L'assistanat prive les pauvres de la dignité d’être acteurs de leur avenir

Mgr Hervé Giraud, évêque de Soissons, a célébré dimanche une messe à l’occasion du 25e anniversaire de la mort du P. Joseph Wresinski, fondateur d’ATD-Quart monde. Dans son homélie, il a fait deux rappels opportuns :

« Le père Joseph Wresinski était un
homme blessé par son enfance misérable. Il savait d’expérience que les
réponses à la grande pauvreté, si elles ne sont que matérielles,
aggravent la situation. Il se mettait en colère contre l’assistanat qui prive les pauvres de la dignité d’être acteurs de leur avenir.
Son combat d’homme et de prêtre a consisté à mettre les personnes
abîmées par la misère, en relation entre elles, en relation avec le
reste de la société, à les mettre debout, actives et responsables, car
chacun a le droit au respect et à la dignité. De plus, Joseph Wresinski revendiquait le droit à la spiritualité pour tous (…) : “Tout au long de mon sacerdoce, j’ai espéré ramener les plus pauvres au cœur de l’Eglise en proclamant leur vie et ce qu’ils vivaient déjà du dessein de Dieu.” »

Commentaire d'Yves Daoudal :

"Il serait bon qu’ATD-Quart monde se
souvienne de la doctrine de son fondateur. Et que ceux qui parlent du P.
Wresinski (je pense à un film que j’ai vu assez récemment) n’oublient
pas ces éléments essentiels. Et enfin qu’on arrête de nous marteler que
le P. Wresinski est à l’origine du RMI par son rapport du Conseil économique et social, ce qui est une grossière caricature."

9 réflexions au sujet de « L'assistanat prive les pauvres de la dignité d’être acteurs de leur avenir »

  1. bécassine

    Oui, ce serait très bien de ramener les plus pauvres et les pauvres tout simplement au coeur de l’église dans laquelle ils étaient, il y a encore une cinquantaine d’années ( je me souviens de mon enfance). Maintenant, on y voit peu de personnes de milieux modestes et aucun pauvre. Pourquoi? Parce qu’ils ont honte de leur pauvreté et qu’ils n’ont pas les moyens de donner les 2 euros demandés par l’eglise de France à la messe dominicale, même si personne ne vérifie ce que l’on met dans le panier. Ils se sentent indignes. Il y a des prêtres qui sont proches d’eux, ceux qui s’occupent du secours catholique, par exemple, et en qui ils ont confiance, mais l’église n’est plus leur maison; elle accueille plus facilement les immigrés pauvres et les sans-papiers que les pauvres Français.

  2. grami

    dans son rapport au CESE, le père Wresinski demandait un revenu d’INSERTION. Il savait que l’assistanat est aliénant. Il voulait prouver par des essais au niveau départemental qu’une occupation utile et valorisante pouvait leur être confiée.
    la communication était faite en ce sens.elle commençait à être comprise.
    Fin d’année, élections, Chirac est chassé, remplacé par Rocard. Ce dernier décide de suite de donner le revenu minimum et de remettre l’insertion à plus tard. Elle ne viendra jamais.

  3. Saint-Georges

    L’ASSISTANCE pas l’assistanat; erreur de vocabulaire, une fois de plus.
    Quant à Bécassine, la bien nommée!!! qu’elle lise le travail de l’abbé Pierre quand il était député après guerre. (épuration et refus d’amnistie)

  4. quelqu'un qui ne donne pas deux euros à "la quête".

