Le bien commun, le capitalisme et la justice

Mgr Sanchez Sorondo, secrétaire de l’Académie pontificale des sciences sociales, est interrogé dans La Croix :

S "Avec la globalisation, la question est de savoir comment atteindre le bien commun au plan international. Que constate-t-on ? L’impuissance des États à contrôler, y compris le plus fort d’entre eux, les États-Unis ! La globalisation a fait exploser le temps et l’espace. Donc, plus que jamais, ce qui est en jeu c’est la gouvernance internationale. Celle-ci peut-elle se contenter d’être économique et financière ? La crise montre qu’il faut aussi tenir compte de la politique et de l’éthique. Le capitalisme est le système le plus performant pour la production des biens. Mais il provoque des inégalités et des injustices considérables. Or, le rôle de l’État, c’est justement la justice. Il manque aujourd’hui un niveau supra-national qui soit à même de remplir ce rôle.

Le Fonds monétaire international (FMI) peut-il jouer ce rôle ?

Encore faudrait-il qu’il soit au service de tous les États. Aujourd’hui, les mécanismes de décision reflètent trop souvent les intérêts d’un petit nombre de nations, voire d’une seule.

L’Église n’aurait-elle pas dû condamner plus fortement les dérèglements des marchés financiers dont le monde paye aujourd’hui les conséquences ?

Mais elle l’a fait, elle n’a cessé de mettre en garde contre le tout-finance, il suffit de lire ! Au Moyen Âge, déjà, l’Église avait interdit l’usure, c’est-à-dire des dettes hors de proportion avec l’économie réelle. Les documents les plus récents de la Doctrine sociale ne cessent de dire que nous ne pouvons pas seulement faire de la finance pour la finance. Dans son encyclique sur le travail, Jean-Paul II avait souligné que la globalisation ne doit pas être qu’une globalisation économique mais aussi une globalisation des solidarités. Le compendium de la doctrine sociale explicite bien que l’économie n’est pas la fin de l’homme. Or, que s’est-il passé ? On a considéré le capital et le marché comme s’ils étaient des personnes, dotés de rationalité et de leurs propres justifications. Alors qu’il s’agit en réalité de choses que nous faisons et qui dépendent de l’homme. L’Église ne peut pas entrer dans les mécanismes techniques des marchés, des banques. Mais les grands principes de la doctrine sociale n’ont rien perdu de leur pertinence. Ils ont été rappelés à maintes reprises par Jean-Paul II, et Benoît XVI se situe dans cette même tradition. Nous attendons de lui un document qui puisse expliciter cette doctrine par rapport à la globalisation actuelle du marché et de l’économie."

Michel Janva

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