient rapportés de manière
sereine et objective
". 

Ce qui l'a conduit à défendre le pape, ici en 2009 sur l'affaire du préservatif en Afrique :

"Nous n'accepterons pas que le pape fasse l'objet de moqueries et d'offenses sur les médias ou ailleurs. Il représente pour tous une autorité morale que ce voyage a fait davantage apprécier encore". […] "Ce
n'est pas un hasard si les médias africains n'ont porté aucun intérêt
particulier si ce n'est pour l'insistance pleine de préjugés des agences
internationales et pour les déclarations de certains hommes politiques
européens
".

Il a aussi vivement rappelé les principes non négociables, qui doivent être à la base du
discernement politique
. L'archevêque
de Gênes a souligné en 2008 la nécessité de
faire face avec détermination et clarté d'intentions au

"danger
d'options politiques et législatives en contradiction avec des valeurs
fondamentales et des principes anthropologiques et éthiques enracinés dans la nature de l'être humain
".

Le président de la CEI a rappelé l'appel du pape concernant

A"la défense de la vie humaine dans toutes ses étapes, de la conception
à la mort naturelle, et la promotion de la famille fondée sur le
mariage, refusant d'introduire dans la législation publique d'autres
formes d'union qui contribueraient à la déstabiliser, en occultant son
caractère particulier et son rôle social irremplaçable. C'est à la lumière de telles valeurs fondamentales que chaque personne
est appelée à exercer son discernement, car il s'agit de valeurs qui
constituent depuis toujours l'être même de la personne humaine

[…] il n'y a pas de quoi s'étonner ou être scandalisé si
l'Eglise réaffirme les valeurs morales qui jaillissent de la foi
chrétienne, et que la raison, qui ne cesse d'enquêter sur ce qu'est
l'homme, – selon l'expérience universelle – découvre souvent
elle-même. Ce sont ces valeurs qui ont
inspiré l'histoire de notre peuple, sa civilisation, ses horizons
d'ouverture et de cohésion. […] l'Eglise apprécie le grand bien de la
raison [et la défend] aussi bien de toute prétention rationaliste qui
tendrait à réduire les horizons, que de la prétention de certains
fidéismes qui refusent de se donner la peine de penser
".

"le Saint Synode mettait l'accent
sur une série de dangers, que nous qualifierions aujourd'hui de non
négociables, dans la mesure où ils minent le bien constitutif de la
personne
, soit tout ce qui porte atteinte à la vie même, comme toute
sorte d'homicides, le génocide, l'avortement, l'euthanasie, voire le
suicide. Dans cette même ligne, le
Concile a longuement parlé du bien fondamental et inégalable de la
famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme
. Tout comme il a parlé de l'éducation et de son extrême importance, et
de la liberté que celle-ci suppose
, consacrant à ce thème tout un
document : la déclaration Gravissimum educationis. Vraiment,
il n'y a absolument rien d'improvisé dans ce que l'Eglise aujourd'hui
rappelle aux hommes et aux femmes de bonne volonté".

Sur l'éducation, le cardinal Bagnasco a invité les adultes à être
des « témoins crédibles », des « points de référence » pour que les
jeunes puissent regarder l'avenir « avec confiance » (…)

1« Le problème fondamental des jeunes, ce
sont les adultes, c'est nous […] il est nécessaire d'avoir des critères éducatifs clairs, solides,
qui aillent si besoin à contre-courant, contre les modes dominantes
[…] Il est possible
d'éduquer, nous ne devons pas baisser les bras, parce que ce sont les
jeunes eux-mêmes qui nous demandent cette aide à nous, adultes ». « Dans
une culture fortement marquée par le relativisme et l'individualisme,
on vit dans une atmosphère où l'unité de la personne s'est perdue ». « Actuellement, entre le broyage, la division
de la personne et donc de la société, personne ne vit bien ».

Et il s'est opposé à l'enseignement de l'islam à l'école :

"L'heure de religion catholique se justifie par le fait qu'elle fait partie de notre histoire et de notre culture. La connaissance du fait religieux catholique est indispensable pour la compréhension de notre culture. Il ne ne me semble pas que l'heure de religion envisagée (par le gouvernement pour la religion musulmane) corresponde à cette motivation raisonnable et reconnue".

Sur l'immigration, lors de l'assemblée
générale de la Conférence épiscopale italienne de 2009
, Mgr Bagnasco a expliqué que, l'immigration doit être gouvernée, autrement «on finit par la subir». Le cardinal indique deux voies à suivre : celle de la coopération internationale, qui «doit devenir un repère transversal de la politique italienne et même européenne», et celle du processus d'intégration. Il
convient en effet d'éviter la formation d'enclaves d'ethniques, en
conjurant les micro-conflits répandus dans notre territoire
:

"Prenons garde à ne pas sous-estimer les signaux d'alarme qui ici et là ont été enregistrés dans le Pays".

