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Culture de mort : Avortement / Culture de mort : Euthanasie

L’Argentine, « phare du progrès sociétal » ?

Au début du mois de mai, l’Argentine a eu les honneurs de la presse internationale pour avoir adopté une loi légalisant l’euthanasie et une autre, dite d’ « identité de genre », permettant à tout individu de changer son sexe à l’état-civil en fonction de son « vécu ». Il y a deux ans déjà, l’Argentine légalisait le mariage homosexuel. Et pourtant, ce pays interdit (encore) l'avortement.

ALa loi dite d’euthanasie est une méprise : la loi votée est en fait assez semblable à notre loi Léonetti et vise surtout à ne pas imposer un acharnement thérapeutique. Comme la loi de notre pays cependant, elle tolère l’euthanasie passive en prévoyant la possibilité d’arrêter l’hydratation et l’alimentation d’un patient.

La loi sur l’ « identité de genre » a également été adoptée à la quasi-unanimité (une seule abstention) et n’a donné lieu ni à un débat politique ni à un débat de société. Portée par de microscopiques associations de transsexuels, elle n’a pu émerger politiquement qu’avec le concours déterminant de la communauté homosexuelle argentine (CHA), aguerrie par la « conquête » du mariage il y a deux ans. La prochaine étape est la réforme du code civil qui libéralisera encore un peu plus le divorce et autorisera les mères porteuses.

Mais les « associations » préparent l'ultime bataille, la légalisation complète de l’avortement (très théoriquement sanctionné, sauf dans les cas de viols). La Présidente argentine y est opposée mais la Cour Suprême vient de décider qu’une femme voulant se faire avorter n’aurait pas à démontrer qu’elle a été violée, juste à le déclarer « sur l’honneur »… Comment en est-on arrivé là dans un pays que beaucoup continuent à percevoir comme catholique ? Voici quelques éléments de réponse, qui comprennent une certaine similitude avec la situation française :

  • Buenos Aires, grande capitale toute jeune, se pique de progressisme et se revendique résolument européenne (comprendre évoluée…). Ses minces racines sont celles d’une immigration récente dans un grand pays peu peuplé (40 millions d’habitants pour 2,7 millions de km2). Travaillée historiquement par la gauche libertaire, la psychanalyse, mais aussi le libéralisme économique le plus débridé, la métropole méprise l’ « intérieur » (la province), plus conservateur ;
  • l’Eglise catholique n’est guère plus influente dans la capitale argentine que dans les grandes villes de France. La pratique religieuse y atteint à peu près les mêmes proportions. En province, l’Eglise exerce son ministère avec une certaine dose de paternalisme, confondant parfois sa charge pastorale et son influence politique traditionnelle
  • être de droite ou conservateur et le dire est à peu près impardonnable en Argentine. C’est un fruit de l’histoire tourmentée et, en particulier, de la dictature des années 1976-1983, qui prit un pays vivant dans une effervescence politique périlleuse dans le contexte de Guerre Froide, gangréné par la violence, et le rendit défait militairement aux Malouines, exsangue économiquement et profondément meurtri et divisé. Les militaires s’étant proclamés défenseurs de l’Occident chrétien, l’Eglise y a laissé des plumes ;
  • c’est sur ce terreau, enfoui provisoirement pendant les années 1990 par une prospérité économique en trompe l’œil, que le péronisme, matrice politique dominante depuis les années 1940, a une nouvelle fois muté sous la conduite de Nestor puis Cristina Kirchner, leaders émergés sur les ruines de la grande crise de 2001/2002 (défaut de paiement, fin de la convertibilité peso-dollar, plus de 50 % d’Argentins sombrant en quelques mois dans la pauvreté, etc.) ;
  • le péronisme gouvernant l’Etat est devenu progressiste. Il a abrogé les lois d’amnistie qui avaient tenté de clore le chapitre de la dictature, faisant de l’introspection sur les horreurs de la répression la clé d’un redémarrage moral de la société (quitte à omettre les turpitudes de la subversion, dont une partie du gouvernement se réclame ouvertement). L’Eglise, concurrente du gouvernement sur les thèmes sociaux après son investissement remarquable au profit de la population dans la crise, doit être remise à sa place, selon le pouvoir en place. Il y a les bons (les curés tiers-mondistes ayant souffert de la répression des militaires) et les méchants (la hiérarchie conservatrice qui a pris le parti des militaires « contre le peuple ») ;
  • le cardinal Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, et président de la conférence épiscopale jusqu’à l’an dernier, a dénoncé avec vigueur la corruption du gouvernement. Le mariage homosexuel intervient ainsi comme une vengeance de Nestor Kirchner (qui mourra peu de temps après) contre ce jésuite trop bruyant lui disputant son pouvoir ;
  • l’échec de l’Eglise à faire obstacle à cette vengeance signe l’accélération des réformes sociétales qui coûtent peu à l’Etat et permettent de lui donner l’image progressiste qui lui vaut aujourd’hui, en France et ailleurs, les hommages étonnés et chaleureux de ceux qui nous gouvernent… 

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5 commentaires

  1. “Les militaires s’étant proclamés défenseurs de l’Occident chrétien, l’Eglise y a laissé des plumes.”
    Comme quoi les chrétiens ont souvent à perdre de la mise en place de régime prétendument défenseur de l'”occident chrétien”.

  2. Il y a en effet un parallele a faire entre l’etat deplorable de la “droite” en Argentine et en France – du fait du role joue par le peronisme chez eux, du gaullisme chez nous. La phacocytation de la “droite” par ces bonapartismes etatistes (qui ont degenere en gaucho-peronisme et en chiraquisme) a empeche dans les deux cas l’emergence d’une vraie synthese conservatrice.

  3. Bon article, analyse poussée, merci Michel.

  4. @Nicolas
    Et quand les gouvernements sont (même sans le dire explicitement) des adversaires de “l’Occident chrétien”, l’Église y laisse autant de plumes, mais en silence et sans se plaindre…
    Le Salut de la Chrétienté n’est plus du ressort de la politique, il est d’abord spirituel.

  5. Résident en Argentine, je m’étonnai que de telles lois soient passées sans aucun vote contre. J’ai donc demandé à un ami qui m’expliqua que les sénateurs et les députés argentins en plus de leur salaire quelque peu confortable reçoivent un “intéressement” pour chaque loi votée favorablement. C’est pour cela qu’en plus des votes en faveur de la loi, il convient de comptabiliser les absents. En fait, ce sont des votes contre mais le fait d’être absent n’entraîne aucune sanction alors que le votre contre, si.
    Bref, comme on peut le constater la démocratie argentine n’a rien d’une démocratie de conviction. C’est tout simplement un démocratie de commerce.
    Quant aux réactions épiscopales ou plutôt à la mollesse des réaction ou aux non-réactions, cela vient tout simplement du fait que les évêques reçoivent un subside du gouvernement en contrepartie d’anciennes spoliations de l’Etat. Et comme les catholiques sont peu généreux, ce subside est plus que bienvenu. Bref, on se rend compte de la liberté que procure une séparation comme dans le cas de la France.

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