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Culture de mort : Euthanasie

La Cour Suprême US et l’euthanasie

La question de l’euthanasie a provoqué mercredi un débat particulièrement animé à la Cour suprême américaine, la majorité des juges semblant plutôt favorable au maintien dans l’Oregon, seul État à l’autoriser, du "suicide médicalement assisté". Cette décision, attendue début 2006, servira de jurisprudence (comme pour l’avortement en 1973 – c’est dire l’importance) pour les États qui envisagent d’instaurer des lois similaires.

Un tribunal puis une cour d’appel avaient validé la loi ‘Mourir avec dignité’, approuvée à deux reprises par les électeurs de l’Oregon puis appliquée depuis 1997. Le gouvernement Bush tente depuis trois ans de contrer ce texte. Les sages doivent décider si l’ancien ministre de la Justice John Ashcroft, opposé à l’euthanasie, a outrepassé ses prérogatives en émettant en novembre 2002 une directive annulant la loi de l’Oregon. Sur le fond, ce n’est pas l’euthanasie qui est discutée, mais c’est bien le rejet ou non de cette loi criminelle qui sortira de la décision de la Cour Suprême.

"Un ministre de la Justice peut-il décider, selon le même modèle, que les injections létales utilisées pour appliquer la peine de mort sont illégales ?", a lancé Sandra O’Connor. La comparaison avec la peine de mort laisse perplexe… L’avocat du gouvernement Paul Clement a réaffirmé que la loi fédérale sur les "substances contrôlées", votée en 1970, n’autorise pas les médecins à prescrire des surdoses mortelles à des malades. "Cette loi a été votée pour empêcher l’usage et la dépendance aux drogues, et n’a rien à voir ni avec la peine de mort, ni avec l’euthanasie", a rétorqué le juge Stephen Breyer.

M. Clement a laissé entendre qu’il existait d’autres méthodes que les surdoses médicamenteuses pour anticiper la mort d’un patient condamné. "Oui mais ces méthodes sont considérées moins douces, plus perturbantes, que ce que prévoit la loi de l’Oregon", a interrompu la juge Ruth Ginsburg. Le juge David Souter a jugé la référence à la loi fédérale insuffisante, soulignant que son interprétation avait radicalement changé entre la présidence Clinton et celle de Bush : "Il est certainement bizarre qu’un ministre de la Justice puisse être la seule autorité à décider si le suicide médicalement assisté peut être autorisé dans un État".

Le juge pro-life Antonin Scalia a argué que si cette loi fédérale ne mentionnait pas spécifiquement l’euthanasie, c’est que "personne ne pouvait imaginer à l’époque que des médecins feraient des ordonnances pour tuer leurs patients". L’avocat de l’Oregon, Robert Atkinson, a insisté sur la tradition américaine selon laquelle les règlementations de la médecine relèvent de chaque État.

L’ensemble des débats semble donc pencher en faveur de l’euthanasie. Depuis son application, 208 personnes, la plupart atteintes de cancers, ont fait appel à la loi ‘Mourir avec dignité’ pour mettre fin à leur vie, selon les statistiques de l’Oregon. Les malades doivent faire trois demandes dans un intervalle d’au moins deux semaines, être en phase terminale avec moins de six mois à vivre et être considérés par deux médecins comme mentalement capables de prendre cette décision. Ils doivent aussi s’administrer eux-mêmes la substance mortelle. Mais tout le monde sait pertinnement qu’une fois la brèche ouverte, les mesures d’encadrement n’encadrent plus rien…