Intégration ne signifie pas «juxtaposition d'ethnies qui ne dialoguent pas», il faut au contraire

"que se déclenchent les mécanismes d'une cohabitation, qui, à partir de l'identité séculaire de notre peuple,
se construise non pas sur la base de modalités auto-rérérentielles et
d'opposition" [mais devienne capable] de rencontrer d'autres identités".

Il a qualifié la crise démographique de catastrophe culturelle :


2"Il peut paraître étrange de parler du rapport entre la démographie et la démocratie
,
mais il faut quand même reconnaître que l'équilibre démographique n'est
pas seulement nécessaire à la survie physique d'une communauté – sans
enfants il n'y a pas d'avenir ! – mais qu'il est la condition pour cette
alliance entre les générations qui est essentielle à une dialectique
démocratique normale. C'est pourquoi l'Eglise, depuis longtemps, dit qu'en Occident, derrière la baisse démographique se trouve une grave catastrophe culturelle. Je ne vais en souligner qu'un aspect.

Le manque d'enfants n'annonce pas seulement un avenir automnal : dès maintenant il a créé un déséquilibre entre les générations, il est la cause d'une pauvreté éducative,
pas seulement parce que nous autres adultes, nous soustrayons à notre
charge éducative, mais aussi parce que nous ne sommes plus éduqués
nous-mêmes. Les enfants et les jeunes, en effet, nous obligent à
nous remettre en question ; ils nous obligent à sortir de nous-mêmes
alors que l'âge et les infirmités nous incitent à nous replier sur nos
propres besoins immédiats.
Ce ne sont pas seulement les parents
qui, ayant des enfants, doivent changer leur manière de voir l'avenir
et leur style, et doivent aussi penser et s'organiser en fonction des
différents âges de leurs enfants. C'est la société dans son ensemble qui doit se penser et s'organiser en ce sens. […]"

Face à la crise économique, il a lancé une initiative pour aider les familles.

Sur la pédophilie,

"nous devons tous nous interroger, en
rejetant désormais tout faux-fuyant, à propos d’une culture qui, de nos
jours, règne incontestée et favorisée, et qui tend progressivement à
effilocher le tissu conjonctif de toute la société, en se moquant, le
cas échéant, de ceux qui résistent et tentent de s’opposer : c’est
l’attitude de ceux qui cultivent une autonomie absolue vis-à-vis des
critères du jugement moral et qui propagent comme bons et séduisants des comportements inspirés de désirs individuels et d’instincts parfois effrénés. Mais
l’exacerbation de la sexualité détachée de son sens anthropologique,
l’hédonisme à tout va et le relativisme qui n’admet ni barrières ni
sursauts font beaucoup de mal parce qu’ils sont spécieux et parfois,
sans que l’on s’en rende compte, omniprésents
."

En 2010, il rappela avant des élections, le critère des principes non négociables. Avec succès.

Sur l'attitude de certains politiciens,

4"Nous dénonçons des styles de vie difficilement compatibles avec
la dignité humaine, le respect des institutions et de la vie publique. Nous sommes mortifiés de devoir prendre acte de comportements intrinsèquement tristes et vains.
Qui choisit de s'engager dans la vie politique doit être conscient de
la mesure, de la discipline et du sens de l'honneur que cela implique
."

Et il a engagé, à plusieurs reprise, les laïcs à s'investir : 

"Il faut s'engager encore plus
largement partout où le monde contemporain affronte des questions
inédites et décisives comme la conception de la personne, l'existence et
le fondement des valeurs universelles, la défense et la promotion de la
vie, dès sa conception à sa fin naturelle, la liberté de l'éducation,
l'importance incomparable de la famille fondée sur le mariage".

Dans une récente homélie pour les élus, il leur a dit :

"La dimension politique, inspirée par un cadre éthique fort, est un
élément incontournable de la vie de tout pays et de la démocratie ; et
nous devons honorer ceux qui – ils sont nombreux – font leur devoir dans
un esprit de service authentique, en se prodiguant, non pour des
intérêts personnels ou partisans, mais pour la justice qui assure à tous
et à chacun les conditions de réalisation du bien. Notre peuple regarde
aujourd’hui le monde politique avec une exigence légitime ; que ce
regard soit toujours plus exigeant et jamais résigné.
[…] L’évangile que nous avons écouté raconte précisément la naissance
du Précurseur et en dessine la mission : ramener les cœurs des pères
vers leurs fils ! En général, on dit que les fils doivent aller vers
leurs pères, vers leur sagesse. Mais ici, c’est le contraire ! Les fils,
en effet, doivent voir dans leurs pères, dans les adultes, dans la
société, non pas leurs propres intempérances naturelles, leurs
incertitudes ou les égarements propres aux années de jeunesse. Mais ils
veulent reconnaître des points de références vrais, et non pas les
aventures inconsidérées ou des élans vers des modes de pensée dénués de
critères, qui ne les aident pas à grandir pour affronter la
merveilleuse, mais sérieuse, aventure de la vie.
Voici alors la parole
évangélique : les anciens s’étaient détournés de la véritable attente du
Messie, ils l’attendaient comme un vainqueur glorieux et non pas comme
celui qui allait sauver son peuple en livrant sa propre vie. Oui, le cœur des pères devaient retourner vers leur fils, vers les
jeunes qui ne cherchent pas des illusions mais la vérité des choses qui
comptent, celles que nos parents ont vécues dans la dignité et dans un
esprit de sacrifice, avec honneur et fierté, en des temps difficiles et
incertains, pauvres matériellement, mais riches d’espérance. S’éloigner
de la voie de ces pères signifie faire illusion, condamner au malheur
les générations futures, construire une société d’apparences, un peuple
sans âme parce que privé de valeurs belles, même si elles sont sévères.
Ce serait une trop grande responsabilité.
[…]"