    je crois q’il faut vivre dans la pauvreté, la précarité: qu’est-ce que je mangerais ce soir, est-ce que j’aurais un toit et surtout, surtout, est-ce que j’aurais un endroit où je pourrais me sentir, en sécurité et “chez moi”, pour parler de la pauvreté.
    la distinction entre insertion et assistanat est oiseuse de ce point de vue, car RSA ou pas, la somme impartie (RSA “socle”) représente avec toutes les réductions qui l’ampute suffisament, dès que l’on ne dort pas de fait sous les ponts (chose qui existe !) pour ne représenter en réalité que le tiers du seuil reconnu de pauvreté.
    celui qui “touche” ces minimas est très pauvre. nous sommes humainement à des années lumières du salaire médian.
    une chose est vraie cependant, il faut sortir de la mentalité d’assistanat, mais remarquez bien qu’en fait c’est la même qui nous fait pérorer sur une distinction qui ne paraît importante qu’à celui qui non seulement n’envisage pas sérieusement de se retrouver dans la brutale misère, mais encore se pense autoriser à dire ce qu’il faudrait faire, comme s’il avait senti réellement sa vie sombrer dans le chaos et les ténèbres.
    c’est bien de dignité dont ont besoin des gens qui se brûlent après s’être aspergé de produits inflammables, tant que l’on ne pensera pas que ces gens qui que l’on soit, pourrait être notre fils, notre petite fille, notre soeur, notre papa, on pourra distinguer ce que l’on voudra, on n’aura pas l’intelligence assez droite, pour comprendre l’horreur silencieuse de bien des situations.
    les églises sont vides de pauvres ? où sont les pauvres ? mais cher ami, il n’y a pas de pauvres, il n’y a que ton prochain ou ton frère qui court les rues.
    il y a une manière de faire l’aumône qui est inique, comme le dit André Frossard, en matière de Charité (C majuscule, surnaturel et théologal à Charité), c’est celui qui reçoit qui fait l’aumône à celui qui donne.
    car dans l’ordre restauré par Jésus-Christ tout est renversé ! il y a des premiers qui seront derniers.

  5. Pharamond

    Pour compléter mon message précédent permettez-mois de citer le psalmiste (XL., 2): “Beatus qui intelligit super egenum et pauperum”.
    Le pauvre assisté, le pauvre indolent, le pauvre incapable, le pauvre fénéant, autant de bonnes raisons que le bourgeois invente pour n’avoir pas à considérer qu’il n’est pas le seul à avoir un estomac et … une âme. Si l’existence consiste à conquérir les biens de ce monde alors il est normal que ceux qui n’ont rien le fasse avec un fusil; si elle consiste à conquérir le Royaume du Ciel alors il est normal de prendre la Croix et de livrer le superflu et l’essentiel à ceux qui manquent de tout. L’entre-deux s’appel bourgeois et, niant cet absolu, il commet une abomination criminelle qui crie vengeance lorsqu’il s’attribue le titre de chrétien: après avoir vendu le Roi des pauvres le plus célèbre bourgeois de l’Ecriture Sainte a fini pendu!
    [Comme bien souvent, ce genre de commentaire est hors-sujet. A ma connaissance, ce ne sont pas les pauvres qui ont institué le RMI/RSA et cie. Or, il est pourtant facile de constater que ceux qui ont instauré ces instruments n’ont rien résolu du tout. Pire : la situation s’est aggravée.
    Critiquer la politique d’assistanat, ce n’est pas critiquer les pauvres, mettez vous bien cela dans la tête.
    MJ]