Michel Janva

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1 commentaire

  1. Service presse Editions M-EDITER
    “Des livres à lire mais aussi à voir et à entendre pour comprendre”
    Vient de paraître dans la catégorie Podcast
    La dignité du mourant, Jacques Ricot
    http://mediter.podemus.com/2006/05/la-dignite-du-mourant-jacques-ricot/
    La place du mourant, Patrick Baudry
    http://mediter.podemus.com/2006/07/la-place-du-mourant-patricick-baudry/
    La dignité du mourant, Jacques Ricot
    http://mediter.podemus.com/2006/05/la-dignite-du-mourant-jacques-ricot/
    Abstract : La dignité du mourant est celle d’abord celle d’un vivant qu’on ne saurait exiler de la communauté des humains. Et la dignité de l’homme tient à son humanité.
    Il ne faut pas confondre le sens de cette dignité constitutive de l’être humain avec un autre sens qui renvoie à une forme de grandeur, de noblesse, de fierté, de décence. Alors que la dignité ontologique est incomparable et inconditionnelle, cette dignité-décence n’a qu’une valeur relative. Mais manquer de décence, perdre l’estime de soi, ne plus correspondre à des normes habituelles, ce n’est pas quitter l’humanité.
    Il arrive aussi, par un glissement de sens incontrôlé, que la dignité se réduise pour certains à une simple convenance personnelle, à une liberté conçue comme une souveraineté absolue du sujet. Certes, le respect de la dignité de l’être humain suppose le respect de sa liberté, mais pas de n’importe quelle liberté. En effet, on ne saurait confondre celle-ci avec une libre disposition de soi. La liberté correctement comprise ne saurait porter atteinte à la dignité inconditionnelle.
    Jacques Ricot est professeur en classes préparatoires scientifiques au lycée Clemenceau de Nantes, chargé de cours de bioéthique au département de philosophie de l’Université de Nantes, membre du bureau de l’association Philosophia.
    Titres universitaires : Licences de philosophie, sociologie et lettres. D.E.A. de psychologie. Agrégation de philosophie.
    Il donne des conférences sur les questions philosophiques et particulièrement autour de la problématique du pardon, de l’inhumain, de la dignité, de la fin de vie et de la paix.
    La place du mourant, Patrick Baudry
    http://mediter.podemus.com/2006/07/la-place-du-mourant-patricick-baudry/
    Abstract : C’est dans la mesure où il s’agit d’une expérience malaisée, inconfortable, sans réponse définitive possible, que l’individu peut tenter de se raccrocher à ce qui lui permettrait « enfin » d’en finir avec lui-même : c’est-à-dire avec sa singularité telle qu’elle l’expose à sa propre altérité. Mais prendre au pied de la lettre ce qui se donne comme demande de l’individu, c’est non pas reconnaître la personne, mais méconnaître la singularité qui l’anime. La dimension d’une mort qui le traverse singulièrement.
    Patrick Baudry est professeur de sociologie à l’Université Montaigne, Bordeaux III. Il a notamment publié Le Corps extrême. Approche sociologique des conduites à risques, Paris, L’Harmattan, 1991, avec Marie-Thérèse Gatt, La Mort et moi et nous, Textuel, 1995, avec Henri-Pierre Jeudy, Le Deuil impossible, Eshel, 2004, Violences invisibles : corps, monde urbain, singularité, Passant, 2004.
    Patrick Baudry est professeur de sociologie à l’Université Montaigne, Bordeaux III. Il a notamment publié Le Corps extrême. Approche sociologique des conduites à risques, Paris, L’Harmattan, 1991, avec Marie-Thérèse Gatt, La Mort et moi et nous, Textuel, 1995, avec Henri-Pierre Jeudy, Le Deuil impossible, Eshel, 2004, Violences invisibles : corps, monde urbain, singularité, Passant, 2004.
    Vous pouvez retrouver l’intégralité de ces conférences dans Le mourant : Le statut du mourant par Robert William Higgins, La diginté du mourant par Jacques Ricot, La place du mourant par Patrick Baudry, Editions M-EDITER, Vallet, 2006
    Fiche de présentation du livre
    http://www.m-editer.com/fiche_existence_1.php
    Achat en ligne
    http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2915725047/qid=1139058614/sr=1-1/ref=sr_1_0_1/171-3994901-2966619
    Commande en direct
    http://www.m-editer.com/commande/bon_cde.php
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    Podcast : http://mediter.podemus.com/
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