Sur la persécution des chrétiens au Moyen-Orient :

"il apparaît désormais clairement que
tout a été déclenché parce que les chrétiens font actuellement œuvre de
promotion humaine auprès de ceux qui, dans ces régions, se trouvent au
bas de l'échelle sociale, une initiative jugée déstabilisante pour un
certain équilibre social et de pouvoir
". "les
actes de violence se sont succédé pendant des semaines, au mépris des
lois, dans l'impunité des coupables, dans la désinformation de la presse
nationale, dans l'embarras des hommes politiques locaux et presque dans le silence de la communauté internationale". 

Le
cardinal Bagnasco a insisté sur les risques qui paraissent également toucher l'Europe, relevant

"un
certain détachement entre la religion et la raison, la deuxième
reléguant la première à la sphère exclusive des sentiments, et une
séparation entre la religion et la vie publique. On a là une
dérivation conceptuelle entre la pratique désinvolte du relativisme, les
excès antireligieux et antichrétiens et la régression culturelle et
éthique des sociétés
".

En Europe aussi, la persécution se fait sentir :

«une lente et sourde
marginalisation du christianisme, où les discriminations apparaissent
parfois de manière évidentes mais aussi sous forme silencieuse en
étouffant les libertés fondamentales
». «Marginaliser des symboles,
isoler des contenus, dénigrer des personnes, est une arme pour induire
au conformisme, pour calmer les positions qui dérangent
, c’est troubler les sujets porteurs d’un témoignage en faveur de valeurs auxquelles ils croient librement».

15 réflexions au sujet de « Le cardinal Angelo Bagnasco, primat de l'Eglise italienne »

  1. Thibaut de Fraissinette

    Merci pour ces informations bien intéressantes ! Juste une précision,votre titre est au moins audacieux voire prématuré, car le titre de primat d’Italie est un des titres… du Pape (http://fr.wikipedia.org/wiki/Titre_pontifical)
    [C’est évidemment le pape, en tant qu’évêque de Rome, qui est Primat d’Italie. Et c’est pourquoi le “sous-primat” si j’ose dire est désigné par le pape, et non élu par les autres évêques, comme cela se fait dans les autres pays.
    Néanmoins, le président de la conférence des évêques d’Italie est désigné par le pape en tant que ‘Primat d’Italie’ (votre lien).
    MJ]

  2. Christian

    Allez, une dizaine d’Ave Maria pour le Salon Beige, vous l’avez bien mérité. Quel travail. Chapeau bas messieurs. Je travaille dans les medias et votre travail est impressionant de qualité, de pertinence, d’exhaustivité et surtout, de rapidité. Longue vie.

  3. Jean

    “précompréhensions”… Quel terme parlant : les journaleux déjà prêts à critiquer avant que Benoît XVI n’ouvre la bouche, par exemple. Quand les journaleux sont dans cette position, leur parler c’est pire que jeter des perles aux pourceaux : ils n’étaient même pas indifférents à ce que disait Benoît XVI, ils attendaient avec impatience qu’il s’exprime pour trouver la soi-disant “gaffe”.

  4. Jean-François

    C’est un “siriste” en ce sens tout comme le cardinal Piacenza et Mgr Moraglia, patriarche de Venise, il a été ordonné prêtre par la cardinal Siri.
    C’est de bonne augure pour sa rectitude doctrinale. Après sera-t’il élu ? Dieu seul le sait !

  5. Esteban

    a la lecture de ces différentes présentations de cardinaux, on se rend surtout compte …. qu’il y a beaucoup de cardinaux courageux, enracinés dans la foi, de vrais pasteurs, de vrais théologiens …. tout cela ne fait que croître notre confiance et notre espérance en Christ !

  6. wilfried

    bonsoir,avant tous je demande votre bénédiction.je me nomme koumkiega k wilfried et je suis au burkina faso.après avoir visité votre site,que vous ecris pour approfondir ma foie.je serai ravi de vous lire prochainement.

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