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Histoire du christianisme

L’abdication d’un pape, pas très moderne

Contrairement à ce que pensent nos contemporains, le juriste Benoît Fleury écrit :

"Le droit de l’abdication pontificale puise
ses racines dans une construction fort lointaine, surgit au tournant des
XIIIe et XIVe siècles lorsque le pape Célestin V renonça à la tiare en 1294.
Peu importe ici les précédents, légendaires ou avérés, la démission de
Célestin V, après quelques mois à peine de pontificat, suscita pour la
première fois un débat profond sur la possibilité pour le pontife
suprême d’abdiquer.
Querelle d’autant plus intéressante qu’elle apparaît
à un moment où l’Eglise maîtrise, bien avant les monarchies de son
temps, l’ensemble des concepts fondateurs de la souveraineté. Il s’agit
là d’un point essentiel puisqu’intrinsèquement, la renonciation à la
charge renvoie à la conception que l’on se fait de celle-ci et aux
rapports qu’entretient avec elle celui qui l’incarne.

En d’autres termes, le développement de
l’Eglise en tant qu’Etat avait atteint un stade de maturité lui
permettant d’envisager pour la première fois et sous tous ses aspects la
renonciation de son chef.

Et de fait, canonistes, juristes,
théologiens élaborèrent un droit de la renonciation dont les grands
traits traversèrent les siècles
pour finalement intégrer tel quel le Code de droit canonique dont le canon 332 § 2 énonce que
: "S’il arrive que le Pontife romain renonce à sa charge, il est requis
pour la validité que la renonciation soit faite librement et qu’elle
soit dûment manifestée, mais pas qu’elle soit acceptée par qui que ce
soit".

L’attention portée à la rareté de l’acte
occulte peut-être ses contours juridiques et en particulier la dernière
incise de ce texte : le Souverain pontife ne remet sa renonciation entre
les mains de personne. Pour qui connaît les institutions de l’Eglise,
cela signifie que le pape ne connaît aucun supérieur temporel. Un
prêtre, un évêque qui renonce, remet sa décision à son supérieur. Le
pape non.

Le mécanisme de sa renonciation reste
l’ultime manifestation d’une souveraineté absolue
. Lors des controverses
autour de la renonciation de Célestin V, la question s’était d’ailleurs
posée et quelques théoriciens avaient soutenu la nécessité d’une
intervention des collèges des cardinaux dans le processus. La majorité
s’exprima cependant en faveur d’une prérogative divine découlant de la plenitudo potestatis
du pape. La renonciation du pape, de Célestin V à Benoit XVI, témoigne
de l’éminence de sa position dans l’Eglise. Seul véritable souverain,
cette décision lui appartient en propre et ne saurait être subordonnée,
même implicitement, à une condition d’acceptation.
[…]'

Lire aussi l'entretien donné sur Itinerarium.

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4 commentaires

  1. Au delà de tout droit canonique, le pouvoir pontifical a sa source dans l’évangile et dans le droit divin de l’Eglise.
    Or le Christ annonce formellement dans l’évangile : “Tout ce qui auras lié sur la terre sera tenu pour délié dans les cieux, et tout ce qui tu auras délié sur la terre sera tenu pour délié dans les cieux.” (Mt 16, 19)
    Le pape élu accepte souverainement le pontificat de suite après son élection. Il peut s’en démettre tout aussi souverainement.

  2. L’auteur de cet article fut un brillant étudiant en droit de l’université d’Assas. Il est sorti 1er de l’agrégation d’histoire du droit. Par ailleurs il a su allier un militantisme politique et un très beau parcours universitaire.

  3. Le prochain pape ??
    AUBIN 1 er !
    Pourquoi ?? cherchez qui était Saint Aubin
    Une piste ?
    Nous régressons jusqu’au temps des rois Mérovingiens . Pourquoi ?

  4. Je suis devant les infos, et on annonce le pré-conclave en insistant sur le fait que des papabiles se dessinent. Et, comme à chaque fois, on insiste avec la caméra sur le Cardinal Turkson, comme en 2005, un Ghanéen. Ce racisme m’agace, comme si les convictions avaient un lien avec la couleur. Ils ne veulent pas de religion, ok… mais alors qu’ils ne disent pas ce qu’ils veulent comme Pape. On nous a bien fait comprendre qu’un pape idéal serait du sud, Brésilien ou Africain. Comme si un Brésilien allait être super cool, rafistolé, redessiné, botoxé, défilant au carnaval de Rio en travesti… Comme si un Africain allait être un genre de griot multiculturaliste, partisan de la fête…
    Mgr Turkson, ferait un bon Pape… C’est Benoît XVI qui l’a nommé Président du Conseil pontifical pour la Justice et la Paix.
    Il était très estimé par Benoît XVI et est clair sur la persécution des chrétiens, car il vient d’un continent où l’islam tue beaucoup. Justement, pour cela, il ne serait pas le Pape Obama attendu par ces journaleux.
    Mgr Tuckson Pape, les journaleux trouveraient encore à redire… Même beaucoup.

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