  6. Pharamond

    Cher MJ, je vous comprends bien et je vous prie de vouloir considérer qu’un message court ne permet pas toujours de développer correctement une idée maîtresse. Je tiens à préciser au préalable que ce que je tente d’exprimer n’est pas un jugement téméraire sur ce que pensent les uns et les autres qui sont vraisemblablement animés d’une évidente bonne volonté.
    Mais je persiste à croire que d’une part il n’y a pas de politique d’assistanat, que c’est une appellation impropre car si les mots ont un sens alors dans la réalité cette politique n’assiste personne. Mais d’autre part que cette expression est si souvent employée par les malfaiteurs politiquement responsables de cette aggravation de la pauvreté que vous évoquez et dans un sens si souvent méprisant et accusatoire envers les plus humbles que les chrétiens devraient la proscrire de leur vocabulaire. Cette parole sort si couramment de la bouche impure et méphitique de ceux pour lesquels la parole est une arme qui insulte la douleur que tout catholique devrait en réprouver l’usage. Si vous saviez le nombre de désespérés que j’ai vu outragés de l’emploi d’un tel langage, vous verriez tout de suite quelle est la nature de la colère qui m’anime. Qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou qu’on l’ignore, les hommes frappés par les fléaux de la misère sont rarement enthousiastes à l’idée que ceux qui pourraient les sortir de l’abîme soient persuadés qu’il sont des assistés parce qu’une association de malfaiteurs républicaine leur jette quelques restes insignifiants au regard de la douleur et de l’impuissance qui les terrassent.
    Bref, je vous rejoins sur la critique de l’impéritie politicienne mais je ne fais que mettre l’accent sur une question de vocabulaire à connotation péjorative employé par les séides de l’individualisme idéologique, ennemi de la doctrine sociale de l’Eglise et du genre humain. Il y a des mots dont on ne peut faire usage sans prendre le risque de précipiter des malheureux dans les ténèbres et s’avilir soi-même ainsi que de ruiner la sainte cause de la Charité. La solution n’est ni le communisme ni le libéralisme dont est issu la critique fantasmagorique de « l’assistanat ». La solution c’est de tout restaurer dans le Christ-Roi.
    Amicalement.
    [Critiquer “l’Etat de l’assistance” n’est pas une fantasmagorie.
    “Cependant, au cours de ces dernières années en particulier, des excès ou des abus assez nombreux ont provoqué des critiques sévères de l’Etat du bien-être, que l’on a appelé l’« Etat de l’assistance ». Les dysfonctionnements et les défauts des soutiens publics proviennent d’une conception inappropriée des devoirs spécifiques de l’Etat. Dans ce cadre, il convient de respecter également le principe de subsidiarité: une société d’ordre supérieur ne doit pas intervenir dans la vie interne d’une société d’un ordre inférieur, en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la soutenir en cas de nécessité et l’aider à coordonner son action avec celle des autres éléments qui composent la société, en vue du bien commun.
    En intervenant directement et en privant la société de ses responsabilités, l’Etat de l’assistance provoque la déperdition des forces humaines, l’hypertrophie des appareils publics, animés par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d’être au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses. En effet, il semble que les besoins soient mieux connus par ceux qui en sont plus proches ou qui savent s’en rapprocher, et que ceux-ci soient plus à même d’y répondre. On ajoutera que souvent certains types de besoins appellent une réponse qui ne soit pas seulement d’ordre matériel mais qui sache percevoir la requête humaine plus profonde.”
    Jean-Paul II, encyclique Centesimus annus]

  7. quelqu'un qui ne donne pas deux euros à "la quête".

    Cher Pharamond,
    le souci des gens en difficulté vous emporte, il ne peut pas y avoir de respect de la dignité des personnes, là où le principe de subsidiarité est absent, et ce n’est pas une question de moyens.
    Si vous êtes entré dans un bureau “d’assistante” sociale, vous savez que l’on s’y sent réduit à l’individualité la plus simple. le tutoyement, l’obligation de raconter des choses que vous voudriez garder pour vous, l’obligation qui vous est faite de vous soumettre à une “prise en charge”, et de voir “balisé” votre “parcours”, le tout avec le ton et les regards que l’on prodigue aux enfants que l’on ne croit qu’à moitié parce qu’on les a pris en faute…
    il y a un mauvais côté du bureau et vous y êtes. la catégorisation sociale joue à plein.
    ainsi impose-t-on une mentalité d’ilote. le fonctionnaire n’est qu’un pion “paramétré” pour gérer de l’humain comme on gère une masse, la mentalité d’assistanat est commode, c’est le manque de Charité qui est responsable.
    Il vaut donc mieux traité le prochain comme un autre soi-même, que de délibérer sur une réalité si terrible.
    le Bien avance alors inexorablement, au niveau de la seule réalité accessible et qui importe, au niveau des personnes.

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